Café

Café

Au Black & White Café, elle tient le bar. Seule dans son carré de vingt mètres, elle décide du rythme auquel elle servira les clients. Elle décide même quels clients seront servis.

Dans ce café se vit le risque d’être envoyé paître avec une rare virulence, celui d’être ignoré. Plus rarement s’éprouve le plaisir de profiter de ce qui est espéré, possiblement commandé, attendu. Ce que ne dit pas tout à fait l’enseigne.

Salle encore desserte. Deux clients s’installent. Côté salle, la serveuse est fichée contre le bar. Accoudée au plateau cuivré, une hanche contre le comptoir. Les deux femmes discutent, jettent un regard sombre vers la pièce nouvellement encombrée, reprennent le fil de leurs échanges. Ignorant les deux venus consommer, elles demeurent au coin du bar, l’une en salle, l’autre dans son pré carré.

Ce jour-là  n’est pas le bon. Les clients le vivront à leurs dépens. Dérangée dans sa conversation par l’un des deux qui s’est levé, s’est approché et a aimablement passé sa commande au bar, celle qui tient le carré répond avec agressivité, s’énerve d’une moindre remarque, prend la colère, l’accompagne à s’installer avec fracas, jubile de son état d’agitation ravageuse et déverse sa rage. Fière de massacrer l’intrus sous le regard complice de sa collègue demeurée sans voix.

Aucune négociation possible, le client est systématiquement interrompu dans ses tentatives de discussion. Elle refuse de servir. Campe sur ses positions. Elle ne servira pas, c’est non marchandable.

La soif attendra. Il y a probablement d’autres bars dans le quartier. Les clients quittent la salle.

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