#Défi d’écriture : le partage !

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picorer

Ils avaient marché sans parler de la gare jusqu’au restaurant. Il savaient quoi se dire, mais les mots n’arrivaient pas. Il lui a seulement proposé de tirer sa valise rouge. Elle n’a pas voulu.

À quelques mètres du restaurant, dans la rue en pente, elle s’arrête, comme pour souffler. Il lui dit : on y est presque. Elle ne répond pas. Le téléphone d’Alice vibre dans son sac. Le temps de le trouver, l’appel est terminé. C’était Alex. Elle fait un signe à Paul : vas-y, entre, je te rejoins.

Elle rappelle.

- J’arrive à l’instant à Trouville, chez Ariane.

- …

- Non, elle est venue me chercher à la gare.

- …

- Je l’invite dans un restaurant de poissons. On est presque arrivées.

- …

- Tu passeras chez moi arroser les plantes ?

- …

- Dimanche soir, je ne sais pas encore à quelle heure.

- …

- Bisous.

Alice reste pensive sur le trottoir. C’est étrange qu’il m’ait appelée juste au moment où nous allions entrer dans le restau, se dit-elle. Bon, j’espère que je l’ai rassuré. Et puis, il ne va rien se passer, on va juste parler des bons moments passés ensemble, comme de vieux amis.

Elle entre, un peu anxieuse. Elle est étonnée par l’ambiance de ce restaurant. Elle s’attendait à du chic, mais il est bondé : une seule longue tablée où les gens semblent se placer au hasard. Tout le monde rit et parle haut comme dans le midi. Paul lui avait réservé une place en face d’elle. Elle s’installe. Pose le portable devant elle. Elle est assise entre deux grands gaillards rigolards. Elle risque un timide bonjour. Moi c’est Alice, et vous ? Elle n’entend pas la réponse. Elle regarde Paul, interrogative.

- Mais pourquoi tu m’as emmenée ici ? Je croyais que tu voulais qu’on parle.

- On parlera plus tard. J’avais besoin de cette ambiance et de cette cuisine. J’espère que tu apprécies.

- Euh… Disons qu’en ce moment je suit censée manger des huîtres dans un restau chic sur le port de Trouville !

- Tu vas voir, c’est délicieux. Et au dessert, il y a du clafoutis.

- Je crois que je n’ai pas très faim. J’ai des soucis au boulot. Je n’ai pas arrêté de bosser dans le train. Je vais prendre une salade, et je picorerai dans ton assiette, si tu le permets.

Paul est déçu. Il la regarde avec tendresse. C’est vrai qu’il ne voulait rien de trop cérémonieux pour ces retrouvailles.

La commande passée, choux farcis pour lui, salade périgourdine pour elle, Paul est nerveux, il ne sait pas quoi lui dire. Lui dire sa vie là-haut ? Lui raconter encore une fois la cuisine de ses grands-mères ?

- Excuse moi, lui dit-il soudain son verre de kir à la châtaigne à la main. Je vais fumer, je reviens.

Alice est à peine surprise. Elle connaît ses instants de pudeur, les émotions qu’il ne sait pas contenir, ses fuites qu’elle ne supportait plus.

Elle se retourne vers son voisin de droite. Tiens, il a un bouledogue français sur ses genoux. Elle ne l’avais pas remarqué.

- Comment s’appelle-t-il ?

- Tania, c’est une chienne.

Elle avance la main timidement, lui caresse la truffe. Le chien renifle. L’odeur de rillettes sur ses doigts semble l’intéresser. Soudain, la chienne se redresse sur ses pattes de derrière, jette ses pattes avant sur la table, sans que son maître n’ait le temps de l’arrêter.

Alice crie, elle a toujours eu peur des chiens.

Paul arrive à cet instant.

- Je ne peux pas. On s’en va, dit Alice.