Il est où le patron ?

Il est où le patron ?

C’est un projet de femmes, en BD, pour dire le métier de paysanne et le sexisme dont il est encore victime.

Joséphine veut reprendre la ferme de Georges qui élève des chèvres, vend les fromages au marché du village local. Dès les premières pages, Joséphine se confronte aux représentations d’une femme dans l’élevage, souvent infantilisée, soupçonnée de moindres compétences, force, connaissances…

Joséphine sympathise avec d’autres femmes paysannes et les discussions abordent rapidement les questions féministes tandis qu’elles continuent de prendre des tirs de la part des mecs du coin : « Alors, ça parle chiffons ? » C’est bien connu, entre elles, les femmes n’ont d’autre discours que celui concernant les vêtements, les enfants, leur mari, les courses et la cuisine. J’en oublie ?

Pas gagné pour Joséphine de se faire une place, d’autant qu’elle est assez directe dans ses interactions.

La BD se poursuit chez Coline, au Gaec Pichard, une ferme consacrée aux brebis qu’elle codirige avec son mari. Inégalité de la répartition des tâches, Coline à fond dans ses journées quand son mari est souvent dédié aux travaux mécanisés, alors qu’elle assume la famille et sa gestion, en plus de sa part agricole.

Au fil de quatre chapitres qui s’ouvrent chacun sur une nouvelle saison, nous suivons trois femmes paysannes. Après Joséphine et Coline, vient la rencontre avec Anouk, apicultrice qui vit en colocation avec Nico.

Mine de rien, elles s’en prennent plein la figure ces trois-là et les remarques dégradantes les minent. Entre le mari de Coline qui prétend que la mise-bas c’est un truc de femmes afin de s’éviter d’y œuvrer, André qui pourrit Anouk de ses phrases sexistes, la chambre d’agriculture qui invente un défilé de mode pour « les femmes  complémentaires de l’homme » — ben, il est où le problème ? —, et tout un tas de petites choses qui, mises bout à bout deviennent très malsaines, le trio se serre les coudes et tente d’affronter ces aléas climatiques là.

Une année à la campagne pour comprendre que non, l’égalité hommes femmes n’existe pas encore, que les vieilles idées rances de la domination masculine continuent de se répandre, que les hommes n’ont pas tous déconstruit leur masculin toxique ou analysé à quel point ils ne se remettaient pas en question quand les femmes, elles, n’ont de cesse d’interroger leur place…

Joséphine, Coline et Anouk sont très attachantes. Rien de caricatural dans les pages qui les racontent, mais bien des constats d’une époque que, pour ma part, j’aimerais tellement plus révolutionnaire, en termes de relations entre les femmes et les hommes notamment !

Les autrices précisent, à la fin de l’ouvrage : « Il ne s’agit pas pour nous de dénoncer un monde paysan qui serait plus archaïque ou plus macho qu’un autre, mais bien de mettre en lumière les mécanismes du patriarcat sous toutes ses formes, des plus insidieuses aux plus visibles. »

Il est où le patron ? est coécrit par les Paysannes en polaire, c’est-à-dire Céline Berthier, Marion Boissier, Fanny Demarque, Florie Salanié, Guilaine Trossat et mis en images et en couleur par Maud Bénézit. Le dessin est simple tout comme les couleurs et l’ensemble est fluide, convainquant. La BD est parue aux éditions Marabulles.

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