#Défi d’écriture : le partage !

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vendredi soir

Émigration, Alice me parlait souvent d’émigration : son fils était aux États-Unis. Était-ce une émigration au sens où on l’entend maintenant ? Non plutôt un choix temporaire. Au moins l’espérait-elle. Ma fille aussi avait « émigré » en Angleterre, pour suivre son mari qui avait trouvé un job là-bas.

Pourquoi je pense à ça maintenant ? Sûrement parce que cette boutique est tenue par un immigré. Ils nous rendent bien service ! Même dans un petit magasin d’alimentation, on arrive à trouver à toute heure une lotion pour les cheveux ! Il suffit de demander poliment. Bon, il ne faut pas être difficile sur le référencement ! Et son rangement me semble plutôt… aléatoire. Mais, s’il s’y retrouve...

Qu’est-ce qu’elle m’avait dit de prendre ? Ah oui, il manque des citrons verts pour le ti-punch, et un grand bocal d’olives. L’urgence, quoi. En plus, il est un peu sourd, il a du mal à m’entendre. Oui, deux citrons verts. Bio, si vous avez, mais il ne faut pas trop en demander ! Ce sera non bio. On fera attention, je ne mettrai pas le zeste, et je le laverai soigneusement. J’espère qu’il reste assez de rhum. J’ai envie qu’on soit un peu ivres ce soir. Je suis bien quand je bois un peu, je lui parle plus facilement, les mots viennent simplement, sans peur de se cacher, sans tricher. Elle est plus gaie aussi, elle oublie ses soucis et ses tracas de la journée. Elle se prépare à la nuit. Je préfère quand elle est ainsi, plutôt que stressée, jusqu’à n’en plus rêver.

Et si je prenais ces bâtonnets d’eucalyptus pour parfumer le salon ? Elle aime bien ces ambiances orientales. Je sens qu’on va passer une bonne soirée. Calme, douce, sereine. Sans penser à rien d’autre qu’à cet instant. Oui, je vais en prendre un paquet. Ce sera mon cadeau du vendredi soir. C’est drôle comme cette tradition s’est établie, depuis que je suis à Paris : un petit objet, un rien du tout, chaque vendredi, pour qu’elle sourie en rentrant, juste après l’avoir cherché des yeux. Je ne sais pas quel est le cadeau qui fait le plus plaisir à l’autre : ce petit rien ou son sourire.

Et pour manger, que reste-t-il ? Du riz aux oignons, une portion de tofu, du fromage. Ça devrait aller pour ce soir. Je vais acheter des framboises pour le petit déjeuner. Elle adore ça.

Déjà 18h30, il faut que je me dépêche. Il ne s’agit pas qu’elle arrive avant moi. Et j’ai encore à passer à la salle de bains : douche, rasage. J’en ai bien pour un quart d’heure. Elle m’a dit qu’elle serait là vers 19 heures. Donc, je ne l’attends pas avant la demie… Mais on ne sait jamais, je vais accélérer un peu.

- Combien je vous dois ?

- 14€30, je vous le fais à 14€.

- Voilà l’appoint, merci, à bientôt.

Ils sont super ces immigrés, quand je pense à tout ce qu’on raconte. Parfois j’ai honte de ce que j’entends.

Je ne prends pas le courrier dans la boîte aux lettres, je le lui laisse le faire, elle aime tant ça. Pourtant elle ne reçoit plus que quelques factures, depuis que je vis ici. Une vieille habitude, sans doute.

Vite, la toilette. Où a-t-elle encore rangé mon blaireau ? Ah ! Le voilà. Et ma brosse à cheveux ? Pour une fois je prendrai la sienne.

La soirée sera belle.