My Sweet Pepper Land

My Sweet Pepper Land

Aux confins du Kurdistan, au pied des montagnes qui bordent la frontière avec la Turquie, un village vit en retrait, dans un climat glacial. Dans le pays, personne n’a envie de venir travailler dans ce bout du monde.

Et pourtant, à la suite d’un prédécesseur assassiné, Baran y prend le poste de responsable du bureau de police. Alors qu’il avait formulé le souhait d’en découdre, plus à son aise avec le quotidien imposé par le métier, le manque de moyens, il rempile après une tentative de retour au village où sa mère n’a de cesse de lui présenter femme sur femme pour le marier. Il se veut libre. Dès la première scène, décalée et d’un cynisme absolu, Korkmaz Arslan — Baran — convainc.

De son côté, Govend sort victorieuse des négociations tendues avec son père et ses frères. Elle revient enseigner à l’école primaire du village et c’est là-bas qu’elle veut être, nulle part ailleurs, car elle sait combien l’instruction importe. Dès son arrivée, les hommes lui mettent des bâtons dans les roues. Elle n’est pas la bienvenue. Par dessus le marché, elle a vingt-huit ans et n’est toujours pas mariée. Elle est une femme émancipée. Golshifteh Farahani tient le rôle avec brio.

Un téléphone pour le village entier. De l’électricité produite par groupe électrogène. Dans ces terres, règne une féodalité d’un autre temps. Du temps de Saddam Hussein. Trafics illicites, rebelles armés, un seigneur tient tout et tout le monde. La corruption ne pose pas de problème, pourtant Baran ne mange pas de ce pain-là. Pas plus que Govend dont le projet est d’éduquer les enfants et seulement cela. Dans le village, les ragots vont bon train et l’on raconte tout et n’importe quoi sur le compte de ces deux célibataires — et surtout le pire qui brise l’honneur, cela va sans dire.

Un groupe de femmes a pris le maquis et l’on comprend bien que c’est la seule possibilité qui leur est offerte ainsi de vivre une autre vie que celle de la dépendance et de l’asservissement à l’homme. Les trafiquants aimeraient bien abuser d’elles avant de les anéantir et la violence entre les deux factions est permanente. Dans ce lieu qu’on ne peut rejoindre qu’à pied ou à cheval, les tensions montent entre policiers et voyous. Impuissant à corrompre le nouveau commissaire, le seigneur ordonne le meurtre et le sang coulera.

Dans ce fracas, l’amour tente pourtant de se frayer une place, et on a envie qu’ils s’aiment ces deux-là aux regards profonds et touchants. En guise de ponctuation délicate dans ce monde brutal, la musique accompagne les moments tendres ou rudes de Govend, magnifique joueuse de hang, qui se ressource et efface les affronts au rythme de ses percussions mélodieuses.

Le film est beau et terrifiant à la fois. Paysages vides et humides au brouillard fréquent. Situation des femmes passablement archaïque. Hommes mus par la seule violence et l’asservissement au chef tout puissant… My Sweet Pepper Land, écrit et réalisé par Hiner Saleem, est une excellente découverte.

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