Le Cri du lièvre

Le Cri du lièvre

« Cette vie, voilà un moment que je ne la supportais plus. Pourtant, je me contentais de baisser la tête et d’encaisser les brimades, au sujet de mon incompétence maritale et professionnelle, de mes tenues vestimentaires ridicules, de ma maladresse crasse ou, selon les humeurs de chacun, sur un bonjour mal formulé qui méritait baffe ou blâme. Parce que c’était ainsi. Parce que l’un était mon mari, et l’autre mon chef, et que ces attributions semblaient justifier pleinement le droit aux humiliations. »

Elle, elle vit avec un mari violent. Elle aime la montagne, la randonnée en terres de nature et de paix où personne ne s’évertue à la maltraiter.

Lors d’une marche, Manu est saisie d’une sorte de vertige de bien-être, aussi décide-t-elle de ne pas rentrer. Elle trouve refuge dans une bergerie déglinguée et survit pendant quelques mois en mangeant des racines, des baies, de jeunes pousses.

Elle maigrit beaucoup, ne se lave plus et s’en moque éperdument. Les jours et les nuits passent dans le dénuement, la vie au grand air dans la rudesse de conditions très précaires.

Elle décide de revenir chez elle puisqu’elle a conservé les clés de l’appartement conjugal.

« Drôle de vie où l’on s’évertue à désirer systématiquement plus, et où, lorsqu’on l’obtient, on regrette à grands renforts de séances thérapeutiques l’insouciance perdue. Monde rempli de mécontents, mécontents aux ventres remplis. J’avais cessé de les envier. »

Ce monde d’avant lui semble si étrange quand elle fait le tour des lieux de l’appartement conjugal.

Tandis que Manu « visite » les lieux, son mari rentre à l’improviste, une jeune femme au bras. Elle se réfugie dans le bureau et entend leurs ébats. Le mari brutalise la jeune femme qui s’échappe des mains de son bourreau et s’enfuit. Lui se fait tranquillement couler un bain, se sert un verre, s’installe dans l’eau.

Manu débarque dans la salle de bains sous les yeux ébahis de l’ordure de mari. Lorsque celui-ci tente de l’attraper pour la tabasser, il glisse et se fracasse la tête à en mourir.

La gendarmerie arrive sur les lieux puisqu’il y a eu plainte de la jeune femme abusée et qu’on souhaite entendre la personne accusée de violences — l’histoire se déroule en Suisse. Mais le mari est mort et il sera rapidement démontré qu’il s’est tué tout seul. L’épouse dénutrie est hospitalisée sous la surveillance de la gendarme venue recueillir la déposition du mari.

« Il s’était passé pas mal de choses en mon absence, avait lâché la jeune gendarme sous l’œil sévère d’un collègue plus âgé. Un mouvement général et mondial, apparemment la femme n’était plus d’accord qu’on la malmène. […] Ça occupait la presse et les esprits, les accusations affluaient. Des hommes qu’on croyait intouchables tombaient les uns après les autres, comme des dominos poussés d’une simple pichenette d’ongle vernis. Le petit chaperon rouge n’entendait plus être mangé par le loup. »

À l’hôpital, Manu s’efforce de revenir à une vie sociale. Elle discute avec Pascale, la gendarme en charge de sa surveillance, sympathise avec Nour, une infirmière du service qu’elle préfère à toutes les autres.

Lorsqu’elle s’étonne de l’absence récurrente de Nour, elle finit par apprendre que l’infirmière, victime de violences conjugales, a été hospitalisée après s’être fait sévèrement casser la figure par son mari.

Manu cherche Nour dans les chambres du service et finit par la trouver. Nour est défigurée, salement amochée. Manu est furieuse et décide de la mettre à l’abri. Avec la complicité de Pascale, elle la fait sortir de l’hôpital. Le trio en fuite s’installe chez Manu et une vie sans repères ni obligations débute, sauf pour la policière qui doit retourner au travail après ses vacances.

Manu demeure à distance de Nour et Pascale qui font canapé et télé, mangent tout et n’importe quoi, tandis qu’elle dort par terre, se nourrit à peine. Le mari avait une planque d’argent dans son chevet ce qui arrange bien le trio.

Jours après jours la situation se tend entre les femmes. Nour repart chez son bourreau se faire à nouveau casser la figure avant de revenir, à nouveau défigurée, sonner à la porte de Manu.

N’y tenant plus, Manu vide son compte bancaire et embarque Nour à l’aéroport, un jour où Pascale est au travail. Elle lui donne de l’argent, la met dans un avion à destination de Beyrouth, afin que la distance — espère-t-elle — la préserve de son bourreau.

Et puis, il y a eu la rencontre avec le lièvre en montagne, les rêves de lièvre…

Le roman de Marie-Christine Horn dénonce les violences faites aux femmes. Il met en scène la sororité dans l’adversité. La force des femmes qui se relient et luttent ensemble, au moins pour se préserver de la violence des hommes. Il est publié aux éditions BSN Presse.

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