Cuisine

Cuisine

Elle l’aperçoit traverser la pièce en contrebas et recule d’un mouvement réflexe. Son retrait sur le côté de la fenêtre la prive de la vue. A-t-elle bien vu ce qu’elle a vu ?

Elle observe autour d’elle. Attrape d’un coup d’œil l’interrupteur enfoncé et se précipite pour plonger la pièce dans le noir. Pour rien au monde elle ne souhaite être vue dans cette hébétude-là.

Regard circulaire à nouveau, suivi d’un soupir en direction de la pièce dans laquelle elle se trouve : une cuisine-salle d’eau sous les combles mais sans mansarde à cet endroit de l’appartement. Ici, elle se brosse les dents dans le même évier-lavabo qui sert à tous les états de lavage du lieu. Et peut surveiller la cuisson des pâtes tout en se douchant. Pratique !

Un sourire fend son visage. A-t-elle bien vu ce qu’elle a vu ?

Lentement, elle approche à nouveau son visage de la fenêtre. Dans la pénombre se dit-elle, je me tiens à l’abri, impossible d’être vue. Soupir à nouveau : la cuisine de l’étage inférieur, escalier B, est plongée dans le noir. Pourtant, depuis son promontoire de l’escalier D, elle a vu. Elle sait qu’elle a vu…

Elle se demande s’il fait si chaud. Chaud au point qu’elle en ouvrirait ses fenêtres et croiserait, par le plus grand des hasards, le regard de celui qu’elle apercevrait avec étonnement : Ah, vous ici ! Si je m’attendais… Comment allez-vous dans votre appartement de l’escalier B ?

Elle se ravise aussitôt. Son monologue est pathétique. En plus, il n’est peut-être pas « chez lui »… Qui vit dans cet appartement ? Elle ne saurait le dire. Pas plus qu’elle ne connaît les nouveaux voisins qui ont oublié de se présenter depuis leur installation. Convivialité qui file à l’aune d’un inquiétant repli sur soi dans des lieux de vie en communauté : elle se dit que ça ne sonne pas très « moderne » tout ça.

Pris dans ses pensées, son regard suit machinalement un mouvement dans la pièce du bas. L’image s’imprime sur sa rétine. Elle reconnaît et reconnecte : ça y est ! Il est là ! Il est de nouveau là et non, elle n’a pas halluciné précédemment !

Dans le noir cette fois, le voisin du troisième étage ouvre le réfrigérateur. La lumière ambrée éclaire son corps entièrement nu. Il lui fait dos. Se penche et cueille une canette dans le tiroir à légumes.

Son cœur tressaille, cogne derrière ses seins, tiraille dans le creux de son ventre.

Mais qu’il est beau ! Et comme elle a faim !

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