Euréka !

Euréka !

Elle tourne en rond. S’énerve. Dans sa tête ce n’est pas encore clair, mais elle sent qu’elle approche d’une mise en mots. Va mûrir de ses ruminations des choses évidentes. Affûtées et aidantes. Mise au point précisée vers la situation dont le flou, petit à petit, s’estompe. La quitte.

Merveille de son esprit qui sinue, se faufile, louvoie et évite les pistes déjà empruntées. Investit des terrains nouveaux. Des questionnements dérangeants. La regarde droit aux yeux et l’interroge sans lâcher le moindre terrain au sentiment. Évidence qui soulage d’être enfin rencontrée.

Dix-huit mois. Dix-huit mois qu’elle fréquente cet homme. L’aime, lui semble-t-il, du mieux qu’elle le peut. En tout cas le respecte pour ce qu’il est. Pour comme il est. Ne veut pas le changer car connaît les rouages d’une telle pensée. Ne voudrait pas qu’il soit autrement sans quoi elle n’aurait pu l’aimer. Pourtant…

Elle ne veut pas vivre avec lui car elle a besoin de sa liberté. Physique. La nuit dans son lit. Le soir sur son canapé. Besoin d’être seule, souvent. Débraillée, mal attifée, décoiffée, pas douchée, doigts dans le nez s’il le faut et pas l’envie de poser. Lui, d’accord avec ce rythme. Lui aussi besoin de solitude, de moments en solo pour sa vie, à lui, pour les siens pas toujours à partager.

Dix-huit mois et déjà, désir éteint. Pourquoi ? Par qui ? Myriade de questions. Manque-t-elle d’avenant ? De sollicitation envers lui ? Qu’a-t-elle laissé filer pour que la sexualité s’efface en aussi peu de temps ? Pourtant pas son genre.

Elle cogite, remue les lèvres sans un son, gratte ses cheveux au sommet du crâne. Masse ses tempes, derrière ses oreilles, étire ses mâchoires dans un immense bâillement. Caresse son sexe et retrouve aussitôt les voies de circulation. La caresse engageante vers le plaisir toujours là.

Dans sa tête, l’intuition se précise, les mots s’enchaînent en une supposition cohérente. Elle  les répète, les mémorise, les trouve convaincants. Elle se dit bon sang mais c’est bien sûr ! c’est ça qui coince et chamboule tout. Met dans la relation un ingrédient qui n’aurait pas dû s’y trouver. Ajoute une composante qui appartient à un autre type de relation.

Aimer un homme qui considère sa partenaire comme une mère. Qui, du moins, demande à être materné, à être grandi dans ses errements, à être en quelque sorte protégé… Aimer un homme sur ce mode-là est impossible. Jeu de dupes. Sexualité démissionnée. Relation de couple avortée. Tabou majeur de la sexualité entre la mère et l’enfant.

Elle frotte à nouveau ses tempes. Elle a trouvé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *