Celle que vous croyez

Celle que vous croyez

Celle que vous croyez est un film de Safy Nebbou adapté du roman de Camille Laurens paru sous le même titre.

Claire Millaud — Juliette Binoche — enseigne la littérature à l’université. Elle approche de la cinquantaine, vit seule, divorcée d’un mari parti avec une bien plus jeune. Ses deux garçons sont en garde alternée.

Elle fréquente un amant jeune et goujat qui la malmène. Alors qu’elle tente de le joindre un soir, c’est Alex, le colocataire, qui répond au téléphone et se moque d’elle prétendant que Ludo — l’amant — est absent, alors qu’elle l’entend donner les consignes à Alex, en arrière plan de la conversation.

Vexée, humiliée, elle décide d’entrer en contact avec Alex, ledit colocataire, via les réseaux sociaux, afin d’obtenir, par son entremise, des nouvelles de Ludo.

C’est le début d’une descente aux enfers, du trouble de la personnalité lié à une double vie numérique : elle est Clara, 24 ans chez Facebook, change de voix quand elle finit par échanger par téléphone avec Alex pris sous le charme d’une imposture totale — on pense au roman Fake, de Julio Minghini — ; elle tente de demeurer Claire dans sa vie professionnelle et amicale, somme toute assez superficielle et très parisienne, comme auprès de ses enfants qui voient leur mère sombrer.

Le film dévoile peu à peu la folie de Claire au cours de ses séances de thérapie. Sa psy, Catherine Bormans — Nicole Garcia —, l’écoute dérouler son histoire invraisemblable avec Alex, une histoire faussée par les révélations tardives d’un Ludo cynique, probablement jaloux et vengeur. Claire écrit le récit de cette aventure amoureuse virtuelle, en confie le manuscrit à sa thérapeute. Elle en transcende la fin, l’atroce fin livrée par Ludo et le film rebondit dans un espace-temps irréel auquel Claire a souscrit par la fiction.

Jusqu’à la fin du film, la narration lace des liens, des rebondissements qui parfois égarent, avant de donner à comprendre ce qui s’est joué.

Celle que vous croyez est le témoignage fictionnel puissant de la folie ordinaire dans laquelle le virtuel fait succomber quelques esprits esseulés. Mais au-delà du monde virtuel, il dit aussi la mise au rebut des femmes, qui, si elles sont parfois capables de se disqualifier, le sont également par une société masculine attirée par des plus jeunes alors que la maturité guette. Une histoire qui dit le besoin d’amour, d’être caressée, le tabou du désir et de la sexualité des femmes mûres que bien des hommes abandonnent — il ne manquerait plus que les “vieilles” prennent du plaisir sexuel !

Et puis, quel bonheur de suivre les gros plans sur les visages de Claire et Catherine, des visages ridés, mûrs et mobiles, de femmes que la vie n’a pas épargné — mais qui se tiennent à distance du botox !

Celle que vous croyez chez Wikipediahttps://fr.wikipedia.org/wiki/Celle_que_vous_croyez

Fake, de Julio Minghini, aux éditions Allia. Extrait :  » Et si chaque rencontre n’était que la petite pierre d’une mosaïque que personne n’a plus le courage d’achever ? Et si l’on avait envie d’avoir l’impression de vivre, plutôt que de vivre vraiment ? Il est certes plus facile de multiplier le mirage de la découverte, beaucoup plus simple d’exploiter la source intarissable des possibles, plutôt que d’essayer d’épuiser le regard d’un seul être aimé, infiniment proche et lointain. Dans cette dramaturgie secrète de maladresse et de calcul foireux. Intermittents du spectacle de nous-mêmes, cotisants du néant amoureux. Quelle extraordinaire déprime de constater que chaque rencontre n’est qu’une trace rapide, une bave de connaissance, un crachat de plaisir, et pas grand-chose d’autre. Que les complicités et les sourires partagés ne suffisent pas à nous sauver du vide qui guette en nous. Que les mots qui s’impriment sur un écran ne sont que des accords incertains, de fausses promesses : les ébauches d’une nécrologie inavouée. » https://www.editions-allia.com/fr/livre/383/fake

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