L’Envie

L’Envie

L’Envie, raconte l’histoire d’une femme, un épisode de sa vie, celui de son corps replié, refermé, de son ras-le-bol de se voir secouée et malmenée dans ses relations sexuelles.

La narratrice de ce court texte choisit de ne plus faire l’amour, de quitter la sexualité avec partenaire. Aussitôt suspecte aux yeux de sa communauté. Il s’avère que, parmi ses proches, bien peu comprennent. De son côté, elle oscille entre rester femme ou régresser dans l’enfance, peu certaine du statut à endosser à la suite de son choix. Pour autant, il semble qu’elle vive, éprouve des sensations, assume sa solitude et devienne, ainsi, singulière.

Dès la préface de l’ouvrage ou ce qui pourrait être l’avertissement, l’auteure, Sophie Fontanel, par ailleurs journaliste, pose qu’elle a vécu ce qui pourrait s’apparenter à « la pire insubordination de notre époque, qui est l’absence de vie sexuelle ». Ah… À la lecture de la définition du mot insubordination — refus de se soumettre, désobéissance, indiscipline… — je demeure sceptique quant à la valeur du terme choisi, quant à ce que l’auteure, sans approfondir davantage son postulat, veut nous donner ainsi à saisir.

Au fil de pages réduites en courts chapitres dont on se demande, pour certains, ce qu’ils sont supposés apporter à l’histoire et pourquoi ils ont été assemblés dans ce livre consacré à la suspension volontaire du désir, manquent cruellement des pages d’interrogations et de profondeur. Des pages interpellant sur la place dudit désir, sur la façon dont il est malmené dans notre société à l’image systématiquement retouchée, à la libido capturée par la publicité neuromarkétée, au désir éteint par les graisses hydrogénées. Mais peut-être aurait-ce été, là, devenir quelque peu subversive, pointer ce qui dysfonctionne et tente de nous lobotomiser.

Au lieu de cela, l’auteure reste légère, dans une ambiance très parisienne. Comme si, au fond, refuser la sexualité était la chose la plus normale au monde ; comme si, au fond, cela ne devait soulever aucun questionnement ni retour sur soi, aucune analyse de ses enchevêtrements ni passage à rebours de son parcours amoureux ; comme si, au fond, c’était se poser en rebelle. Énorme, non ?

« Qu’on me donne l’envie d’avoir envie, qu’on rallume ma vie… » chante Johnny Halliday dans sa chanson L’Envie à laquelle il est fait référence dans les premières pages du livre : ce doit donc être cela le thème de l’ouvrage… Sur le sujet de la sexualité au féminin, je recommande l’excellent livre de Jacqueline Schaeffer, Le Refus du féminin, qui nous en apprend bien plus que ce roman décevant.

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