#Défi d’écriture : le partage !

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S'oublier

Putain que c’est bon ce soleil, là, sur mes yeux, d’être assise sur cette fontaine... Là, en plein dans le soleil, avec le bruit de l’eau derrière moi... La sérénité, voilà ce que c’est.

La seule chose qui pourrait me dévier de ma route, aujourd’hui, ce serait qu’il se mette à faire moins beau. Ah ben merde, un nuage. Un gros en plus. Bon, de toute façon, faut que je fasse quelque chose, je vais pas rester là toute la journée. Et puis, je commence à me geler les ischions, là... Ah ben voilà. Il pleut, pas qu’un peu, en plus, « une pluie diluvienne » comme disait ce con de Barnabé, quand il était en verve, qu’il rentrait du café tout trempé comme une soupe. Lui qui n’aimait pas l’eau, il faisait du chocolat irlandais en m’expliquant comment « il fallait impérativement cascader le lait chaud sur le dos de la cuillère, pour que la mousse se dépose, en dégradé, dans la tasse »... Il prenait un air pompeux, mais comme il était pompette, il avait la tête chiffonnée, ses cheveux en pagaille comme du foin séché de travers... un véritable air d’artichaut. A propos d’artichaut, j’ai faim, moi, c’est pas le tout de se faire tremper, faut peut-être que je m’achète à manger... Est-ce que j’ai de l’argent ? Bah, je pourrai toujours mettre mon émeraude au clou, sinon... Pour ce qu’il me reste à vivre... Mais au fait, quel jour on est ? Et puis je suis où, d’abord ? Tous ces gens qui s’agitent, autour de moi... ça me fait de la turbulence dans le cerveau, je sais plus très bien ce que je fais, ici. On dirait que c’est le marché. Bon, c’est déjà ça, je vais pouvoir me trouver un petit poireau, pour la soif... Je vais aller voir la petite Camomille, aux primeurs. Mais, qui a mis un cadenas sur mon cabas ? Avec un code, en plus... Merde, je me souviens, il est noté sur la liste des commissions, je l’ai dans la poche, cette liste... Mais j’ai pas de poche... Pas de poche... Rien que mon cabas cadenassé. Pas de poche. Pas de liste. Pas de poche. Pas de pot. Pochtronne. Poltronne. Potron Minet. Miaou. Chaton. Matou castré. Cadastre... Carafe... Scarole... Catastrophe... Je m’en fous. Je vais rester là. Je vais attendre que la pluie s’arrête. Peut-être que quelqu’un me jettera un poireau en pâture. Un petit poireau bien vert, sans vermine, pour m’apaiser. Quand tout le monde sera parti. Quand ils m’auront tous oubliée. Quand j’aurai le droit de m’oublier aussi. J’irai m’oublier dans le lavoir. Plus besoin de code, ni de clou. De compte ni de chou. De chèvre ni de bouc émissaire, janissaire, récipiendaire, paramilitaire, poireau poilu... Marché conclu. Arrêter de jacasser. S’oublier. Sablier. Ça y est.