#Défi d’écriture : le partage !

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Vent arrière

(Maintenant que les défis ne sont plus quotidiens, je prends le temps de retravailler et de terminer certains que j'avais laissé tomber en cours de route ! Voici l'un d'entre eux)

Mesdames, Messieurs, venez par ici, s’il vous plaît, venez admirer le centre du centre, le centre géographique, historique, politique, anecdotique, cataleptique de cette bonne bourgade de Wahalu, qui est aussi, en quelque sorte, le nouvel épicentre de l’histoire de l’humanité. Sortez du car, voilà, n’ayez pas peur, les quatre vents contradictoires qui balaient cette place ont été momentanément déplacés le temps de notre visite.

Vous m’entendez ? Bien.

Je disais donc que cette place est un centre névralgique, je dirais même cosmopolitique, cosmogonique, c’est, Mesdames, Messieurs, le lieu de mémoire de la toute première expérience de micro-géo-ingénierie climatique.

Vous avez devant les yeux les traces commémoratives du Grand Chambourdement.

 

En l’an de grâce 2324, le célébrissime scientifique Alvert Einschwein, méditait ici même, assis sur ce grand bloc vert de verre verveine.

Imaginez la scène.

Non loin de lui se trouve un peintre du dimanche, ou peut-être du samedi, qui s’applique, au moyen d’une minuscule perceuse, à reproduire en gravure sur bois, une coupe de fruits frais qu’il a placée devant lui, coupe dont vous pouvez ici contempler la copie en terre cuite.

C’est alors qu’arrive sur cette place un Irlandais d’âge mûr, tout de vert vêtu et passablement gris, car il rentre à l’aube d’une nuit de débauche.

C’était en effet, vous l’aurez deviné, le lendemain de la Saint-Patoche.

Mais je m’égare, comme disait Saint Lazare.

Donc, notre Irlandais arrive, et bientôt il reconnaît, à travers les brumes éthyliques de son spongiforme cerveau, l’éminent professeur Alvert Einschwein. Il sort de sa poche son multismartpad, et va, selon une coutume ancestrale qui s’est perdue depuis, demander à l’illustre savant de poser avec lui, pour ce qu’on appelait alors un salsifis.

Le scientifique s’exécute de mauvaise grâce.

Callaghan – c’est le nom de l’Irlandais – le remercie confusément, et va pour ranger son multismart dans sa poche, lorsque Alvert aperçoit, sur le fond d’écran de ce dernier, une photo de mollusques bivalves. C’est cette même photo que vous pouvez admirer ici reproduite en grand format.

Einschwein devient alors vert de rage, et se jette sur l’Irlandais en criant :

« Comment osez-vous vous présenter devant mes yeux, mécréant, avec de telles images ! Je déteste les mollusques, leur simple vue me donne de l’urticaire ! Ce sont des créatures visqueuses, fourbes et maléfiques !

L’Irlandais se redresse et proteste :

« Ah non, pas vous, Monsieur Eischwein ! Les bi-valves, des créatures ? Ces créatures, comme vous dites, mais c’est toute ma vie !

(L’insulte faite à ses coquillages l’a dégrisé d’un coup, il ne bafouille plus et devient même lyrique)

Leurs valves qui palpitent, leurs cténidies si douces, mais c’est un ravissement de chaque instant !

– Taisez-vous ! hurle Einschwein, qui est passé du vert à l’orange, puis au rouge, et tente d’étrangler l’Irlandais.

– Non ! se débat Callaghan, suffoquant. Jusqu’à la mort, je les défendrai. Vivent les palourdes, les huîtres, les moules, les pétoncles ! »

C’est alors, Mesdames et Messieurs, que le peintre du samedi se lève et s’écrie : « Messieurs, prenez garde ! Pendant que vous vous étripez, les quatre vents se sont levés, et une tempête s’abat droit sur nos pauvres têtes ! »

Il pointe alors imprudemment sa perceuse vers les nuages noirs qui se sont amoncelés sur la place. A cet instant, un éclair frappe le foret du malheureux, et celui-ci s’écrase de tout son poids sur la coupe de fruits. Une banane, transpercée par la perceuse, est projetée en l’air sous la violence du choc, elle est immédiatement flambée par la foudre, avant de retomber sur le bloc de verre. Ce contact entre le verre et la banane flambée produit un mince filet de fumée verte. En quelques secondes, cette fumée s’étend, devient un grand nuage vert pomme, qui recouvre toute la place d’une ouate aux senteurs délicieuses de barbe à papa.

Deux minutes et trente-huit secondes plus tard, le mystérieux brouillard a disparu, ainsi que toute trace de la tempête. Einschwein, Callaghan, et le peintre – dont l’ingrate Histoire n’a pas retenu le nom, sont restés un long moment silencieux, hébétés, la bouche ouverte. Soudain, Einschwein s’est mis à bondir comme un cabri autour de la place en criant : « Eurêka ! Eurêka ! Eurêka ! Eurêka ! ».

Et c’est ainsi, Mesdames, Messieurs, qu’un éclair de génie a frappé cette place, ouvrant d’hasardeuses lézardes dans le mur de l’arbitraire. C’est ainsi que l’illustre Alvert Einschwein a découvert les lois de l’alchimie climatique élémentaire, permettant à l’homme de se rendre enfin pleinement maître et possesseur de la Nature.