Sur la place

Sur la place

Il y a le « in » et le « off », et ce n’est pas Avignon.

Dorénavant, chaque festival joue cette double partition. C’est donc un festival comme un autre, à double programmation. Une part se joue dans l’étrange décor de la cité médiévale. L’autre sur une place ou dans un square public de la vieille ville. Gros son dans les rues bien après vingt-deux heures.

Il semble que les vibrations excitent les émotions, que l’alcool chauffe les esprits, distord les corps. Des hommes hurlent dans la nuit. Fracas de pierres jetées contre des vitres, contre des volets. La rancœur dans le ciel noir. La colère et la rage en compagnes d’insomnies.

Un peu plus loin dans la rue, une femme à la voix rauque est entrée chez sa mère. Trois heures du matin. Cordes vocales à vif d’énervement. Elle réclame de l’argent, exige. Ce n’est pas possible sans rien, comme ça, dans la rue. Elles crient, s’écrient. La bagarre est à redouter. Les coups pleuvent.

Est-ce la chaleur qui échauffe les corps, rudoie les esprits, porte la rupture corps et âmes ? Est-ce l’été survenu d’un coup. Ou douze années cumulées d’une crise violente dont certain.es ne se remettent pas…

Nouvelle soirée festive en off. Les cigales affutent leurs ailes et concertisent dans les branches des platanes de la place carrée. L’air est pop rock. La scène brille de ses éclairages quand le jour tient encore. Les terrasses des cafés s’étalent autour de la fontaine en marbre rouge. Certaines tables arborent des pannonceaux de réservation. Ici, une feuille découpée à la va-vite, un prénom, le nombre de tables et de chaises dédiées : que chacun compte et s’organise, les limites sont fixées.

Une odeur de frites chaudes flotte dans l’air encore épais de cette fin de journée qui évolue en soirée. Public en provenances et générations confondues. Des enfants galopent. Se font rabrouer : ils ne doivent pas sortir du champ de vision de l’adulte responsable. Ils ne doivent pas s’égayer à travers la place et vivre la grande aventure de l’inconnu. Ils ne doivent pas.

D’aucuns partagent un joint. Odeur âcre, étrangement envahissante. Odeur pleine de sous-entendus, de sous produits qui ne font pas envie.

Alors que le premier concert se termine, une partie de la foule erre à travers la place. Certain.es restent près de la scène pour être aux premières loges ensuite. Le ciel s’assombrit. Il sera nuit pour le prochain concert. Les éclairages joueront leur partition tantôt rythmique, tantôt ciblée.

Déjà une dizaine d’hommes en noir traversent la scène en une suite de mouvements vifs. Rangement du matériel du premier groupe. Câblages, branchements, réglages divers pour le second. Un homme grimpe sur la structure métallique pour ajuster un projecteur, sans harnais de sécurité. Ses gestes sont assurés, il revient au sol.

Deux basses par ci, trois guitares par là. Les musiciens montent discrètement sur scène pour accorder et tester les réglages de leurs instruments. Puis ils sortent à jardin.

La nuit est tombée, quelques applaudissements, sifflements par-dessus la bande son électro. La place attend la chanteuse…

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