Pour votre sécurité cette autoroute est placée sous vidéosurveillance

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Cette nouvelle est parue dans le N° 15 de la revue Écritures, au printemps 2006. Je la découpe et la livre en épisodes, en feuilleton tout au long de la semaine.

Pour votre sécurité, cette autoroute est placée sous vidéosurveillance
Épisode 1/7

Ce qu’ils désirent ils doivent le posséder
ce qu’ils ne peuvent pas posséder ils doivent le pénétrer
ce qu’ils ne peuvent pas pénétrer ils doivent le détruire
Lola Lafon et Léva*

Le radiotéléviseur réveil se met en route à six heures trente. Je ne le règle pas. C’est l’heure officielle de lever.

Premier éclat d’informations. La lumière du poste contraint les yeux à ouvrir. Mal. Qui vient bousculer l’apathie. Qui vient imposer de presser le lever. Entre les morts récurrents des récents attentats et les accords de paix qui ne jouent pas la même partition. Des dégâts partout tout autour. Et peut être bientôt plus près. C’est ce qui est informé.

Pas même la météo pour ensoleiller. Le matin pluvieux. Comme chaque matin depuis longtemps. Mais je ne sais pas combien vraiment.

J’étire. Je déplie. J’impose au corps de prendre corps avec la journée. Je quitte les draps. Je pose les deux pieds sur le carrelage. Froid. Les deux en même temps. C’est important. Premier frisson.

Je passe dans la pièce contre le dortoir où la nourriture se prend. Je remplis d’eau la bouilloire pour la boisson chaude. Je branche et je passe à côté.

Sur les toilettes je rendors presque. Emportée par l’incroyable sensation du matin. Celle de la vessie qui vide et du frisson qui parcourt. Le ventre. Dedans bien au chaud. Et le reste du corps. Qui tremble.

J’essuie. Je lève. Je chasse. Fascinée par la danse du papier hygiénique qui s’agite dans le fond. Puis qui disparaît. Laissant la place nette. Sans trace.

Il n’y a nulle part des traces.

J’ouvre la cabine de douche. L’air est chaud. Pas le sol. Je suis nue depuis le coucher. À nouveau les pieds rencontrent un carreau glacé. Un nouveau frisson qui court dans le dos. Pas le même que précédemment. Un qui relève les poils sur les bras.

J’ai posé le pied gauche. Suivi du droit. Ce n’est pas toujours ainsi. Mais souvent quand même.

Je referme les portes en verre derrière. J’ouvre le robinet à la température préréglée. Tandis que le mélange tiède se prépare je recule légèrement. Pour éloigner les éclaboussures que je trouve toujours froides. D’abord. Le dos colle à la paroi vitrée. C’est un froid humide qui transperce le torse. Transi. Le bout des seins durcit.

L’eau chaude arrive. Enfin. Comme une bonne nouvelle. J’en couvre le corps. Chassant frissons et froid. Arrachant un sourire. Comme chaque matin.

Alors les images de la nuit reviennent en mémoire. Des rêves que j’ai parfois oubliés. Dès la mise en route du réveil automatisé. Il les a fait plonger sous le lit. Ôtées de la vue. Des draps chauds glissent. (…)


* Lola Lafon et Léva, disque Grandir à l’envers de rien, 2006.

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