Josep

Josep

Josep est un film d’animation réalisé par Aurel, également dessinateur. Il retrace un pan de l’histoire franco-espagnole qu’on parle du bout des lèvres tant elle est peu glorieuse. Il s’agit de la Retirada, l’arrivée massive en France de réfugié.es espagnol.es, fuyant le régime fasciste instauré par Franco dans leur pays pour trouver refuge en République française. Au péril de leur vie, plus de 400 000 Républicaines et Républicains ont traversé les Pyrénées, luttant contre la milice, mal équipés et frigorifiés, pour tenter de gagner la France et une vie meilleure. La France les accueille dans des camps de concentration où ils sont entassés, mal nourris, exploités parfois. Racisme et anathème sont leur lot, tandis que les gardiens se croient autorisés à abuser des femmes.

Aurel se focalise sur le camp de Rivesaltes où le dessinateur barcelonais Bartoli a trouvé refuge et dessiné le quotidien de la vie concentrationnaire avant de trouver comment prendre la poudre d’escampette. Une complicité s’est nouée entre lui et un des gendarmes gardiens du camp qui lui a fait passer papier et crayon, offrant ainsi à l’artiste de quoi tracer la mémoire de cet épisode de vie.

Amours perdues, mauvaises nouvelles qui arrivent de par-delà les montagnes, espoirs écrasés, survie entre pairs, le camp est un lieu de douleur où rien n’est épargné aux prisonnières et prisonniers qui construisent eux-même leurs abris, manquent de nourriture et du confort le plus sommaire.

En parallèle du camp et des reclus, Aurel dessine le portrait d’un jeune homme qui, un peu malgré lui, devient le confident de son grand-père alité dans son appartement. Le jeune homme dessine et cela touche son grand-père, détenteur d’un secret qu’il va lui révéler. Un secret en lien avec le camp de Rivesaltes et l’accueil des réfugié.es espagnol.es. Un secret lourd qui nous sera révélé avec justesse et subtilité. Un secret lié à celui qui dessinait au camp.

Les deux époques de la narration sont restituées à travers deux types de traitement d’images dessinées — un procédé un peu déstabilisant dans les premières minutes.

Aurel réussit un très beau film où la sensibilité le partage à la fraternité. Où la solidarité et l’amitié font le nécessaire soutien dans l’adversité. Un film rappelant que l’art permet de tenir debout, de tracer une époque dans toute sa crudité. L’art témoin de la tragédie humaine.

Ce film trouve un douloureux écho dans notre époque où d’autres continuent ces chemins de bataille. Fuyant la guerre ou la tyrannie, chevauchant des bateaux de fortune, ils misent tout, et leur vie au prix fort, pour trouver une terre d’accueil. Comme à l’époque de la Retirada, les camps de rétention existent toujours. Le mépris et le racisme aussi.

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