Le Grand Silence

Le Grand Silence

Premier roman graphique, à ma connaissance, qui aborde le sujet de l’inceste et de la pédocriminalité.

L’histoire débute dans un mariage où un enfant, que son oncle prétend aimer beaucoup, est violé dans la forêt par ledit oncle. Corps coupé en deux. L’enfant tente, autant que faire se peut, de recoller sa tête à son tronc. Pas simple. Il ne peut parler de ce qui est survenu, il n’a pas les mots, pas l’histoire. De toute façon, dans cette île où il vit, une étrange usine prive les personnes d’exprimer leur douleur.

Dans la famille de l’enfant, les parents se séparent et séparent les frère et sœur : lui vivra avec son père, sa sœur avec sa mère. Le père sombre dans l’alcool et l’oncle — tellement gentil l’oncle ! — ne s’arrêtera pas là.

Dans l’île, de nombreux enfants sont piégés puis dans l’impossibilité d’exprimer ce qui les ronge en profondeur. Mais une femme en fauteuil roulant, qui a elle-même été victime de pédocriminalité, voit les enfants en couleurs. Et ces couleurs lui montrent celles et ceux qui sont victimes, celles et ceux devenus bourreaux. Elle raconte aux enfants qu’elle s’est rongée de l’intérieur de n’avoir rien dit. Qu’elle a détruit son corps et presque disparu d’elle-même par défaut de langage. Elle les enjoint à se dire pour ne pas retourner en eux les piques de la violence subie. Pour ne pas devenir abuseurs à leur tour. Pour libérer la douleur enfouie dans leur être. Grâce à elle, les enfants apprennent à se reconnaître, à distinguer les couleurs des êtres.

Panique dans l’île où les enfants peuvent dorénavant voir les adultes en couleurs. Les masques tombent et le réseau de l’oncle si gentil envisage de changer d’île pour conquérir de nouveaux territoires et les corps qui y vivent.

Le roman graphique prend une tournure étrange quand le petit garçon se transforme en super héros pour déglinguer l’usine à enfermer les cris et les douleurs. Puis, qu’il tente désespérément de sauver sa petite sœur qui n’a de cesse de rétrécir, en conséquence des viols de l’oncle. Le garçon très fort, la fillette très faible… en un parti-pris un peu convenu.

Hormis cette fin qui me semble discutable, le Grand Silence dénonce le silence de la violence sexuelle et la nécessité de le briser pour ne pas être dévasté.e. Pour que la société évolue, c’est indispensable.

Une amie me faisait toutefois remarquer qu’à chercher à dénoncer la pédocriminalité, l’ouvrage ne la nomme pourtant jamais…

Le Grand Silence, scénario de Théa Rojzman, dessins et couleurs de Sandrine Revel, est paru aux éditions Glénat. Il a reçu la mention spéciale du Jury Œucuménique 2022, le prix Étudiant de la BD politique-LCP 2022.

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