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Auteur : Hélène Duffau

Elles, en œuvre

Elles, en œuvre


Cinq femmes s’associent pour une exposition de leurs travaux dans l’église Saint-Laurent perchée tout en haut du village d’Eygalières [13]. Cinq univers aussi différents que complémentaires :

  • Nadine Fourré, à l’initiative de cette exposition, sculpte cailloux et bois. Elle travaille des équilibres étonnants et offre des univers énigmatiques, immenses pour certains, très zen pour tous.
  • Nicole Brousse, sculptrice, fait dans le gigantisme. À plus de trois mètres, elle déploie une femme en équilibre, toute de résine bleu Klein, dans une posture jubilatoire.
  • Véronique Faivre peint des paysages provençaux. Van Gogh a pris le vent dans des teintes outrées. Les paysages sont locaux, la patte assurée.
  • Lala Ravoisier expose des encres, en format carré, en toile. C’est beau et énigmatique. Riche d’univers que les encres peintes ou projetées permettent d’inventer, de rêver.
  • Florence Gosset peint des troncs. Indigo, rouge… la nature revêt des couleurs étonnantes qui, pourtant, restituent pleinement le sous-bois, l’enchevêtrement au naturel.

L’association des créateurs des Alpilles réunit ces talents au féminin et les expose jusqu’au 10 septembre. L’église est ouverte tous les jours de 10 h 30 à 13 h et de 16 h à 19 h.

Écrire en dimanche

Écrire en dimanche

Écrire en dimanche est une journée d’écriture thématique, ou atelier d’écriture, dans laquelle je vous accompagne.

En lien avec le sujet du jour, les propositions d’écriture stimulent la créativité et permettent de s’immerger dans une pratique intensive. Des temps de création et de discussion méthodologique se succèdent. Les propositions d’écriture peuvent être sobres ou décalées, créées à partir de phrases, de photos, de pièces musicales, d’objets…

Planning 2017
> 17 septembre : écriture érotique
> 15 octobre : l’art de la description
> 12 novembre : faire vivre le dialogue
> 10 décembre : scénariser son projet

Participant-es
Écrire en dimanche est ouvert à celles et ceux qui souhaitent :
> être accompagné-e par une auteure, professionnelle du livre
> acquérir des outils et de la méthode pour écrire en autonomie
> se remettre en piste vers sa créativité, stimuler son imaginaire
> se défaire de l’utilisation restrictive du langage professionnel
> bénéficier de la dynamique du groupe…

En pratique
Écrire en dimanche se déroule à Gaillac, de 10 h à 17 h. Les journées sont indépendantes les unes des autres. Chaque session est ouverte à 8 participant-es au tarif de 65 €. L’inscription est indispensable.

Une proposition d’écriture
Alors que le soleil se lève et dégage le paysage des nuages de la nuit, trois protagonistes préparent leur affaires. En 25 minutes, racontez la scène en ajoutant à vos ingrédients un un sachet de thé noir, une bouteille de rhum, une serpette : trois éléments déclencheurs d’incongruité.

Hélène Duffau
heleneduffau@free.fr

Séjour d’écriture créative

Séjour d’écriture créative

6 au 10 août 2017 - Gaillac [Tarn]

La proposition
Je propose un séjour d’écriture créative en immersion, en pension complète pour tout public. Je vous accompagne à déployer votre imaginaire, à utiliser les rouages de l’écriture créative, à développer une histoire, voire à aboutir un projet.
Lors de votre inscription, indiquez vos coordonnées téléphoniques. Je vous joindrai pour un point « projet » avant le démarrage du stage.
Je suis professionnelle du livre depuis 30 ans, écrivaine, passeuse d’écriture. J’enseigne l’écriture créative à l’université Jean-Jaurès (Toulouse 2) et forme des salariés aux techniques rédactionnelles.

Le public
Le séjour tout public est ouvert à celles et ceux qui écrivent, ont envie d’écrire, ont besoin de temps à consacrer à l’écriture.

Les objectifs

  • Créer une nouvelle, une histoire ; avancer son projet
  • Acquérir des outils méthodologiques
  • Comprendre les clés de la narration, du dialogue
  • Trouver sa voie en écriture
  • Professionnaliser son écriture
  • Travailler en collectif et en autonomie
  • Partager des temps de discussion « à propos d’écrire »

Profiter d’un séjour « hors du temps » dans un groupe à l’œuvre…

  • Le + Passionnée par la création littéraire, je partage les trucs et astuces de mon métier d’écrire : de l’art de déjouer la procrastination au choix des mots, entre autres étapes de la construction d’un texte.

Le lieu
« L’atelier d’Isabelle » est une maison d’artiste peintre gaillacoise avec jardin intime. Au rez-de-chaussée, l’atelier accueille les temps d’écriture qui peuvent également se dérouler au jardin. Au premier étage, la grande pièce cuisine salle à manger accueille les repas et les temps de pause. Le second est l’étage de l’hébergement en chambre double. Une salle de bains est à partager, ainsi que les sanitaires à chaque étage.

  • Le + Isabelle a beaucoup de goût. En plus d’être lumineuse, sa maison et le jardin attenant ouvrent l’imaginaire, accompagnent la créativité.

Les repas sont préparés par Anna, qui propose une cuisine végétalienne inventive et savoureuse.

Le déroulement
Le programme qui suit est indicatif. Il peut être aménagé en fonction de l’écriture ou des propositions du groupe.

  • dimanche 6 août
    9 h : accueil, installation, thé, café, gâteaux maison
    10 h – 12 h 30 : écriture créative / élaborer le-s personnage-s /
    12 h 30 : déjeuner
    14 h – 17 h : écriture créative / personnage-s et environnement /
    17 h : pause thé, café, tisane
    18 h – 19 h : à propos d’écrire
    20 h : dîner
  • lundi 7, mardi 8, mercredi 9
    petit déjeuner
    9 h 30 – 12 h 30 : écriture créative / du synopsis à l’écriture déployée / l’élément déclencheur de la tension narrative / résoudre l’énigme romanesque /
    12 h 30 : déjeuner
    14 h – 17 h : écriture créative / l’art de la description / du nécessaire décalage dans le dialogue / l’écriture en « passoire » /
    17 h : pause thé, café, tisane
    18 h – 19 h : à propos d’écrire
    20 h : dîner
    nuitée
  • jeudi 10 août
    petit déjeuner
    9 h 30 – 12 h 30 : écriture créative / quand les personnages prennent leur autonomie /
    12 h 30 : repas buffet
    14 h – 17 h : écriture créative / imbriquer les différentes parties ou chapitres /
    17 h : bilan du stage, appui méthodologique
    18 h : départ.

Les conditions
Le séjour d’écriture créative est proposé au tarif de 920 € [5 inscriptions sont nécessaires pour confirmer l’ouverture du stage].
Le tarif comprend l’inscription, 5 jours d’ateliers d’écriture et appui technique, la résidence en table d’hôtesse avec hébergement en chambre double pour 4 nuits, les repas et pauses gourmandes mentionnées dans le déroulement.
Les participant-es apportent leur linge de maison et de toilette.
Votre inscription est confirmée à réception de 250 € d’arrhes. En cas d’annulation jusqu’à 2 semaines avant le début du stage, les arrhes vous sont restituées, aucune indemnité n’est versée. En cas d’annulation à moins de 2 semaines, les arrhes sont conservées.
La prise en charge par un fonds de formation continue est possible. Plus d’information, tarifs et conditions par courriel.

En pratique
Apportez vos outils d’écriture : carnet, stylo, ordinateur… Et ce qui vous semble profitable pour les soirées : livres, jeux, musique à partager…
Des chaussures de marche sont les bienvenues. La campagne gaillacoise est belle et la promenade, qui permet d’appréhender le monde à vitesse humaine, est un stimulant de créativité.
Et puisque la baignade est possible dans le Tarn, à proximité de Gaillac, vous pouvez prévoir un maillot de bain.

Pour toute précision, contactez-moi via le formulaire de contact de ce site.

Corporate

Corporate

Premier film de Nicolas Silhol, Corporate se déroule dans le monde de l’entreprise.

Être “corporate”, c’est être dévoué-e à l’entreprise, un rôle qu’assume parfaitement Émilie Tesson-Hansen, récemment recrutée et chèrement payée au poste de « killeuse » dans un grand groupe. La société veut se débarrasser à peu de frais de salarié-es décrétés inaptes ou réfractaires au changement. Le « jeu » est assez simple : Émilie reçoit celles et ceux qui font partie de la liste noire, elle les convainc de demander à changer de service ; lorsqu’ils ont accepté et fait leur demande de changement, en toute « liberté », l’entreprise leur annonce qu’aucun poste ne correspond à leur attente. C’est le placard.

Malgré tout, le job n’est pas si simple, Émilie y transpire ses toxines au point qu’elle se rend régulièrement dans le parking de l’entreprise où est garée sa voiture. Dans l’habitacle, elle rafraîchit ses aisselles à l’aide de lingettes et change de chemisier. Maîtrise de son odeur corporelle, qui en dit long…

Mariée à un cadre qui a plaqué son travail pour la suivre et cherche à se recaser tout en prenant le temps de s’occuper de leur fils, Émilie affiche en interne les codes du succès : tailleurs pantalons impeccables, escarpins, relations directes avec le DRH, son ancien prof, qui l’a recrutée parce qu’il connaît ses compétences — glacial Lambert Wilson.

Tout irait bien, le plan social sans indemnités de licenciement pourrait se dérouler tranquillement à l’aide d’outils de persuasion qui ont fait leurs preuves, ce serait sans compter le suicide dans son lieu de travail d’un salarié acculé. Les langues se délient, le CHSCT ne s’en laisse pas conter, l’inspection du travail mène l’enquête et l’inspectrice se voit octroyer un bureau tout près de celui d’Émilie. Après le drame, Stéphane Froncart, DRH, rappelle à Émilie qu’elle n’a fait que son travail, ce dont bon nombre tente de se persuader.

Brillante élève devenue cadre avec lourdes responsabilités, Émilie Tesson-Hansen est ébranlée. L’animosité des salarié-es la touche, la tension de la direction tentant de se protéger de toute attaque en justice ou erreur décelée par l’inspectrice du travail en charge de l’affaire l’inquiète… Elle est pour autant incapable de se confier à son mari et essaie de tout contrôler, de tout maîtriser, de rester « corporate » jusqu’au bout.

Ce sont les regards qui en dissent long. Des regards pleins de sous-entendus, où chacun cherche dans les yeux de l’autre la moindre trace de fragilité, voire de trahison. Des regards qui scrutent, affichent leur supériorité. C’est aussi le regard sur soi qui devient une arme redoutable pour qui n’est pas encore complètement broyé par le système. Quand une once d’humanité demeure, les failles peuvent s’ouvrir.

Très vite après le suicide, Émilie sent le vent tourner. Son chef se met à l’ignorer, elle perd l’accès privilégié à son bureau, et il se pourrait bien qu’elle subisse, à son tour, le même type de harcèlement qu’elle a fait subir à d’autres. La muraille se fissure, la femme inébranlable prend peur et refuse d’être la seule à payer. Elle révèle son rôle à son mari qui découvre qui elle est professionnellement et l’aidera à déclencher « son » changement.

C’est quand elle se rapproche de l’inspectrice du travail, qu’elle trouve la force de mener à terme la mission qu’elle s’impose dorénavant : accumuler les preuves de la responsabilité de l’entreprise, et aider à constituer un dossier accablant permettant, au-delà du suicide, de libérer la parole pour ne plus subir la pression d’un management aux méthodes quasi criminelles, et hautement pathogènes.

Dans le rôle d’Émilie Tesson-Hansen, Céline Salette est très juste.

Sage femme

Sage femme

Béatrice est sage-femme. Elle vit à Mantes-la-Jolie, va travailler à vélo et entretient son jardin en bord de Seine. Son fils est étudiant en médecine, il s’émancipe doucement, ne rentre pas toujours dormir à la maison.

Claire a élevé seule son fils. Elle ne s’entend pas avec sa mère — qu’on sent un peu mère-courage, toute en devoirs et obligations dans une vie dont le plaisir semble absent.

La maternité dans laquelle Claire a fait toute sa carrière est menacée de fermeture : trop vétuste, pas assez rentable, on lui préfère, pour l’avenir, une usine à 4 000 naissances par an. Les sages-femmes sont dubitatives, certaines optent pour le nouveau format, Claire ne s’y voit pas, elle résiste à ce changement-là.

Un soir, il y a ce message sur son répondeur qui la trouble. Béatrice reprend contact quelques dizaines d’années plus tard. Elle était la belle-mère d’une tranche de vie de Claire, sans pour autant avoir épousé le père, ancien champion de natation.

Béatrice est atteinte d’un cancer du cerveau. Elle sait ses jours comptés, alors elle veut revoir Claire et se faire pardonner le fait d’avoir disparu du jour au lendemain de la vie d’alors. Elle est fantasque, aime tant la vie qu’elle refuse de mourir et tente de conjurer le sort en ne changeant rien à son rythme échevelé : fumer et boire à l’excès, manger trop, trop riche, trop gras… ce qui rend folle Claire.

Les deux femmes se retrouvent et se réapprivoisent avec douceur et éclats, dans la sensibilité de deux êtres fragiles, malmenées par la vie.

Au-delà de Béatrice, c’est aussi Paul qui débarque dans la vie de Claire. Routier jardinier philosophe, il la séduit et patiente car Claire peine à lui faire une place dans sa vie.

Et puis tout s’accélère : Claire apprend qu’elle va être grand-mère, l’état de Béatrice dégénère après son opération, Claire accepte de lâcher, de se réjouir, fait l’amour à la sauvette dans le cabanon du jardin,  boit un verre quand elle refusait tout alcool…

Dans ce chamboulement, dans ce tourbillon qui traverse sa vie, Claire se nourrit de la liberté de Béatrice comme de celle de Paul. Les vieilles blessures sont en voie de cicatrisation, les rancœurs se discutent. Il semble qu’à mesure que la vie fuit Béatrice, elle reprenne corps et s’ancre à nouveau chez Claire.

Avec beaucoup de douceur et de subtilité, Martin Provost donne à comprendre que Béatrice choisit de s’arrêter de vivre. Elle aura laissé une lettre avant de partir en terminer. Pour les autres, la vie pourra continuer.

Sage femme est un film tendre et émouvant. Le duo Deneuve Frot y est excellent, tandis qu’Olivier Gourmet n’est pas en reste.

Les jeunes n’aiment pas l’herbe

Les jeunes n’aiment pas l’herbe

Pause déjeuner près de la médiathèque aux flancs rouges.

Comme à l’accoutumée dès que le temps le permet été comme hiver, lycéennes et lycéens achètent leur repas dans le supermarché discount de l’espace commercial. Et pique-niquent à l’ombre des conifères de l’espace vert. Là, deux tables à lames de bois avec bancs reliés. Trois sièges en fer ajouré en guise d’assise, disséminés en trois points. Et sous un préau, deux autres banquettes de trois sièges.

De l’herbe piquée de pâquerettes couvre la surface que traverse un chemin de sable ocre jaune.

Boissons sucrées, chips ou autres snacks bourrés d’exhausteurs et de conservateurs, baguette industrielle d’un blanc maladif dans laquelle certains étalent du thon à la tomate depuis la boîte métallique… Le déjeuner est peu diététique. Le cerveau n’y verra que du sucre et l’après-midi promet d’être survolté.

Sous le préau, un groupe de trois rivalise d’insultes. À croire que ceux-là ne peuvent se parler sans convoquer systématiquement leurs mères et tout le mal qu’ils ont à leur dire.

Dans cet espace vert sous le soleil, toutes les places assises sont à l’ombre et le vent souffle un air frais. Pour profiter de la tiédeur du soleil, il y a l’herbe, bien verte, ses pâquerettes en tapis fleuri.

Curieusement, aucun-e des jeunes présent-es ne s’y est installé-e. Aucun-e n’est allongé-e, alangui-e, profitant de la douceur printanière. Ici, à l’évidence, les jeunes n’aiment pas l’herbe !

Aurore

Aurore

Aurore est serveuse à La Rochelle. Le bar restaurant dans lequel elle travaille vient d’être repris par un type assez odieux et méprisant. Elle a deux filles, jeunes adultes, a divorcé de leur père qu’elle revoit comme un bon copain.

La cinquantaine se joue d’elle : entre solitude amoureuse et bouffées de chaleur, Aurore voit le temps passer avec les éclats de rire de l’amitié et la précarité de sa situation qui s’aggrave quand elle envoie paître le méprisant. Elle accompagne parfois sa meilleure amie, agente immobilière, pour l’aider à booster les visites en jouant la fausse cliente intéressée par le bien. C’est là qu’un jour débarque Totoche, ancien amour de jeunesse. Les deux adultes sont émus de se retrouver de la sorte et, privés de leur à-propos lors de cette rencontre inattendue, ils en oublient de se donner rendez-vous.

Lorsqu’elle est au chômage, Aurore est accompagnée par deux femmes — une scène désopilante avec l’une d’elles qui la place dans le ménage et ne parvient, en quelques minutes, qu’à enchaîner les interjections et autres mimiques, sans prononcer un mot cohérent ou explicite : géniale Florence Muller !

Les journées d’Aurore défilent. Ses filles la bousculent : l’aînée parce qu’elle est enceinte — ce qui fait d’Aurore une future grand-mère— et plutôt brutalisante émotionnellement ; l’autre parce qu’elle décide de tout plaquer pour suivre son amoureux à Barcelone, malgré les recommandations de sa mère… un séjour dont elle reviendra plutôt échaudée.

Puisque Totoche est échographe, Aurore accompagne sa fille en consultation à l’hôpital où il travaille. Nouvelles émotions. Les anciens amants se revoient, mais lui ne veut plus souffrir — très beau Thibault de Montalembert en homme ému, empêché et triste à la fois. Fin de non recevoir.

Alors, on a très envie que ça marche entre eux. Qu’ils la rattrapent cette histoire avortée de leurs jeunes années contrariée par l’obligation du service militaire et l’incontournable éloignement. Qu’ils s’aiment sans compter et sans relâche ces deux-là, dans la joie de la reconquête amoureuse !

Le film de Blandine Lenoir est engagé, militant même. À de multiples reprises, il plaide la cause des femmes, dénonce la précarité, le machisme, l’inquiétude que ne manquent pas de générer le temps qui passe et l’image que l’on aimerait conserver dans le regard de l’autre. Il dit la difficulté de trouver du travail quand on a “passé l’âge” ou que l’on est surdiplômée et d’origine étrangère. Il dit le formatage sociétal, l’énergie incroyable dont bien des femmes sont porteuses.

Il questionne cette période dite du “retour d’âge”, quand une femme rencontre la ménopause, les tracas qui vont avec — excellente scène avec le gynécologue qui n’a aucune solution à proposer à Aurore et s’en moque. Un film qui dit aussi le désir, la joie de vivre, le retour à une certaine liberté que permet la maturité…

Même si Agnès Jaoui est très convaincante en Aurore, femme battante, on sort de la projection un peu emmêlée par le tourbillon de propos militants égrenés tout au long du film, ne sachant plus très bien, finalement, quelle histoire on nous a racontée.

La succession

La succession

Paul Katrakilis a grandi à Toulouse dans une famille où la médecine se transmet de père en fils. Il devient donc médecin mais n’ouvre pas de cabinet à la fin de ses études. Ce qui passionne Paul, c’est la pelote basque, la cesta punta qui se pratique dans un jaï-alaï. Entraîné au pays Basque, Paul devient professionnel aux États-Unis, en Floride, après qu’un recruteur lui donne sa chance.

« En Floride, et surtout au Jaï-alaï de Miami, j’ai fait partie de ce petit cercle de professionnels de la pelote basque rétribués à l’année pour danser sur les murs, jouer du grand gant, fendre l’air avec une cesta punta et propulser des balles de buis cousues de peau de chèvre à 300 km/h sur le plus grand fronton du monde – un Vatican peuplé de cent papes aux mains d’osier – frôlé par les avions de l’aéroport de Miami International, et fréquenté alors par ce qui se faisait de mieux dans une ville qui, il faut bien le reconnaître, n’avait jamais été trop regardante sur la fabrique de son aristocratie. »

Dans son roman La Succession, Jean-Paul Dubois livre les secrets d’un monde singulier dans lequel les joueurs de pelote basque sont autant de chevaux de course sur lesquels les paris vont bon train. Au coeur d’une économie florissante, les pelotari vivent des conditions de travail difficiles, peu de reconnaissance de leur talent, et des salaires très inférieurs aux profits qu’ils génèrent. Un conflit social mettra fin à la carrière de Paul, après quatre ans d’un bonheur intense.

Paul est heureux parce qu’il joue. La cesta punta contribue à son équilibre. Il mène une vie simple, prend régulièrement la mer sur son petit voilier, affronte le tangage qui le rend systématiquement malade. Il fréquente une femme ou une autre, a quelques rares amis parmi ses collègues de jeu. Et l’on sent bien que cet homme est comme suspendu au-dessus d’une vie qu’il peine à investir.

La mort suicidaire de son père contraint Paul à revenir à Toulouse pour gérer la succession. L’histoire familiale est tenace car chez les Katrakilis, en plus d’être médecin, on se suicide de père en fils. Bien que d’un naturel taciturne, Paul se questionne, rencontre l’ami de son père et découvre des facettes ignorées de la personnalité de celui à qui il a obstinément refusé de ressembler.

Déchiré entre deux vies, entre deux continents et deux territoires, Paul devient serveur dans un restaurant de Miami. Il s’éprend de la patrone avec laquelle il vivra une brève histoire d’amour. Il rentrera à Toulouse définitivement marqué par cette relation amoureuse devenue impossible.

Revenir dans la maison de l’enfance, visiter les pièces des morts, tenter de vivre à Toulouse comme son père, c’est-à-dire en reprenant son cabinet et sa clientèle plonge Paul dans la succession Katrakilis, l’héritage d’un fardeau fatidique.

« Je mesurai combien les évènements pouvaient, en quelques semaines, transformer un homme, refabriquer son mental avec des envies, des désirs et des besoins radicalement différents. »

Aux prises de son passé ressassé, de non-dits familiaux encombrants, Paul se démène dix ans en tant que médecin. Il reprend des usages de son père qu’il prolonge avec autant de sérieux. Mais son amour lui manque, la cesta punta aussi. À Toulouse, il ne fréquente personne, et même s’il se retourne en Floride pour rendre visite à l’ami pelotari devenu militant syndicaliste avant, lui aussi, de changer de vie, même s’il retrouve la femme aimée atteinte d’une maladie incurable, le compte n’y est pas. Paul glisse lentement sur le carreau de sa vie et perd la raison.

C’est en digne héritier qu’il achèvera son parcours.

« Depuis que le monde était monde, il y avait toujours eu deux façons de le considérer. La première consistait à le voir comme un espace-temps de lumière rare, précieuse et bénie, rayonnant dans un univers enténébré, la seconde, à le tenir pour la porte d’entrée d’un bordel mal éclairé, un trou noir vertigineux qui depuis sa création avait avalé 108 milliards d’humains espérants et vaniteux au point de se croire pourvus d’une âme. La médecine ne traitait pas ce genre de questions. Pour elle, l’ongle incarné primait toujours sur l’herméneutique. Comme disait l’un de mes professeurs pour casser les reins de quelques internes presses d’en découdre :  » Nous ne sommes là que pour assurer une zone de moindre inconfort entre les griffes du forceps et celles de la broyeuse. »

La Succession est paru aux éditions de l’Olivier.

La communauté

La communauté

Anna et Erik sont mariés et parents d’une adolescente, Freja. Anna présente les informations à la télévision suédoise, Érik enseigne l’architecture.

Lorsqu’Erik hérite de l’immense maison de son père, qu’il n’a pas vu depuis des années sans pour autant paraître troublé par la disparition du parent, Anna lui propose de garder ce bien et d’y vivre en communauté. Erik hésite, puis il finit par se ranger à l’avis de sa femme.

Années 70 à Copenhague. Le couple appelle quelques amis qui sont reçus en entretien avant qu’un comité de résidant-es les déclare aptes ou non à rejoindre la communauté. Un couple avec un garçon de huit ans atteint d’une très sérieuse maladie cardiaque, un célibataire un peu cynique, vieil ami d’Ana, une femme libre auprès de qui les amants se succèdent, un type un peu paumé qui parle mal la langue et n’a pas un sou… un joyeux bazar envahit la maison. Tout se discute et se vote, tandis que les repas sont pris en commun avec une cuisine assumée à tour de rôle et du ménage partagé.

La vie pourrait se poursuivre ainsi dans la joie de l’expérimentation, les pantalons à pattes d’éléphant et les sous-pull à col roulé acrylique, mais ce serait oublier le côté plus qu’autoritaire et autocentré d’Erik. Dans un élan de générosité, celui-ci a cédé la maison à ses habitants, chacun recevant une part du lieu d’avant notaire. Pourtant, le temps passant, il est pétri de reproches et hurle à ses congénères qu’il est chez lui et s’estime en droit de faire ce qu’il veut sous son toit, c’est-à-dire d’y vivre comme il le souhaite. Et qu’importent les votes ou les vues communautaires.

La crise survient après qu’il est tombé amoureux d’une de ses étudiantes. Anna a découvert le pot aux roses et, non sans respect, accepté l’idée que son mari ait besoin de deux femmes dans sa vie. Anna donné son accord pour que la jeune femme rejoigne la communauté en attendant de trouver un logement.

Mais il peut y avoir un fossé entre ce que l’on se souhaiterait capable de vivre et ce que l’on est réellement capable d’endurer. C’est ce que vit très vite Anna. Après un quiproquo avec son mari qui lui donne l’espoir d’un partage de l’homme entre les deux femmes de son cœur, elle prend en pleine figure l’exclusivité que celui-ci instaure avec sa nouvelle élue.

Descente aux enfers d’une femme qui aime et souffre d’aimer. Anna se voit vieillie, sa peau ridée tandis que la jeune femme a le teint frais. Elle n’a pas envie de rire quand la tablée s’amuse pourtant et donne toute sa place à la dernière venue. Anna perd le sommeil à l’écoute des amants copulant. Elle boit et dépérit. Finit par perdre son travail et imploser dans une communauté qui ne peut pas grand-chose pour elle.

Le sursaut viendra par sa fille qui lui intime l’ordre de quitter ce lieu qui la tue à petit feu sans qu’elle semble en avoir conscience.

La Communauté revient sur l’esprit du « tout en commun » qui a animé les années soixante-dix. Un « tout en commun » qui se retrouve aujourd’hui dans les pratiques collaboratives — et le pillage de données personnelles mené par quelque multinationale du web. Chacun connaît par-ci par-là une communauté qui a traversé les décennies et perdure, mais de tels lieux sont devenus rares. Ce que donne à comprendre le film — outre la vision idéale d’une vie en partage —, c’est qu’il est très difficile de vivre des relations interpersonnelles sans blesser personne. Difficile voire impossible de suivre ses désirs, sans priver quelqu’un. Ce qui se dit aussi, c’est que l’amitié ne peut pas tout quand certaines épreuves de la vie se traversent seul-e, les ami-es ne pouvant assumer pour l’autre les écueils et les moments rudes.

Ce que raconte La Communauté, c’est aussi cette injonction à jouir sans entraves qui mine les couples, et les projets de vies dites « libres », parce qu’on ne partage pas si facilement l’être aimé.

Le film danois est réalisé par Thomas Vinterberg.

Bibliothérapie

Bibliothérapie

Samedi 13 mai, j’animerai une conférence sur la bibliothérapie, ou l’art de soigner avec des œuvres de fiction.

Rendez-vous à 16 h à la médiathèque Marguerite-Yourcenar de Graulhet. La rencontre est ouverte à tous-tes, sur inscription.

Médiathèque Marguerite Yourcenar
16 rue de la Mégisserie
81300 Graulhet
Téléphone 05 63 33 25 25