Timbuktu

Timbuktu

Du sable à perte de vue, des djihadistes parmi lesquels certains peinent à affirmer leurs convictions, un village en souffrance du fait de l’occupation par des hommes qui édictent des obligations et, surtout, de nombreuses interdictions. Le film d’Abderrhamane Sissako raconte la dictature justifiée par une certaine interprétation du Coran.

Dans le désert, les hommes en armes massacrent à la mitraillette des statuettes de bois, arasent à la kalachnikov un bouquet de végétation qui, entre deux pans de dunes, fait penser à la toison d’un sexe féminin. L’un d’eux qui se cache pour fumer veut apprendre à conduire. Et l’on découvre une âme d’enfant chez un homme qui, par ailleurs, se pare de forts discours et joue au dur.

Plus loin, une famille de nomades vit chichement de l’élevage de huit vaches. Abrités sous leur tente, père, mère et fille rêvent le monde dans une forme de lenteur hébétée.

Tempêtes de sable, images à couper le souffle, poésie du désert qui alterne avec le réalisme de la situation au village. Là, les hommes en armes s’arrogent les jeunes filles et tentent de faire passer le mariage forcé pour un acte béni par le prophète. Il est interdit de jouer de la musique, interdit de jouer au ballon, il faut porter des chaussettes et des gants pour les femmes, des pantalons retroussés pour les hommes. Les punitions sont sévères : fouet, corps mis au supplice de l’ensablement, lapidation. Scène magnifique d’une partie de ballon sans ballon, un homme danse dans le silence sur les toits des maisons du quartier.

Et puis, dans le désert, le drame survient. Alors que le troupeau s’abreuve, la vache favorite des nomades échappe au gardien, traverse les filets du pêcheur voisin qui la perfore aussitôt de sa lance. La vache périt. Une confrontation entre les deux hommes sera fatale au pêcheur, le nomade est arrêté, jugé. La suite appartient à l’histoire.

Abderrhamane Sissako réalise un film émouvant et tragique. Sans démonstration excessive ou propos forcé, il dépeint l’absurdité du régime mis en place, sa tyrannie notamment envers les femmes, mais aussi la contradiction comme la brutalité des extrémistes, l’enfermement que les interdits provoquent chez les villageois.

Les images sont belles, la bande son de accompagne le film avec justesse.

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