Archives de
Auteur : Hélène Duffau

Écrire en dimanche

Écrire en dimanche

Écrire en dimanche est un atelier d’écriture mensuel à Gaillac, dans le Tarn. Bulle hors du temps pour une immersion dans l’écriture, pour les débutant-es et les confirmé-es. Il s’agit de renouer avec son imaginaire, d’écrire et de partager ses travaux, de bénéficier d’appui méthodologique et de conseils, dans une ambiance conviviale.

Deux rendez-vous avant la pause estivale : 13 mai et 24 juin.

Participant-es

Que vous ayez ou non une pratique de l’écriture créative, que vous pensiez ou pas savoir écrire des histoires, il suffit d’avoir envie de participer à une journée et de vous inscrire pour :
> vous connecter à votre créativité
> acquérir des outils et de la méthode
> bénéficier de la dynamique du groupe…
> et, bien sûr, écrire !

Déroulement

Après un échauffement fait de jeux d’écriture, vous écrivez à partir d’images, de mots, de phrases, de mises en scène… Plusieurs propositions se succèdent pendant la journée, permettant de construire un texte suivi en « premier jet ».

Je travaille un contenu pour chaque journée. Les propositions se renouvellent donc régulièrement ainsi que les outils permettant de solliciter l’imaginaire.

Chaque journée est indépendante. Mais, si vous le souhaitez, vous pourrez poursuivre une histoire de dimanche en dimanche.

En pratique

Vous venez avec de quoi écrire : cahier, feuilles volantes, ordinateur, crayons, plume et encre, feutres…

Je vous accueille à Gaillac de 10 h à 17 h. Autour des temps d’écriture, je vous propose du thé, du café, des tisanes. Nous prenons le déjeuner sur place avec un pique-nique tiré du sac.

Chaque journée est ouverte à 8 participant-es au tarif de 65 €. L’inscription est indispensable.

Qui suis-je ?

Une amie a inventé le mot « écritologue » pour définir mon travail avec l’écrit 🙂 J’ai adopté ce néologisme !

Ma carrière a commencé avec deux pointures de la littérature contemporaine. Pendant près de 10 ans, j’ai assisté Pascal Quignard et Philippe Sollers aux éditions Gallimard.

Pendant ces années parisiennes, j’ai « appris à lire » des manuscrits de premiers romans, des romans et des scénarios. Je suis ensuite devenue préparatrice de copie-correctrice, puis rédactrice et éditrice.

J’écris des romans, des nouvelles, en littérature générale et en jeunesse. Mes livres sont publiés depuis 2003 [ma bibliographie], je blogue depuis 2005. Dans chacun de mes projets, j’expérimente une écriture, une trame narrative, une langue. Pour moi, la création littéraire est un lieu de recherche comme d’expérimentation. J’observe les mécanismes à l’œuvre tout au long du processus créatif, ce qui me permet de transmettre méthode et appui personnalisés.

En 2004, je me suis formée à l’animation d’ateliers d’écriture avec l’Atelier recherche de la Boutique d’écriture du Grand Toulouse.

Je travaille aujourd’hui en pluriactivité dans le monde du livre, du conseil, de la formation et de l’accompagnement. Je crée, anime et coordonne des ateliers et des stages d’écriture. J’enseigne l’écriture créative aux étudiant-es du master Métiers de l’écriture et de la création littéraire [université Jean-Jaurès, Toulouse]. En entreprise, je suis consultante formatrice et j’accompagne les organisations à mieux communiquer.

Écrire en dimanche 2018

Écrire en dimanche 2018

Écrire en dimanche est un programme d’ateliers d’écriture. Ils se déroulent mensuellement à Gaillac dans le Tarn.

25 février – 25 mars – 6 mai – 3 juin – 1er juillet – 30 septembre – 4 novembre – 2 décembre

Écrire en dimanche est une bulle hors du temps. C’est un moment d’immersion dans l’écriture, pour les débutant-es et les confirmé-es. Il s’agit de renouer avec son imaginaire, d’écrire et de partager ses travaux, de bénéficier d’appui méthodologique et de conseils, dans une ambiance conviviale.

Participant-es

Que vous ayez ou non une pratique de l’écriture créative, que vous pensiez ou pas savoir écrire des histoires, il suffit d’avoir envie de participer à une journée et de vous inscrire pour :
> vous connecter à votre créativité
> acquérir des outils et de la méthode
> bénéficier de la dynamique du groupe…
> et, bien sûr, écrire !

Déroulement

Après un échauffement fait de jeux d’écriture, vous écrivez à partir d’images, de mots, de phrases, de mises en scène… Plusieurs propositions se succèdent pendant la journée, permettant de construire un texte suivi en « premier jet ».

Je travaille un contenu pour chaque journée. Les propositions se renouvellent donc régulièrement ainsi que les outils permettant de solliciter l’imaginaire.

Chaque journée est indépendante. Mais, si vous le souhaitez, vous pourrez poursuivre une histoire de dimanche en dimanche.

En pratique

Vous venez avec de quoi écrire : cahier, feuilles volantes, ordinateur, crayons, plume et encre, feutres…

Je vous accueille à Gaillac de 10 h à 17 h. Autour des temps d’écriture, je vous propose du thé, du café, des tisanes. Nous prenons le déjeuner sur place avec un pique-nique tiré du sac.

Chaque journée est ouverte à 8 participant-es au tarif de 65 €. L’inscription est indispensable.

Qui suis-je ?

Ma carrière a commencé avec deux pointures de la littérature contemporaine. Pendant près de 10 ans, j’ai assisté Pascal Quignard et Philippe Sollers aux éditions Gallimard.

Pendant ces années parisiennes, j’ai « appris à lire » des manuscrits de premiers romans, des romans et des scénarios. Je suis ensuite devenue préparatrice de copie-correctrice, puis rédactrice et éditrice.

J’écris des romans, des nouvelles, en littérature générale et en jeunesse. Mes livres sont publiés depuis 2003 [ma bibliographie], je blogue depuis 2005. Dans chacun de mes projets, j’expérimente une écriture, une trame narrative, une langue. Pour moi, la création littéraire est un lieu de recherche comme d’expérimentation. J’observe les mécanismes à l’œuvre tout au long du processus créatif, ce qui me permet de transmettre méthode et appui personnalisés.

En 2004, je me suis formée à l’animation d’ateliers d’écriture avec l’Atelier recherche de la Boutique d’écriture du Grand Toulouse.

Je travaille aujourd’hui en pluriactivité dans le monde du livre, du conseil, de la formation et de l’accompagnement. Je crée, anime et coordonne des ateliers et des stages d’écriture. J’enseigne l’écriture créative aux étudiant-es du master Métiers de l’écriture et de la création littéraire [université Jean-Jaurès, Toulouse]. En entreprise, je suis méthodologue de l’écrit : j’accompagne les professionnels à mieux communiquer.

Viol. Une histoire d’amour

Viol. Une histoire d’amour

En 2003, Joyce Carol Oates publie Rape. A love story aux États-Unis. Le roman est traduit par Claude Seban et paraît en 2006 en France aux éditions Philippe Rey. C’est également en 2003 que paraît Trauma, mon premier roman, sur le sujet similaire de la violence sexuelle qui fracasse les vies quand des hommes s’arrogent le droit d’importuner des femmes. Quand ils croient avoir le droit de se « servir ».

Dans Viol. Une histoire d’amour, l’auteure pose le ton dès le premier chapitre intitulé « Elle l’a cherché ». Une femme, cette femme-là particulièrement, porte sa responsabilité dans le viol qu’elle subit. Du moins, c’est ce qu’une sorte de voix off retraçant l’inconscient collectif pose avec une certaine insistance. La suite sera sans concession.

Tina Maguire, jeune veuve, mère d’une fillette de 12 ans, est une femme sans doute un peu trop libre, un peu trop séduisante, un peu trop susceptible d’exciter les fantasmes de certains des hommes de Niagara Falls où elle vit.

« Une femme comme ça, trente-cinq ans, habillée comme une adolescente. Débardeur, jean coupé, crinière de cheveux blonds décolorés, frisottés. Jambes nues, sandales à talons hauts ? Des vêtements sexys qui lui moulent les seins, les fesses, elle s’attendait à quoi ? »

Le soir du 4 juillet 1996, Tina participe à l’événement de la fête nationale chez son amant Casey. De la bière, de la musique, des ami-es, l’été est chaud. Peu après minuit, elle décide de renter à la maison et réveille sa fille, endormie sur le canapé. Elles pourraient rester dormir chez Casey, mais Tina a envie de prendre l’air et de rentrer chez elle avec sa fille.

La traversée du parc leur sera fatale quand une bande de jeunes avinés et drogués croisent mère et fille et deviennent subitement des chiens en meute. Bethie est brutalisée, se fait déboîter l’épaule et sauve sa peau en se cachant sous les bateaux du hangar dans lequel sa mère est battue, violée, laissée pour morte par huit monstres.

La fillette sortira chercher du secours et l’agent Dromoor sera le premier à croiser son regard sur les lieux du viol. Tina et Dromoor s’étaient brièvement rencontrés deux ans auparavant dans un bar. Pourtant, le policier se laissera embarquer émotionnellement dans cette histoire, témoignant son soutien à Tina encore convalescente, contrairement aux principes de sa profession.

Pendant que Tina est hospitalisée, Bethie identifie trois des violeurs. Huit hommes sont interpelés.

« Dans le couloir, ta grand-mère exige de savoir quand ces animaux seront envoyés en prison. »

Mère et fille sont rongées d’inquiétude. Les violeurs ont payé une caution, ils sont dehors, vivent dans le même quartier que la mère de Tina chez qui elles ont trouvé refuge. Dans les environs, la pression est forte, les menaces sont récurrentes. Le chat disparaît.

En septembre, une première audience rassemble violeurs, violée et blessée. Les criminels se sont payé un avocat ignoble qui n’hésite pas à instiller le doute en retournant la situation. Tina est quasiment accusée d’avoir consenti à des rapports payants avec ces hommes, des jeunes gens du quartier qu’elle connaît bien. La négligence de la mère envers sa fillette qu’elle aurait osé associer à cette partie est pointée. Le doute est disséminé.

« La parole de cette femme contre la leur. Tout le monde peut crier au viol. Un doute raisonnable, c’est tout ce qu’il faut à un jury. Qui peut prouver, réfuter ? »

La salle est sous le choc. Tina se sent trahie, salie à nouveau. Il n’y aura pas de procès. Alors Dromoor, conscient des fragilités d’une justice dont les rouages ruinent l’efficacité, pense qu’il a été désigné, choisi, pour clarifier la situation.

Tout au long du roman, Joyce Carol Oates alterne les modes narratifs : narration extérieure, pensées intérieures de différents personnages, adresse quand il s’agit du personnage de Bethie, rumeur ou qu’en dira-t-on pour appuyer certaines scènes. Le texte est nerveux. Il embarque à travers la cruauté humaine, l’injustice, le dénigrement.

La situation est bouleversante et son traitement dit aussi la double violence faite aux femmes quand, après l’abattage méthodique par la meute, leur parole est mise en doute, leur témoignage contesté et que, parfois, mères et sœurs des criminels sont parties prenantes du déni. Mais, à la différence de ce qui survient dans la vraie vie quand le crime demeure impuni, le roman, usant de son jeu des possibles, règle les comptes de façon jubilatoire !

Le roman de Joyce Carol Oates est une fiction réaliste. Le livre se lit dans l’urgence , la lecture poussée par l’envie de connaître le dénouement, tant la situation que traverse Tina est d’une intenable cruauté.

Quant au sous-titre Une histoire d’amour, j’en viens à me demander si l’auteure n’a pas ajouté les pages à ce sujet comme pour adoucir un ensemble abrupt, cruel… C’est, à mes yeux, la partie la moins convaincante.

Viol. Une histoire d’amour est un livre à confier à tous ceux qui doutent encore de ce que violer signifie et aux autres qui pensent que, dans tous les cas, elle l’a bien cherché. Un livre à confier à toutes celles qui, récemment, ont cru pertinent de signer une tribune appelant au droit des hommes à la « liberté » d’importuner. Celles qui fantasment le viol et la possible jouissance dans cette violence…

Écrire en dimanche 2018

Écrire en dimanche 2018

Ateliers d’écriture mensuels [à Gaillac, Tarn]

Rendez-vous les 21 janvier – 25 février – 25 mars – 6 mai – 3 juin – 1er juillet – 30 septembre – 4 novembre – 2 décembre

Écrire en dimanche est une bulle hors du temps. C’est un moment d’immersion dans l’écriture, pour les débutant.es et les confirmé.es. Il s’agit de renouer avec son imaginaire, d’écrire et de partager ses travaux, de bénéficier d’appui méthodologique et de conseils, dans une ambiance conviviale.

Participant.es

Que vous ayez ou non une pratique de l’écriture créative, que vous pensiez ou pas savoir écrire des histoires, il suffit d’avoir envie de participer à une journée et de vous inscrire pour :
> vous connecter à votre créativité
> acquérir des outils et de la méthode
> bénéficier de la dynamique du groupe…
> et, bien sûr, écrire !

Déroulement

Écrire en dimanche se déroule de 10 h à 17 h. Après un échauffement fait de jeux d’écriture, vous écrirez à partir d’images, de mots, de phrases, de mises en scène… Plusieurs propositions se succèderont pendant la journée, permettant de construire un texte suivi en « premier jet ».

Le contenu de chaque journée est indépendant. Mais, si vous le souhaitez, vous pourrez poursuivre une histoire de dimanche en dimanche.

En pratique

Je vous accueillerai à Gaillac, de 10 h à 17 h. Je vous proposerai du thé, du café, des tisanes. Nous prendrons le déjeuner sur place avec un pique-nique tiré du sac.

Chaque journée est ouverte à 8 participant-es au tarif de 65 €. L’inscription est indispensable.

Qui suis-je ?

Professionnelle de l’écrit, je travaille dans le monde du livre, du conseil, de la formation et de l’accompagnement.

J’écris des romans, des nouvelles, en littérature générale et en jeunesse. Mes livres sont publiés depuis 2003, je blogue depuis 2005.
Dans chacun de mes projets fictionnels, j’expérimente une écriture, une trame narrative, une langue. Ce qui me porte à remettre sur le métier et à emprunter de nouvelles voies. En création, je préfère éviter la routine !

Vos questions sont les bienvenues, n’hésitez pas à me contacter par ce site.

Lettre à une petiote sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle

Lettre à une petiote sur l’abominable histoire de la bouffe industrielle

Après sa Lettre à un paysan sur le merdier qu’est devenue l’agriculture, Fabrice Nicolino s’adresse à sa petiote pour lui expliquer le monstre qu’est devenue l’industrie agroalimentaire.

Raréfaction des espèces végétales dans la nourriture humaine — de 30 000 espèces comestibles recensées, 12 seulement assurent la base des repas des ¾ de la population planétaire. Violence des multinationales du crime chimique de guerre — gaz sarin, agent orange… — reconverties en fournisseuses planétaires de pesticides dont elles savent la toxicité. Exploitation des enfants dans les plantations de cacao revendant aux plus grandes marques. Composition affolante de plats préparés devenus pathogènes…

« Quelque 75 000 accidents cardio-vasculaires et 25 000 morts seraient dus à l’excès de sel chaque année dans notre pays. Soit près de 70 morts par jour. […] 80 % du sel consommé chez nous provient des aliments savamment préparés par l’industrie agroalimentaire. »

Le sel, le sucre et le mauvais gras sont les grands amis d’une industrie qui en ajoute à tour de bras pour rehausser le goût de matières premières fades parce que de piètre qualité. Ils permettent de conserver comme de retenir l’eau ce qui augmente le poids d’un produit. Ils rendent accro un consommateur qui, mené par ses addictions, saura se rendre jusqu’au bon rayon du supermarché… L’industrie étudie les comportements des consommateurs pour mieux qu’ils mangent dans sa main.

L’obésité et le diabète se répandent partout où des multinationales de la malbouffe déploient produits et stratégie. Mais pourquoi se préoccuper de santé publique quand la recette rapporte lourd et que la morale de l’histoire est de faire du profit ? À quoi bon ?

Des pesticides plein les pommes ou la vigne et le public s’inquiète des résultats d’études scientifiques : dormez tranquilles braves gens et consommez sans crainte, des agences de communication sont là pour minimiser les problèmes liés aux effets des produits dont on asperge fruits et légumes. À force d’informations contradictoires, plus personne ne s’y retrouve. La liste est longue des reproches à formuler envers une industrie particulièrement malsaine dont les lobbies sont puissants.

Voilà un petit livre précieux — dont l’adresse à la « petiote » est parfois agaçante. L’ouvrage a le mérite de recenser des parcours industriels qui font froid dans le dos tout comme les dérives du secteur de l’agroalimentaire. Il se termine fort heureusement par un chapitre « hommage » à celles et ceux qui ne s’en laissent pas conter. Une note d’espoir, l’exemple de lanceurs d’alerte ou de protecteurs de biodiversité, des solutions à mettre en œuvre sans tarder.

Après cette lecture, qui osera encore faire ses courses les yeux fermés ?

Allumer le feu

Allumer le feu

— Fiction du réel —

Elle n’en peut plus. Du tout. Elle n’en peut plus du tout.

Les ennuis ont commencé il y a quelques semaines, non, quelques mois maintenant, il lui faut bien l’admettre. Elle l’a senti venir ce tournant. Elle l’a senti venir mais elle a cru que l’orage passerait, celui-ci comme les précédents. Une affaire de patience et de temps. Une affaire qu’elle essaierait de maîtriser autant que faire se peut. C’est ce qu’elle s’était dit quand le vent a fini par tourner, que le gros temps s’est imposé.

Sauf que l’orage a migré en tempête. Que le mauvais temps n’en finit pas de s’abattre sur elle. Qu’elle ne se sent plus la carrure face à ce tourbillon-là. Elle ne sait plus comment affronter. Comment résister. Tenir bon. Maintenir le cap. Braver les dégâts. Elle n’en peut plus.

Ses ennuis, c’est l’argent. L’argent qui manque. L’argent qui fuit. L’argent qui n’est jamais assez parce que, dans son budget, la part consacrée au logement est tous les ans plus importante. Le loyer augmente. L’énergie coûte cher. Elle est nucléaire et produit des déchets qui plombent les générations à venir — et peut-être la sienne compte tenu de tout ce qu’on ne dit pas sur le sujet ou que l’on transforme par voie de communication. Et le gaz de sa chaudière, acheté en Russie, revendu par une entreprise belge récemment rachetée par un groupe pétrolier dont elle n’a pas envie d’être cliente. Pas envie qu’on lui impose ça. Et l’eau. Les taxes locales. Et tout le reste…

L’argent qui manque. Les prix qui flambent, bien placés en peloton de tête, quand son salaire lambine et peine à suivre. Pourtant, pas de luxe dans sa vie. Du nécessaire et de l’indispensable. Elle a réduit au minimum les dépenses annexes. Il faut bien manger quand même. De la survie en somme, juste ça, elle travaille pour payer sa survie. Rien de plus. Plus jamais rien de plus. Parce qu’au moindre pas de travers, avalanche de retombées. Elle n’a même plus besoin d’une cascade de conséquences pour être en dette. Elle est endettée. Elle n’en peut plus.

Dix ans de crise dans son pays — bien plus en réalité — après dix ans de conversion à l’euro : un effet de cause à conséquence, elle se demande. Et qu’ils ne le disent pas que les prix sont restés stables. Qu’ils ne le disent plus tous ces bonimenteurs qui avaient promis juré craché qu’ils veilleraient au grain. Foutaises ! Jamais le logement n’a coûté si cher. Jamais la nourriture n’a été de si mauvaise qualité pour qui doit s’achalander dans les magasins discount. Et truffée de gras, de sucre, d’ingrédients vides de nutriments, de conservateurs et autres exhausteurs soupçonnés de toxicité. De la nourriture à rendre malades les mangeurs. À tuer la planète de trop de champs saturés de pesticides. Plus d’abeilles mais des plantes mutées, hybridées, leurs qualités nutritives réduites au fur et à mesure des croisements génétiques. Il faut que ça pousse et que ça rapporte tout ça. Vite et fort. Que ça nourrisse ? Pour quoi faire ? Qui se préoccupe des conséquences de ces dérives industrielles ? Elle se souvient des scandales récemment mis au jour : mayonnaise à l’huile de vidange, pâtes garnies au vieux cheval, œufs contaminés par un produit toxique… Et toujours de la communication massive pour dire que tout ça n’est pas si grave, pas si toxique, qu’on bouffe tout ça sans moufter ! Et pour tous ces scandales révélés, combien sont étouffés, tus, jamais chroniqués ? Qui sont ces gens dont le travail consiste à intoxiquer tout et tout le monde, elle se demande. Le monde entier à portée de leur folie collective. Elle regarde tout ça. Se demande. N’en peut plus.

C’est comme tout porter seule. Ça non plus elle n’en peut plus. Ça serait plus léger peut-être d’avoir quelqu’un sur qui compter au quotidien. Quelqu’un avec qui discuter des difficultés. Quelqu’un avec qui partager le labeur domestique. Quelqu’un avec qui envisager des vacances. Des voyages, qui sait. Quelqu’un à aimer. Alors ça, quelqu’un à aimer, ça la fait doucement rigoler ! Elle se dit que le couple ça n’est plus que dans les magazines et les émissions de téléréalité. Seulement là qu’on essaie encore de donner à croire au format de vie « idéal », la vie à deux, la vie de couple. Un homme une femme : il est grand beau jeune et musclé, elle est riche et siliconée. Parce que c’est une femme libre, elle est plus âgée que lui et ça ne pose aucun problème. Ils partent en vacances dans le monde entier, possèdent plusieurs villas ou descendent dans des hôtels de luxe. Ils portent les vêtements dernier cri, roulent en voiture hybride ou électrique. À travers eux, les médias font l’apologie d’un modèle outrancier, suicidaire, mais qu’importe! Il faut bien travestir la réalité pour que le rêve et la frustration du public de ne pas être de ce sérail-là continuent de rapporter des pages publicitaires qui paieront les salaires de la rédaction. Il faut bien omettre de dire que ces gens-là, ceux des unes, sont plus sponsorisés que des joueurs de foot. On leur offre une image et le décorum qui va avec parce qu’ils en font la promotion. Que cette promotion leur rapporte comme aux marques qui l’ont financée.

Elle n’en peut plus. De ces mensonges et faux-semblants. De cette exhibition du fric gagné sans se fatiguer par des personnages encore plus faux que leurs rôles médiatiques. Et son impossibilité d’échapper à ces icônes qui encombrent les imaginaires de ses congénères et véhiculent des standards de vie qui ne lui font pas envie, elle n’en peut plus. Pas plus qu’elle n’a envie de se faire réduire la poitrine parce qu’un algorithme lui aurait prédit un risque d’avenir. Pas plus qu’elle n’a envie de ces vêtements portés par des fillettes squelettiques. Pas plus qu’elle ne rêve de rencontrer tel acteur devant lequel elle se pâmerait comme une idiote d’une classe sociale inférieure… Inférieure parce que l’argent. Parce que l’argent manque quand d’autres se font « tout » payer et ne versent pas au pot commun. Elle n’en peut plus.

Alors les hommes, ils sont où les hommes dans sa vie ? Aux abonnés absents.

Et les quantités de paperasse à remplir, de justificatifs du moindre de ses mouvements à fournir quand il s’agit de déclarer son surendettement. Parce qu’à un moment, c’est trop. Elle ne fait plus face et la dette augmente. Et la banque rejette, se sert en frais toujours plus conséquents, pose des injonctions et des menaces recommandées — le sourire de solidarité de son facteur qui a bien compris la dure traversée bardée de courriers à contresigner. Les heures passées à lister, à compter, à ressasser et recompter. Les heures à mettre tout à plat, à retranscrire dans les bonnes cases d’un dossier long comme l’hiver. Une mise à nu. Sa vie nue. En chiffres. Une comptabilité d’elle-même réduite en colonnes de tableaux successifs pour dire tout ce qu’elle est. Ce qu’elle gagne et dépense. Ce qu’elle reçoit en soutien ou pension. Tout. Tout dire et justifier. Le prouver. Sur dossier. Les pages accumulées, les photocopies triées et organisées. Vérifiées. Tout pointé et relu avant d’être déposé. Un métier que sa précarité. Elle n’en peut plus.

Alors, quand un chanteur célèbre qui a mis son argent dans les paradis fiscaux décède. Quand la vedette se fait payer une cérémonie de chef d’état pour ses obsèques devant les caméras du pays. Quand des tas de gens témoignent de ce que cet homme a fait à leur vie avec des sanglots dans la voix. Quand les chroniqueurs oublient de relayer la face obscure dudit personnage, que sa plus récente femme confesse qu’elle a fini par s’y faire aux frasques du mari consommateur de femmes et de stupéfiants, elle craque. Elle craque de prendre en plein estomac la violence de ces gens de biens qui sont photographiés sous toutes les coutures pour montrer au bon peuple comme ils souffrent beau. Elle craque de ne pouvoir échapper à ce déversement d’images de personnes dont elle n’a cure. De gens qu’elle trouve profiteurs, exhibitionnistes de leur deuil, laids de leur commerce. Parce que peut-être que ça leur rapporte encore tout ça, elle se dit. N’en peut plus.

Si elle mourait demain, le président de la République n’en serait pas informé. Pas plus que son voisinage d’ailleurs. Peut-être ses ami.es et encore, elle n’en sait rien. Alors que le chanteur défiscalisant tout en profitant sans verser sa contribution, le président en a discouru. C’est un monde, elle se dit.

Elle va allumer le feu, comme dans la chanson. Elle a cette envie-là. Elle s’imagine, se voit le faire. Et faire du bruit. Elle va allumer le feu pour dire à ce monde comme la vie est rude pour elle. Et pour tant d’autres comme elle. Comment elle n’en peut plus de se sentir humiliée par ces gens de fortune qui ne connaissent rien de ce qui la traverse. Et comme elle tant d’autres qui se taisent et serrent les dents, loin de la ronde médiatique et de sa folie publicitaire. Les précaires, les invisibles chargés de tous les maux. Les laissés pour compte d’un monde qui ne prête qu’aux riches. Qui vit dans l’entre-soi et l’entregent. Un monde aveugle à la cruauté qu’il véhicule, à la violence qu’il assène à coups de papier glacé et d’interviews cyniques.

Ah oui, elle en rit maintenant ! Elle va allumer le feu et sortir de cette ronde infernale dans laquelle elle se meurt à petite dose, sans fard ni paillette. Sans vêtements de marques luxueuses ni quelconque sponsor. Elle, quoi qu’elle fasse, personne ne paie pour elle.

C’est elle qui paie. C’est elle qui trinque. Elle qui n’en peut plus.

Elle frotte une allumette. Allumer le feu…

Le Semeur

Le Semeur

Le Semeur est le premier long métrage de Marine Francen, inspiré du roman de Violette Ailhaud — qui cacherait sans doute le nom d’une autre auteure, un pseudonyme donc, si l’on en croit Slate.

En 1852, un village cévenol est vidé de ses hommes par les troupes napoléoniennes. Après le coup d’État qui a sonné la fin de la Deuxième République, l’empereur Napoléon III fait emprisonner les Républicains du territoire.

Demeurées seules, les femmes s’organisent pour subvenir à leurs besoins. Il est question de survie et, ensemble, elles trouvent des solutions. Le temps passe, les hommes ne reviennent pas et plus personne ne monte de la vallée au village pour donner quelque nouvelle.

Violette est une jeune femme à qui son père a appris à lire, ce qui est exceptionnel pour l’époque [l’instruction deviendra obligatoire après les lois Jules Ferry de 1881-1882]. Violette et ses amies rêvent d’hommes. L’une d’entre elles devait se marier tandis que son promis a été tué le jour de la rafle.

Désolées à l’idée d’être à jamais privées d’hommes à aimer, les jeunes femmes se font la promesse qui si un homme venait à passer par le village, elles se le partageraient pour porter chacune un enfant de lui. Un enfant qui serait garçon ou fille et permettrait de continuer d’élever la vie dans ce village déserté.

Un maréchal-ferrant viendra, la promesse se tiendra.

Avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, Marine Francen met en scène un beau film porté par une lumière extérieure magnifique. Le format carré apporte sa singularité. Et l’auteure se tient à distance des travers qu’on pourrait facilement imaginer dès lors que plusieurs femmes partagent le même homme.

  • Entretien avec la réalisatrice chez Allociné
Dans la forêt

Dans la forêt

Dans la forêt est le premier roman de l’Américaine Jean Hegland. Le texte est publié aux États-Unis en 1996 et rencontre le succès, il est adapté au cinéma. Il faudra pourtant attendre 20 ans pour une publication française aux excellentes éditions Gallmeister, dans la traduction de Josette Chicheportiche.

Sans jamais la nommer, le roman évoque la fin d’un monde. Comment faire quand plus rien ne fonctionne comme avant ? Comment se nourrir, assurer son hygiène ? Comment passer l’hiver et préparer l’été ? Comment, surtout, se préserver et se protéger quand on est deux jeunes femmes confrontées à l’autonomie voire l’autarcie, sans adultes pour veiller à ce que tout se passe au mieux tandis que le danger n’est jamais loin.

Au commencement

Nell et Eva vivent dans une maison californienne installée en bordure d’une forêt. Elles sont sœurs, respectivement âgées de 17 et 18 ans. Leur père travaille dans une école de Redwood, la ville la plus proche située à une cinquantaine de kilomètres. Leur mère est une ancienne danseuse reconvertie dans le tissage. Paradoxalement, les deux jeunes sœurs ne vont pas en classe et reçoivent une éducation libre dans laquelle chacune doit prendre ses responsabilités. Elles vivent en lien avec leur nature et la nature.

Le roman débute par l’ouverture du journal de bord que Nell se décide à écrire, puisque plus rien n’est comme avant. Elle sent le besoin de tracer ce qui survient — ce qui est un très beau prétexte romanesque. Elle fait l’état des lieux de la situation pour tenter de voir clair au fil des événements qu’elle ne cessera de raconter, d’essayer de comprendre.

Le journal est le dépositaire de ses doutes. De ses hauts et bas comme des moments de tension insoutenable avec sa sœur. De ses questionnements existentiels.

« Le déficit du gouvernement avait fait boule de neige pendant plus d’un quart de siècle. Nous connaissions une crise du pétrole depuis au moins deux générations. Il y avait des trous dans la couche d’ozone, nos forêts disparaissaient, nos terres arables exigeaient de plus en plus d’engrais et de pesticides pour produire moins de nourriture — mais plus toxique. Il y avait un chômage effroyable, un système d’aide sociale surchargée et les gens dans les quartiers déshérités bouillaient de frustration, de rage, de désespoir. »

Nell est admissible à Harvard. Elle travaille avec acharnement pour intégrer ce dont elle pense manquer du fait de son éducation « naturaliste » et se nourrit d’une encyclopédie susceptible de lui apporter toutes les connaissances. Avec conviction, elle tourne les pages une à une et apprend par ordre alphabétique.

Pendant que Nell potasse, Eva s’entraîne sans relâche à danser pour pouvoir rejoindre un corps de ballet californien. Les deux sœurs sont cultivées, déterminées.

Le drame s’installe

Par touches successives d’allers et retours dans le temps, Nell donne à comprendre que sa mère est récemment morte d’un cancer dont elle n’a pu se défaire. Une mère fantasque que sa fille ne comprend pas toujours et qui laisse en héritage une plantation en forme de cœur de tulipes rouges.

Dans la maison en bordure de forêt, l’électricité manque de plus en plus souvent. On ne saura jamais ce qui est survenu. Les choses ne sont juste plus comme avant, quand la consommation en totale insouciance était encore possible, quand les deux jeunes femmes voyaient l’avenir s’ouvrir devant elles, n’ayant qu’à choisir vers quel destin avancer.

En ville, la rumeur va bon train au sujet des dysfonctionnements, du manque d’essence, de la raréfaction des denrées alimentaires. La pénurie est à l’œuvre. Mais la maison dispose d’un garde-manger riche de provisions et la famille pense avoir le temps de voir venir sans craindre la disette.

Les jours passent et chacun est à la tâche. Nell travaille, Eva danse, le père vaque entre jardin potager et conserves, taille du bois en prévision de l’hiver. Malgré les changements — le père ne va plus au travail — tout semble pouvoir continuer comme si de rien n’était. Ou presque.

Alors qu’il est dans la forêt à débiter du bois, le père tombe sur sa tronçonneuse en marche. L’accident lui sera fatal, ses deux filles demeurant dans l’incapacité de résorber l’hémorragie. Angoissées à l’idée que des bêtes sauvages dépouillent le cadavre de leur père, elles s’acharnent à l’enterrer sans tarder.

« De retour à la maison, nous avons descendu nos matelas dans le salon. Nous avons verrouillé les portes, fermé les fenêtres et sommes passées à tour de rôle dans l’eau froide de la baignoire. […] Il semble que nous sommes restées pendant des jours repliées en nous-mêmes tandis que les mauvaises herbes envahissaient ce qui restait du potager d’automne. »

Les cauchemars de Nell débutent.

Survivre, telle est la question

Dans la maison de la forêt, la vie des deux sœurs s’organise dans une sorte d’hébétude et d’angoisse dissipées par des moments de joie, de rires et de légèreté. Nell et Eva ne doivent plus compter que l’une sur l’autre et malgré tout l’amour qu’elles se portent, des tensions viennent les tirailler. L’une étudie l’autre danse, tandis que les provisions se raréfient et que l’électricité semble définitivement coupée.

Les deux jeunes femmes n’en reviennent pas lorsque Elie débarque chez elles. Il est venu à pied de la ville et veut partir à Boston car la vie va mieux là-bas, dit-il en répétant une rumeur dont il ne connaît pas le fondement. Il vient chercher Nell avec laquelle il aimerait émigrer, comme leurs ancêtres l’ont fait quelques siècles plus tôt à travers le pays. Ces deux-là s’aiment et la promesse d’un avenir meilleur ailleurs leur donne des ailes.

Alors qu’elle s’éloigne en compagnie d’Elie, prête à marcher pendant des jours pour rejoindre un hypothétique territoire où mieux-vivre, Nell renonce à laisser sa sœur seule. Elle abandonne Elie et le projet de Boston, rejoint Eva qu’elle ne veut plus jamais quitter.

Dans la forêt

Les deux jeunes femmes épuisent quasiment les réserves en nourriture avant de réaliser qu’il leur faut reprendre le potager, préparer le sol, planter les graines que leur père a stockées. Elles pourront alors se nourrir de légumes frais qui leur permettront de ne plus subir les carences d’une alimentation de mauvaise qualité en trop faibles quantités.

Elles cultivent et produisent, conservent et déshydratent en prévision de l’hiver. Nell cueille de multiples de plantes dans la forêt qu’elle a auparavant identifiées dans des ouvrages et reconnues pour leurs qualités curatives.

Les jours passant, de nouveaux drames survenant, Eva qui dansait tant ne danse plus. Nell porte la situation à bouts de bras et s’épuise. Tandis que la folie de la douleur et de l’isolement les gagne petit à petit, les deux sœurs comprendront qu’elles n’ont plus d’autre choix que de rejoindre la forêt pour y vivre — et sans doute y mourir.

Un roman d’anticipation

Dans la forêt anticipe la fin de l’opulence et rend caduc le modèle américain. Sans jamais dénoncer frontalement l’exagération consumériste d’un pays entier, l’auteure donne cependant à comprendre et à critiquer les usages irresponsables de consommateurs hors sol. Déconnectés des conséquences de leurs actes irréfléchis, coupés d’une nature et d’un état sauvage dont ils sont pourtant issus, les humains des villes sont bien vite malmenés par le moindre changement dans l’approvisionnement de matières fossiles, de nourriture, d’énergie. Ceux des champs vivront une autre fin des temps puisqu’ils connaissent la nature et ce qu’elle peut offrir en partage.

Alors, puisque « nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend » [paroles de zad], sans doute est-il encore temps de rallier la forêt, la montagne et leurs infinies possibilités de vies à réinventer.

« Les livres dans une main, j’ai fermé la porte de l’atelier de Mère. Dans le salon, j’ai ramassé la carabine, pris la boite de balles dans l’armoire. Tout le reste, je l’ai laissé. Mon ordinateur et ma calculette et ma lettre de Harvard, les chaussons de danse d’Eva, le lecteur de CD et le carrousel de Noël, j’ai laissé une maison entière de choses dont nous pensions autrefois avoir besoin pour survivre, et je suis sortie. […] J’ai grimpé les marches, traversé la terrasse, hésité quelques secondes, puis j’ai lancé le tison à l’intérieur par la porte ouverte. »

L’Orchestre en or

L’Orchestre en or

L’orchestre en or est une formation musicale singulière composée de sept membres : cinq cuivres [ou vents], un batteur, un chanteur. Le groupe existe depuis cinq ans et prépare son deuxième album.

L’Orchestre en or joue les compositions de Camille Scheppet, au saxophone. Xavier Machault chante des textes de son cru ou empruntés. Félix Gibert est au trombone, Franck Bodin à la batterie, Gaël Ritteau joue de la trompette et raconte quelque histoire [le jardin n’existe pas…]. À l’avant-scène, Gwen Lebars et Marc Maffiolo se partagent les saxophones baryton et basse.

Alors que le son de cet ensemble est d’abord surprenant — pas si courant un groupe de cuivres sans instrument à cordes — très vite la musique l’emporte et l’Orchestre en or embarque la salle. Du rythme, du swing, c’est drôle et festif. Puis plus sage voire tendre, avant de repartir à pleins poumons vers des sonorités parfois étonnantes.

Succession de morceaux, intermèdes discutés, chansons à texte, montée en tension… Chaque musicien semble profiter pleinement de la performance et la complicité du groupe transparaît.

Le concert passe à vive allure et après le rappel, on en voudrait encore parce que c’est vraiment excellent !

Un matin calme…

Un matin calme…

Au lever du jour, le brouillard a envahi le paysage. L’air est saturé d’humidité. Les berges du Tarn ressemblent étrangement aux Landes en hiver, l’odeur de résine en moins.

Elle marche au long de la rivière. Bonnet couvrant les oreilles, gants doublés polaire, elle a enfilé une doudoune dont le gonflant d’air l’isole du froid arrivé trop tôt cette année. Changement climatique ou pas, elle peste d’avoir dû changer de garde-robe d’une semaine à l’autre.

Remisés les collants fins, les sandales. Au placard les débardeurs ou autres caracos décolletés, shorts et jupettes. Et les claquettes ! Terminée la vie pieds nus sur le carrelage fais du séjour, le parquet délicat des autres pièces. Elle a trié pulls, chaussettes, tee-shirts à manches longues, pantalons à la toile lourde, collants opaques et chauds parce qu’épais. Elle a déjà porté ses bottes…

Des aboiements la tirent de son inventaire de saison. Elle lève le nez du chemin qu’elle suit en direction du pont, parfaitement invisible dans l’humidité de l’air. Venant vers elle, une silhouette penchée vers un chien. Elle poursuit son avancée, les approche. Une femme intime à Youki de se calmer tandis que plus loin une autre ordonne à un chien de revenir ici. Voix ferme. Effacée dans le décor, elle le siffle.

Un berger allemand au poil blond sautille maintenant autour de Youki, le renifle sans compter. Il est beaucoup plus grand. Au lointain, la femme appelle son chien. En vain. La propriétaire de Youki est au téléphone, le cou plié sur l’appareil retenu contre son épaule. Elle tient des deux mains le collier de son chien qui manque s’étouffer à chaque assaut de l’autre qu’il essaie tant bien que mal d’éviter.

Elle qui se voulait en promenade solitaire croise maintenant Youki et l’agitation de celle qui le retient. Prudence se dit-elle, deux chiens sans laisse, une promeneuse désemparée par les bondissements d’un animal vers le sien qu’elle immobilise moyennement, pliée en deux, toujours en ligne.

Le berger allemand file à l’opposé de celle qui lui ordonne encore de venir au pied.

— Pourquoi ils font ça ? Leur chien sans laisse… demande d’un air perdu d’incompréhension l’accompagnatrice de Youki.

— Je n’en sais rien, répond-elle sans envie de discourir plus longtemps.

Le plaisir dans lequel elle a envie de verser ce matin, c’est celui d’une promenade au calme des berges effacées de brouillard. Dans ce paysage qu’elle connaît bien, gommé de ses habitudes, redessiné un jour de climat froid et d’air en suspension. Elle n’a pas prévu de débattre de la liberté de circuler sans laisse concédée aux chiens supposés être obéissants en terrain public. Et préfère éviter.

Tandis que madame pliée en deux emmène Youki tiré au collier, le berger allemand trace maintenant dans l’autre sens. Vers cette voix qui l’appelle ou le siffle sans relâche. Le chien ralentit. Elle aperçoit une silhouette menue dans le brouillard. L’appel est autoritaire, le ton dur. Elle, sa promenade en solitaire étrangement peuplée, voit le chien s’affaisser sur ses pattes et avancer, quasiment ramper maintenant, vers la voix tendue. Une correction l’attend. Il le sait. C’est inscrit dans son corps.

Elle tord le nez. Pas de violence dans son paysage matinal. Pas ça !

La silhouette frêle crie au « vilain chien », son portable en main. Elle roule la laisse en deux. Le chien se couche à terre, oreilles en arrière, prêt à recevoir les coups. La laisse s’abat sur sa croupe puis sur sa tête et ses oreilles. Il couine. « Vilain chien ! » continue de commenter la brute.

— Un chien s’éduque sans coups, lance-t-elle spontanément vers la silhouette frêle. Ne peut s’empêcher d’ajouter : savez-vous ce que vous faites ? Il est comme les humains, la violence le blesse et le rend violent…

Aucune réponse ni commentaire. Pas même un regard sur elle quand elle croise la scène. Tant mieux, elle n’a pas envie de théoriser des bienfaits d’une éducation animalière sans coups. Elle laisse la silhouette à ses croyances de domination, d’asservissement de l’animal. Le nez dans son téléphone mobile et la lecture de ses messages tandis que le chien prend une raclée.

Décalée dans sa quiétude matinale, elle poursuit son chemin. Agacée, oui agacée par ces nombreuses personnes qui malmènent les autres, animal ou humain. Celles et ceux qui refusent d’avancer vers le questionnement de leur violence intérieure, leur volonté de mettre à mal l’autre. Celles et ceux qui se privent de se dépasser pour donner le meilleur de leur personnalité plutôt que leur pire. Et comme c’est facile le pire. Accessible. Voie toute tracée, chemin précâblé.

Avec le pire, on est toujours sûr du meilleur, se dit-elle en souriant.

Elle se demande pourquoi, changement climatique ou pas, on n’en est encore là. Dans un monde brutal où l’autre est à évaluer, à surveiller et punir. Moins souvent à récompenser. Un monde où l’on s’élève sur un tas de ruines ou de cadavres. Pourquoi faire autrement puisque le système est antédiluvien ? Que les hommes agressent les hommes dans le plaisir malsain de l’exacerbation de leur violence.

Elle a besoin de racler sa gorge. L’air est épais. Le paysage feutré.

Elle approche du pont dont elle devine les piles à travers le brouillard. À droite du virage que prend le chemin vers la remontée. En haut, elle tournera à gauche et poursuivra sa promenade derrière les terrains de sport.

En surplomb des berges, les visiteurs avec chiens sont plus rares. Elle a besoin de calme maintenant. Vraiment.