#Défi d’écriture : le partage !

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Si près du but

Faut se dépêcher, les portes ferment dans 5 minutes, faut pas traîner maintenant, ce serait trop bête de mourir si près du but. L’immeuble est là, même pas 100 mètres à parcourir avant la porte. Mes jambes me font un mal de chien. En parlant de chien, il y en a un là, juste à côté de moi, il m’a suivie, ah tiens c’est une chienne. Ses grands yeux me dévisagent avec curiosité. Elle a plein de poils qui collent à sa peau flasque, à ses oreilles raidies par l’hyper-gravitation. Mon cerveau commence à ralentir, mes neurones circulent mal, sans doute. C’est drôle, elle a un tube de mayonnaise dans la bouche... J’avance, mais c’est pas facile, mes pieds pèsent trois tonnes.

Je suis sortie à l’appro-Drive en bas de chez moi, mais j’avais mal dormi la nuit d’avant, et j’ai raté l’heure réglementaire. La sirène retentissait déjà. J’ai pensé c’est pas grave, mes placards sont vides, de toute façon, j’ai pas le choix, je fonce. J’ai foncé, mais je me suis fait avoir quand même. Merde, j’avais oublié comme c’est long de marcher quand la pompe à gravitons est en panne. Tout ça pour deux pauvres boîtes de conserve, trois sparadraps et une ampoule de vitamine C. C’est tout ce qui restait dans l’automate quand je suis arrivée. J’ai fait tomber ma carte, elle a glissé à côté de la machine, j’ai perdu les quelques secondes que j’avais gagnées en dévalant les escaliers de l’immeuble à toute vitesse. 10 étages en 43 secondes, mon record. Du coup quand je suis ressortie, après trois pas j’ai été plaquée au sol par l’arrêt de cette fichue pompe... Maintenant j’ai les yeux rivés sur l’horloge au-dessus de la porte de mon immeuble. 3 voyants rouges sur 5 sont allumés, plus que 3 minutes... J’arrive devant le local à poubelles, plus que quelques pas, je veux tellement y arriver... Mais qu’est-ce que c’est que cette énorme poubelle, on dirait qu’il y a un arbre dedans. Peut-être que c’est le scorbut, qui me donne des hallucinations, mais on dirait un vieil olivier, il a au moins 100 ans à en juger par l’épaisseur de son tronc... Dans le monde d’avant, j’aurais payé cher pour avoir un arbre comme ça, et en faire quelques belles guitares... Je suis hypnotisée par cette image incongrue, mais curieusement elle me redonne de l’espoir.

Je regarde la porte, plus qu’une seule lumière rouge, je commence à flancher. Je croise le regard de la chienne, son air suppliant renforce ma détermination. Je concentre mon énergie dans un suprême effort. Au ralenti, j’attrape la chienne d’une main, et de l’autre, je balance mon sac de courses avec les boîtes de conserve vers l’avant. Le mouvement me donne l’élan nécessaire pour faire les deux derniers pas, ma main tombe sur la poignée, je roule à l’intérieur en tenant le chien contre moi.

La porte se referme derrière nous dans un cliquetis froid. Mes poumons s’ouvrent enfin librement. Dehors, la capsule gravitationnelle est à présent complètement éteinte pour la nuit, tout devient gris et flou derrière les vitres. J’ouvre mon sac, l’ampoule est brisée. Et merde, c’est pas encore aujourd’hui que je guérirai du scorbut... Au moins, j’ai des pâtes en boîte. C’est déjà ça.

- Tu viens avec moi, jolie chienne ? Je t’appellerai Ravioli...