#Défi d’écriture : le partage !

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Prosper et Mélusine

(Celui-là m'a beaucoup amusée aussi, j'espère que d'autres voudront bien publier leur texte !)

Elle m’a laissé des indices. Des codes à lire entre les lignes. Ce toit circonflexe jaune, par exemple, ça ne peut pas être un hasard. Deux portes fenêtres aux volets rouges, encadrant un œil carré barré par trois fois. Sept corbeaux jaunes sous le rebord du toit. Autant de chiffres, autant d’évidences. Mélusine voulait que je voie, sans l’ombre d’un doute possible.

Dans la maison, je l’ai tout de suite remarqué. Le premier indice. Elle a laissé un artichaut. Le cœur en avait été ôté.

Symbole évident : on lui avait brisé le cœur plusieurs fois, mais la dernière lui avait été fatale.

Le jeté de canapé en tissu léopard m’a donné plus de fil à retordre, jusqu’à ce que l’illumination me vienne : « Léo, part ! »

Bien sûr ! Léo ne l’avait pas quittée, c’est elle qui l’avait mis dehors !

Voilà pourquoi il était le seul des voisins à ne pas s’être manifesté à l’annonce du soi-disant suicide de Mélusine. Oui, ce Léo m’avait toujours paru antipathique...

Sur la table basse, trois stylos : un rouge, un bleu, un vert.

Mélusine était si méticuleuse, or il manquait le noir, il faudrait le chercher.

Lorsqu’on l’aurait trouvé, on aurait la clé de l’énigme. Dans la petite salle de bain au sommet de la tour carrée, il y avait un dentier dans un bocal. L’odeur du liquide était suspecte, j’en ai prélevé un échantillon pour l’amener au labo, ainsi que du contenu trouble des trois flacons posés sur sa table de nuit, qui ne m’annonçaient rien de bon...

J’ai aussi emporté le calendrier des postes, avec ses photos animalières, façon ferme Potemkine. Il y avait sur la page du mois d’avril un bouc peu amène, et sur celle de mai, un bateau dans un port de pêche...

Ce qui confirmerait mon hypothèse : Léo, trompé par Mélusine, aura voulu venger ses cornes, l’aura menée en bateau pour affaiblir sa méfiance, puis empoisonnée lentement avec l’eau de son dentier et diverses potions trafiquées, substituées aux médicaments que prenait Mélusine chaque jour... Tout est clair.

 

Du moins, tout était clair... jusqu’à ce que je parvienne dans l’atelier, cet atelier dont elle m’avait toujours interdit l’accès. Cela m’a glacé le sang. Il y avait des traces au sol. Des traces de colle sèche et gluante. Des copeaux qui ressemblaient à de la peau humaine râpée... Un établi surchargé d’outils, des instruments de torture : pinces, serre-joints, limes, rabots... Une statue en pierre à savon représentant un animal sauvage aux allures démoniaques. Et, au pied de la statue : le stylo noir !

L’ordinateur allumé diffusait en boucle une musique classique. Du clavecin, de la viole de gambe et... de la scie musicale ! Serait-ce possible ? Mon estomac fit un bond jusqu’à se retrouver dans ma bouche.

 

Prosper Pritchard sortit un mouchoir en dentelle de sa poche et le porta à son front trempé de sueur. Le souffle court, les mains tremblantes, il se laissa tomber sur le frêle tabouret qui gémit sous son poids. Il avait cru pouvoir le faire, résoudre cette dernière enquête, mais il réalisait maintenant que la vérité était au-dessus de ses forces.

Lui, le grand chamane-détective que les polices du monde entier s’arrachaient, était en bout de course. A 68 ans, il se sentait fini, déchu.

De toute manière, il avait sacrifié tant de poulets sur cette affaire qu’il avait fait une rechute de boulimie carnée. Sa silhouette autrefois svelte, élancée, avait désormais des allures de tank à la retraite.

Il poussa un soupir tragique. Il savait bien que Mélusine, sa chère Mélusine, avait un jardin secret, mais jamais il n’aurait imaginé cela. Cette femme si mystérieuse qui avait hanté ses nuits depuis tant et tant d’années, celle qui, de vingt ans son aînée, l’avait initié aux plaisirs de la chair, jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle était... une ensorceleuse, une envoûteuse démoniaque.

Il pleura longuement, jusqu’à ce que ses larmes, si longtemps contenues, inondent le sol poussiéreux. Puis il se saisit du balai – ultime preuve – que Mélusine avait laissé, et s’en servit pour finir d’effacer toute trace des crimes commis par celle qu’il avait si profondément aimée.