Paula Cassagne, appt 315 : 6/10

Paula Cassagne, appt 315 : 6/10

Épisode 6/10

Mesurant l’émoi, certes délicieux et envoûtant, mais le peu de bien-être qu’elle tirait de la fréquentation kinési ostéo, elle n’eut plus envie de prolonger la conversation qui, au bout de six mois, n’avait encore rien fait progresser dans sa vie nocturne inquiétée. Même si elle pouvait, grâce à l’image du masseur, sombrer dans le sommeil avec sa compagnie, plutôt apaisante ou stimulante selon les jours, en première partie de nuit.

Pour un autre spécialiste consulté, Paula avait dû consommer quelques médicaments supposés ralentir les hallucinations. Mais Paula n’hallucinait pas, ce qu’elle répéta à moult reprises au chimiquier qui ne semblait pas comprendre ses mots. Sait-on jamais, se dit-elle comme pour s’encourager, si les cauchemars devaient disparaître comme par enchantement, je ne dois pas me priver de cette éventualité. Par goût de l’expérience, Paula s’était alors résolue à gober des pilules colorées au nom étrange, juste pour voir.

Elle ne vit pas grand-chose, hélas, car ses nuits devinrent alors muettes et aveugles, comme éteintes à la masse, réduites au noir profond à la suite d’une coupure d’électricité, en pleine nuit, dans une ville habituellement étincelante d’éclairages divers. Le lendemain des prises, Paula se traînait toute la journée, sur le chemin du magasin, pendant le travail, inerte et lourdement ralentie dans ses capacités naturelles. La lecture de la longue liste d’effets secondaires et indésirables la laissa abasourdie.

Le fournisseur de coups de massue en cachets trouvait très bon présage à tout cela. Il fut même tenté d’augmenter la dose, très rapidement après le début du programme, pour vérifier l’état d’anéantissement de Paula. Celle-ci refusa radicalement : elle préférait attendre et essayer de s’habituer à ce fonctionnement imposé pour curer, plutôt que de charger son organisme d’un effacement supplémentaire. Du reste, elle se demandait quand même quel genre de traces cet évanouissement pourrait bien laisser dans ses chairs. Quel genre de troupeau allait lui sauter au visage ensuite : une horde de pastilles multicolores rebelles ? une harde de massues qui la suivraient, empressées de s’abattre sur son crâne ? (…)

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