Avoir un corps

Avoir un corps

Écrit au présent, construit de phrases courtes au langage simple, rythmiques, Avoir un corps est un roman de la « rentrée littéraire ». Brigitte Giraud en est l’auteure et elle publie dans la collection « Bleue » des éditions Stock.

Avoir un corps retrace l’histoire d’une enfant qui, au début de sa vie, ne sait pas qu’elle a un corps. Un corps avec lequel elle devra composer, observer, manger, refuser de manger, grandir, danser, désirer… Tout au long des pages, il semble que ce corps traverse la vie sans encombre. Avec une sorte d’évidence pour guide à évaluer, éprouver, comprendre, vivre.

Le corps change, grandit, l’enfant devient jeune fille, s’émeut. Approche les garçons et la multitude de sensations complexes qui découlent de ces pas-là.

« [Les adolescentes] deviennent obsédées par leur corps, d’un coup, trop gras, trop blanc, trop mou, trop musclé, trop maigre, trop plat. Elles entrent dans le monde du trop et du pas assez. Les premiers ennuis arrivent avec les garçons. Les premières réponses impertinentes et les premières portes qui claquent. (…) »

La jeune fille s’émancipe et c’est en jeune femme que s’écoule la vie. La rencontre amoureuse. La vie à deux et l’étrangeté d’un nouveau rythme. Trentenaire, la jeune femme ne veut pas d’enfant. La jeune femme veut un enfant. La jeune femme ne sait pas si elle veut un enfant. Ou pas. Pression de l’environnement. Elle s’essaie.

« Nous sommes aimantés l’un à l’autre, dépendants, complémentaires. Un genre de duo parfois burlesque dont les corps maladroits s’emboîtent, s’évitent, s’ignorent, s’imbriquent. C’est l’obsession de l’autre, la fusion, la contamination, l’intégration de l’autre en soi. (…) »

Viendra Yoto et le corps en chantier. L’enfant qui prend toute la place. La distance installée entre elle et le garçon qu’elle ne sait pas appeler l’homme. Le travail, les jeux, l’amour, la vie, le temps qui passe.

Puis survient le drame et la perte. Le corps qui encaisse, la tête aux commandes. Carapace, protection, durcissement face à la situation insurmontable. Qui se dépasse. Qu’elle surmontera un jour. Comme si tout ça se vivait étrangement, tête et corps en scission. Sans tête. Avec un corps distancié. Et tellement la tension au physique.

Avoir un corps est un beau projet dont il est écrit, en fin d’ouvrage, qu’il est né avec une chorégraphe. Un livre qui pourrait être le roman d’une vie dansée, d’un corps à l’aventure dans la fluidité du mouvement renouvelé. Du geste qui crée la vie.

« La différence entre ma tête et mon corps me sidère. Je suis cohérente quand je parle, je suis lucide et déterminée. Je donne l’impression d’avoir de la force, je rassure ceux qui s’inquiètent pour moi. (…) J’ai peur que mon corps lâche, que le chagrin si peu visible creuse des galeries à l’intérieur, provoque des ruptures, des zones troubles, des marécages. (…) »

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