#Défi d’écriture 70

#Défi d’écriture 70

Pour ce défi d’écriture, vous avez besoin d’un minuteur, d’une place confortable pour écrire et d’une fenêtre.

Regardez par la fenêtre et notez 6 mots de choses que vous apercevez à l’extérieur : aucune restriction, tout est recevable puisque vous le voyez.

La liste augmentée

Ajoutez vos 6 mots après ceux de la liste qui suit, dans l’ordre qui vous convient, 1 mot par ligne.

  1. depuis ce jour-là
  2. laisse-moi danser
  3. le destin du voyageur ou de la voyageuse
  4. soleil de minuit
  5. compliments
  6. le 6 septembre

Vous disposez maintenant d’une combinaison de 6 mots ou expressions imposées augmentées des 6 vôtres.

Le temps, la consigne

Approchez votre minuteur et réglez-le sur 4 minutes. Lancez-le et débutez votre texte par l’expression imposée en 1 puis intégrez votre mot dans la même phrase. Poursuivez l’écriture inspirée par cette première phrase pendant 4 minutes. Lorsque le chronomètre sonne, relancez-le pour 4 minutes. Intégrez à votre histoire l’expression imposée en N° 2 ainsi que votre mot dans la même phrase, tout en faisant sens (ou à peu près !). Poursuivez le déroulement de cette histoire pendant que le temps se décompte. Lorsque le chrono sonne à nouveau, relancez-le et intégrez l’expression N° 3 plus votre mot dans la même phrase, afin d’avancer ce texte.

Procédez ainsi jusqu’à épuisement des listes de mots par fractions de 4 minutes.

Prenez le temps de terminer l’histoire, relisez-vous chaud et froid et laissez poser. Si le cœur vous en dit, revenez pour une dernière lecture correction un peu plus tard, voire le lendemain.

Une réaction au sujet de « #Défi d’écriture 70 »

  1. Depuis ce jour-là, chaque matin, il vient s’asseoir contre le grand chêne. Il pose d’abord sa canne contre le tronc, puis il s’accroupit lentement en s’appuyant sur sa main gauche. Lorsque ses fesses touchent la grosse racine qu’il choisit toujours pour siège, il pousse un léger soupir d’aise, se détend, relève les yeux vers les alentours. Un sourire de contentement illumine son visage tandis qu’il regarde au loin, par-dessus la prairie. Lorsque le temps est au beau, les tâches d’or que le soleil fait danser en traversant le feuillage donnent à la scène un air de tableau impressionniste. Elles lui rappellent chaque fois la grâce de ce jour où il l’avait rencontré. Juste à quelques mètres de là. L’inconnu, vêtu comme un homme de la ville, était juché sur un amoncellement de troncs et François avait accouru pour le prévenir du danger. L’autre avait simplement répondu d’une voix douce de violoncelle : « laisse-moi danser sur le tas de bois ». Comme une prière. François s’était arrêté tout net, interloqué et étrangement rassuré. L’inconnu s’était mis à fredonner, d’une voix tout d’abord à peine audible, puis crescendo elle avait enflé, mûri, forci, et il s’était mis, très lentement, à tourner. Ses bras semblaient caresser la légère brise au rythme du chant des feuillages enrobés de vent. Toute la campagne alentour semblait danser avec lui, dans une communion parfaite. On ne savait plus qui, de la nature ou de l’homme, suivait la musique de l’autre.
    François se sentait envouté, et heureux de l’être. Il ne pensait plus, il ressentait. Lorsqu’il reprit ses esprits, l’inconnu avait disparu. François scruta les alentours, fit quelques pas autour du tas de bois, et aperçut dans les branches les plus hautes du chêne voisin une tâche rouge. Trop peu vaillant pour grimper, il sortit de sa besace les jumelles qu’il emportait toujours en promenade, en ornithologue consciencieux qu’il était. C’était un hamac. Il fit immédiatement le rapprochement avec l’apparition dont il venait d’être témoin. Toutes sortes de questionnements l’assaillirent concernant le destin du voyageur au hamac. Allait-il revenir ? où était-il parti ? et aussi d’où venait-il ? qui était-il ? François ne lui avait même pas demandé son nom, n’avait même pas eu l’élémentaire politesse de se présenter. Même pas un bonjour…
    En rentrant chez lui ce soir-là, il s’était comme à l’accoutumée installé au salon, devant la cheminée. Il avait fouillé dans ses 75 ans de souvenirs à quel moment il avait déjà vécu une émotion aussi intense et joyeuse. Il avait joyeusement passé en revue les grands et beaux événements de sa vie. Assis dans son moelleux fauteuil rouge, il scruta sa mémoire jusqu’à être illuminé de nouveau par son meilleur souvenir : son voyage de noces en Laponie, le soleil de minuit qui éclairait la chambre d’une lumière timide, blanche, froide. Sa douce Madeleine, dont seule la chevelure ébouriffée dépassait de l’épaisse peau de renne qui les maintenait au chaud. Le chant de sa respiration discrète comme une brise d’été, les frémissements légers de la fourrure à chacune de ses respirations, les timides rayons de lumière sur ses boucles brunes.
    Il s’était assoupi dans le fauteuil, le sourire aux lèvres, revisitant ses jeunes années.
    Au matin, c’est la boulangère, qui l’avait réveillé. Elle venait livrer le pain, comme chaque samedi. Une miche bien cuite, qui lui faisait toute la semaine. Elle avait frappé plusieurs fois à la fenêtre, inquiète de le voir inerte dans son fauteuil. Au travers des carreaux poussiéreux, elle avait même pu voir qu’il n’était pas déchaussé. Comme chaque semaine il l’avait faite entrer et lui avait servi un café brûlant. « Compliments ! s’était-elle écrié. Le cendrier est resté propre, vous avez enfin arrêté de fumer ? » Il s’était entendu répondre sans réfléchir « Oui. Hier. » Pieux mensonge… Il sourit dans sa moustache, se disant que désormais, il viderait son cendrier le vendredi avant de se mettre au lit, et attendrait le départ de la camionnette pour bourrer sa première pipe. Ensuite elle avait pris un petit air gêné. « Il faut que je vous demande quelque chose. Oh, vous n’êtes pas obligé de me dire tout de suite, hein. Et puis vous pouvez me dire non, aussi… Voilà. Le 6 septembre prochain, je fais rentrer du bois. Vous savez, le gars, il arrive avec son camion et puis il me vide tout dans la cour, mais mon appentis… eh bien il est de l’autre côté ! alors voilà. J’ai vu, là, dans la cour, que vous aviez une brouette. Vous pourriez me la prêter, la brouette, le 6 septembre ? »
    François n’avait rien écouté. Il souriait toujours. Ça l’avait un peu inquiétée : elle avait craint qu’il n’ait fait un avc, l’avait obligé à se lever, à faire quelques pas, à faire des grimaces bien symétriques et à lui réciter une fable de La Fontaine. Il avait réussi l’examen. Rassurée, elle était repartie. Avec la brouette, qu’il lui avait offerte immédiatement (« bien sûr, avec grand plaisir, je vous la donne, même ! ça ne me gêne pas du tout : je ne m’en sers plus. Vous pensez, avec mon dos tout en vrac, etc. »).
    Il l’aida à monter la brouette dans la camionnette. Il s’impatientait, n’avait qu’une idée en tête : retourner au grand chêne. Peut-être que le vagabond avait dormi dans le hamac, avec un peu de chance il y serait encore. Même pas le temps de bourrer une pipe. Muni de sa canne et d’ une bonne tranche de pain comme seuls accessoires, il se mit en route, le regard happé par la cime du grand chêne, qui dépassait du petit bois d’ormes derrière la ferme. Et…
    Depuis ce jour-là, chaque matin, il vient s’asseoir contre le grand chêne. Il pose d’abord sa canne contre le tronc, puis il s’accroupit lentement en s’appuyant sur sa main gauche……

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