Deux jours une nuit

Deux jours une nuit

Après une dépression dont elle sort fragile, hyper émotive, dans le doute quant à ses compétences, Sandra a repris le travail. Mais durant son congé maladie, les équipes se sont organisées pour fonctionner à seize, plus à dix-sept. Et puis, on le sait bien, les gens dépressifs sont moins efficaces au travail…

Dans cette histoire, l’entreprise fabrique des panneaux solaires. Elle emploie des personnes en contrat à durée indéterminée, et d’autres en contrat à durée déterminée dont le doute subsiste quant à leur reconduction.

Sandra est mariée, elle a deux enfants, quelques amis parmi ses collègues. La vie s’acharne sur ses épaules et, dans le rôle, Marion Cotillard investit une posture physique assez étonnante pour dire la dureté d’une condition de vie, les difficultés psychologiques.

Dès le début du film, les frères Dardenne mettent en scène une course contre la montre. Le poste de Sandra est menacé : dans la négociation, c’est prime annuelle pour les salariés contre le maintien de son contrat. Un vote l’a donnée perdante. Soutenue par une collègue amie alliée, Sandra obtient qu’une nouvelle négociation soit reportée au lundi matin, le contremaître ayant usé de pression pour que le vote initial aille dans le sens du licenciement.

Deux jours, une nuit, c’est la durée d’un week-end durant lequel Sandra, épaulée par son mari aimant et confiant, va rencontrer chacun de ses collègues pour tenter d’obtenir un vote en sa faveur. En quelques touches, les Dardenne peignent une fresque sociale sans concession. Entre ceux qui n’ouvrent même pas la porte et font répondre qu’ils sont absents, ceux qui aimeraient bien mais qui ont quand même besoin d’argent, ceux qui cèdent spontanément et soutiennent leur collègue malgré une condition sociale instable ; entre violence domestique et violence économique, tentation du suicide, ce sont des êtres humains fracassés par une situation de crise et de précarité dont nous partageons le sort. Jusqu’à la dernière scène, rien du cynisme de l’époque ne sera amoindri.

Marion Cotillard rend Sandra incroyablement convaincante, tout comme l’ensemble des acteurs encore peu connus à l’écran. À nouveau un film qui se joue loin de Paris, sous un ciel changeant et un fort bel accent.

2 réactions au sujet de « Deux jours une nuit »

  1. Huhm… la thématique est excellente, les lieux, etc…
    Mais il y a plusieurs trucs qui ne marchent pas…
    Le mari joue mal tout le long…
    Prendre M.Cotillard multimillionnaire pour lui faire jouer une prolo, (qu’elle joue très bien, d’accord), il y a quand même un problème là…
    Je m’attendais à ce qu’on dise « Mais c’est MC » à chaque fois qu’elle était dans la rue, qu’elle entrait dans un bistro…
    Le film se traîne, beaucoup de passage à vide…, vers la fin ça s »agite un peu plus…
    Reste que le fond est excellent, et j’aurais aimé qu’il soit plus creusé… 🙂
    Après j’aime beaucoup ces films sans musiques additionnelles… sans fioritures inutiles…
    Voilà, bref un poil déçu… Mais bon… 🙂
    Merci

    1. Merci de ce point de vue.
      C’est vrai, il m’a fallu un peu de « conditionnement » personnel pour laisser Marion Cotillard entrer dans la peau du personnage. Je trouve qu’elle tient superbement le rôle.
      Le mari ne m’a pas gênée. Je me suis juste demandée si ce serait pareil dans la vraie vie, si un type soutiendrait autant sa femme, post déprime, alors qu’une nouvelle tuile lui tombe sur le crâne. Alors, en pleine subjectivité, j’ai décidé que oui.
      Pour moi, les « passages à vide » ouvrent à la perception de l’errance existentielle de cette femme. Paumée entre ses cachets et la dépendance qu’ils créent, une nouvelle horreur dans sa vie, la nécessité de tenir bon et l’envie de tout lâcher, à bout de forces.
      Hélène D.

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