Brasserie d’un soir

Brasserie d’un soir

Plafonds hauts. Sept piliers colonnades en soutien au plafond. Grandes et hautes vitrines éclairées de six luminaires sur pied métallique, abat-jour conique écru, fichés dans les murs. Comptoir en zinc. Plafonniers larges en forme d’anneaux lumineux. À eux trois, ils ponctuent le plafond et dispensent un éclairage de soirée. Marron, beige, taupe dans la salle. Ambiance douce et raffinée. Au fond de la pièce, une mezzanine métallique accueille quelques tables accessibles par un large escalier bois et métal.

Banquettes et mange-debout d’un coté. Tables à pied de fer « à l´ancienne », plateau de bois de l’autre côté. Sièges rembourrés aux dossiers arrondis, délicats soutiens des dos à l’appui.

Après l’heure du thé, l’établissement s’est mis à la musique techno. Fond sonore sautillant. Rythme binaire. Battements par minute en accélération.

Les assiettes de foie gras circulent alentour. Verres de vin rouge, un peu de blanc aussi. Dans la salle, des hommes en majorité. Soirée étape pour les uns. Dîner à l’extérieur pour d’autres. Quelques femmes. Va et vient vers l’extérieur et le coin fumeur.

En salle, deux femmes rigolent en regardant des photos anciennes. Format carré, noir et blanc, bords dentelés. Elle demandent à dîner sur place. Se réjouissent de ne pas avoir à changer de table. Rient encore.

Plus loin, deux hommes mangent leur pizza. Un litre de bière posé devant chacun d’eux. Ils poursuivront avec un gâteau au chocolat pour l’un, une crème brûlée pour l’autre. Non, deux gâteaux au chocolat finalement.

Deux commerciaux se racontent. Ils travaillent pour la même boîte. Pas facile. Restructuration. Promesse de salaires à la baisse. Ils sont encadrants. Quarantenaires. Ils se flairent. À mots retenus, tâtent le terrain et jaugent le degré de confidence envisageable. En dire assez mais pas trop. Éviter la possible trahison. Foie gras suivi de poulet grillé frites, sauce moutarde. Bouteille de cotes du Rhône. Un Philippe revient souvent dans la conversation. Éternel absent. Inquiétant. Il intrigue et pose question. Communique par mail. Divise pour régner. Curieux manager conviennent-ils.

En terrasse, Tintin fume une cigarette. Blouson violet près du corps, son coude appuyé au dossier d’une chaise en rotin plastifié. Étonnant profil, le nez pourtant plus long que le personnages de Hergé.

À l’intérieur, le vacarme est total. Techno remplacée par de la musique mexicaine. les deux femmes rigolalent encore en mangeant une pizza salade arrosée d’eau.

Sur la place, dans la perspective arrière de la cathédrale, des projecteurs diffusent une lumière changeante, oscillant du rouge intense au violet clair. Route pavée, voitures sonores au passage du carrefour.

La ville s’éteind lentement. La nuit gagne. Il est temps de rentrer.

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