Nuit rouge

Nuit rouge

Nuit rouge est un roman de Magali Wiéner destiné aux adolescent.es. Il est construit en trois parties : la première est consacrée à Rodrigues, la deuxième au procès, la troisième à Aurélie-Milena.

Rodrigues est adolescent. Un soir de fête de la musique à Paris, il assiste au concert d’un groupe de copains dans lequel Aurélie est chanteuse. Il passe un moment fort et rejoint le groupe après le concert. Après le démontage et rangement du matériel, Aurélie pense rejoindre des ami.es dans un square. Rodrigues n’a rien de prévu, elle lui propose de venir avec elle mais, auparavant, elle aimerait profiter du concert de reggae qui débute.

Rodrigues est content. Il aime beaucoup Aurélie, voit des signaux amoureux dans cette suite de soirée avec elle.

Une fois les ami.es retrouvés dans le square, discussions, alcool, joints… La nuit avance, alors les ami.es d’Aurélie s’en vont, la laissant avec Rodrigues qui se rapproche d’elle avec insistance.

Sauf que Rodrigues oublie un incontournable : le consentement. Alors, il se sert, viole Aurélie tout en se convainquant qu’une histoire d’amour débute entre eux.

Aurélie porte plainte et Rodrigues est arrêté, interrogé, incarcéré.

« J’ai la tête dans un étau. La gorge sèche à en crever. Je demande à boire. Il répond sans me regarder que j’aurai à boire quand j’aurai lu et signé. Je lis mais c’est trop long, j’ai les yeux qui se brouillent. Je voudrais simplement qu’il écrive que je suis innocent. C’est trop tard. Refus de corriger. De toute façon, l’audition a été filmée, c’est la loi. »

La deuxième partie de l’ouvrage retrace le procès. Magali Wiéner documente avec précision les échanges de la justice en train d’être rendue. Ces pages sont très factuelles et réalistes. On y apprend beaucoup des modalités de déroulement d’un procès, des personnes appelées à témoigner, au-delà de l’accusé, de la victime et de leurs familles respectives.

« Je voudrais tendre la main à Rodrigues et j’ai l’intime conviction que la prison n’est pas le bon choix. J’éprouve de la compassion pour ce jeune, et tout autant pour Aurélie qui conservera des séquelles de ce qu’elle a vécu… Tous les deux en appellent à notre mansuétude : elle, pour se remettre debout ; lui, pour être un homme responsable et respectueux. Aucun ne doit sortir du procès avec l’impression d’une justice mal taillée. J’ai l’impression qu’aucune solution n’est bonne. Je dis non à la prison. »

La dernière partie de l’ouvrage est celle qui relate les ravages du viol. La vie fracassée d’une jeune femme pleine de promesses, arrêtée net dans sa progression, son parcours, son désir de vie. Aurélie confie sa douleur, ses nœuds, les angoisses avec lesquelles elle se débat, la rage qui la ronge. Elle choisit de s’appeler Milena.

À force de tourner en rond, de discussions avec sa thérapeute qui, petit à petit, l’aident à se redresser, elle décide de quitter Paris, de mettre de la distance avec sa famille, avec la ville et ses lieux qui lui rappellent le viol.

« Et si j’avais eu un flingue, j’aurais pu le viser parce que je l’ai revu, trois fois. La première, c’est la loi qui l’exige, ensuite parce que la vie fait ce qu’elle veut et qu’elle se fout de ma gueule. Parler de lui me fait toujours un choc, c’est une déflagration intérieure, et j’ai du mal à dépasser la violence que provoque son nom, son visage et c’est comme si je sentais son corps lourd sur le mien, son torse qui m’écrase, et son sexe en moi comme une hache. »

Elle décide de tenter une nouvelle expérience à Londres  et le Royaume-Uni sera le lieu de la libération. Milena travaille dans un café restaurant, rencontre de nouvelles personnes parmi lesquelles Pete lui donnera envie d’essayer une relation amoureuse.

Et puis, la musique l’accompagne et la soutient à travers, notamment, l’écriture de nouvelles chansons que l’autrice rassemble en un carnet à la fin de l’ouvrage.

Destiné à un public adolescent, Nuit rouge traite du sujet du viol, sans pudeur ni fausse retenue. Le roman est direct et sincère, sans complaisance. Il montre à quel point un jeune homme peut se laisser croire qu’il n’a rien fait de mal alors qu’il a commis un crime. Comment une jeune femme peut se réparer, pas à pas, en étant bien entourée et pleine de courage.

Nuit rouge est paru aux éditions du Rouergue, dans la collection « Doado noir ».

  • PS : pour précision, Magali Wiéner est une amie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.