La saison des femmes

La saison des femmes

À l’ouest de l’Inde, de nos jours, le village du Gujarat où se déroule l’histoire est régi par un conseil de sages. Incontestablement, le pouvoir est aux hommes et les femmes doivent filer droit qui connaissent un sort sinistre, entre mariage forcé et violence conjugale auxquels peu trouvent à redire. Esclaves de leur époux, elles vivent à son rythme, subissent ses assauts en tous genres, tandis que les maris consomment des prostituées et méprisent celle qui partage leur vie.

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Le film s’ouvre sur Rani prenant le bus en compagnie de son amie Lajjo. Une scène de harcèlement d’une femme émancipée, épouse d’un entrepreneur qui a monté un atelier de couture afin que les femmes du village gagnent quelque argent, en dit long sur l’état de non respect des femmes par de jeunes mâles qui se pensent maîtres du monde. Dès lors, on se souvient comment l’Inde a sacrifié ses filles, trop coûteuses en dot, au profit des garçons.

Rani et Lajjo partent à la découverte de Janaki, la future épouse du fils unique, Gulab, jeune coq dont le père est mort. Ils ont quinze ans. Négociation de la dot, affaire scellée, le mariage est lancé. Seulement voilà, Gulab est chauffé par ses amis aussi peu futés que lui, et la bande qu’ils forment sème la terreur dans le village. Gulab fréquente le bordel, méprise sa femme qui s’est coupé les cheveux pour éviter les noces — elle est amoureuse d’un autre —, le fils insulte la mère qui fait pourtant ce qu’elle peut pour assurer la survie du foyer, une grand-mère, son fils et elle, et pour financer ce qui doit l’être par son travail de couture. Comme si rien n’évoluait jamais, la violence du fils envers sa jeune épouse rappelle à la mère celle qu’elle a subie. Le fils dilapidera l’argent de la dot, battra l’entrepreneur qui agace par la modernité qu’il souhaite insuffler au village, et sera banni par sa mère qui rendra la jeune épouse à son amour d’enfance.

En parallèle de la vie de Rani, celles de ses amies. Lajjo prétendument stérile paie pour son inconséquence physiologique. Elle n’a même pas su donner un enfant à son mari alors les coups pleuvent pour un oui pour un non. Bijii, elle, est danseuse prostituée. Après leur transe quand elle est sur le podium et qu’elle chauffe la salle de ses déhanchements travaillés, les hommes se disputent son lit. C’est une bonne danseuse, elle rapporte gros, jusqu’à ce qu’elle tombe en disgrâce et subisse les affres de la concurrence.

Et tout au long du film, les femmes comme les hommes répètent qu’une femme instruite fait une mauvaise épouse…

La Saison des femmes est une histoire d’émancipation. On aimerait des situations moins stéréotypées mais ce serait négliger le réalisme pointant la situation calamiteuse des femmes indiennes. Alors la solidarité, la sororité, l’indéfectible soutien dans la douleur d’une âpre condition, des parenthèses de liberté loin du village et de ses codes enfermants, des instants de grâce dans le plaisir de la peau, de la chair, des éclats de rire et le plein d’impertinence font que ces femmes, les trois adultes et la toute jeune mariée, vont connaître l’aspiration de changer de vie, de rompre avec les rites et trouver la force, ensemble, de parvenir à leur fins.

Leena Yadav est une cinéaste indienne. Elle réalise La Saison des femmes, une fiction récompensée au festival de Bergen et de Stockholm. La réalisatrice a une formation de monteuse et les plans se succèdent avec justesse et pertinence. L’image est belle, souvent sensuelle, particulièrement dans une très belle scène d’amour où le décor et le jeu amoureux sont aussi splendides que rares au cinéma. La Saison des femmes ne va pas sans rappeler la beauté, la liberté de ton et la dynamique du film Mustang, de la réalisatrice turque Deniz Gamze Ergüven.

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