#Défi d’écriture : le partage !

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Parfum de malaise

"Quand il n’y a plus rien eu de lui que le souvenir de son passage, elle a téléphoné à Rémy pour lui dire que tout allait bien et qu’elle rentrait."

Voilà, elle avait posé les choses, refermé ce vieux dossier : on n’en parlerait plus jamais. Elle se sentait vide, allégée d’un poids. Pourtant la fatigue semblait la happer de toutes parts. Il restait dans l’air un parfum un peu cheap. Cette senteur de « produit fini » trop vite, trop facilement. Cette fragrance de fleur trop sucrée qui séduit puis qui fait mal au cœur. Quelque chose clochait mais elle n’aurait su dire quoi.¬
Elle avait encore une heure avant de reprendre le train. Elle décida de commander un autre café. Le parfum de malaise persistait. Des années à repenser à cette impossible naissance, à cet enfant qui n’avait pas vu le jour, à ces heures meurtrières, ce dilemme cruel. Aimer sans aimer.
Et puis, elle était là, dix ans plus tard, les choses avaient été posées, les comptes semblaient réglés. Il n’y avait pas de regret, il n’y avait que des images qui flottaient dans l’air, irréelles, et qui le resteraient.
Le café avait refroidi. Un café froid c’est comme une bourrasque de vent glacé à la fin de l’été. On a le sentiment de se faire annoncer une mauvaise nouvelle. Et qu’il va falloir rentrer. Pourtant c’était bien sa décision, elle rentrait, tout était clair et posé. Il n’y avait ni regret, ni ambiguïté.
Elle laissa là le café, il n’y avait aucune raison de se forcer à boire un café froid. Ce qui était raté, le resterait. Elle prit la direction de la gare, en marchant lentement. Elle était fatiguée. Une fois vidé, le sac aurait du être léger mais il semblait s’être rempli d’une incertitude vague et poisseuse qui collait à son âme. Elle était venue sans exactement savoir pourquoi. Elle avait besoin d’entendre des mots, un pardon sûrement. Mais peut-on dire à quelqu’un, « demandes moi pardon ! » ? Ca paraissait ridicule alors évidemment elle s’était contentée de parler de son ressentiment, de ces années de mal-être. Il avait peu parlé. Ou était-ce qu’elle n’avait pas assez entendu ?
Lorsqu’elle s’était expliquée, il lui avait semblé avoir dix voix en même temps, dans sa tête, sur sa langue, dans sa bouche, au fond de son cœur, entre ses jambes, au bout des pieds … Et même si la voix semblait posée, calculant chaque mot avec soin, à l’intérieur, c’était un immense bazar. On aurait dit que plusieurs chaines étaient allumées en même temps mêlant le film, les news, l’humour et le documentaire. Impossible de savoir à quelle chaine se fier. Et maintenant elle était épuisée de ces mille discours. Mais un seul était bel et bien sorti. Et il avait la voix du calme, de la raison, du temps qui passe et qui pardonne.
Elle avait redouté cette rencontre, pendant des années, et finalement, cela s’était décidé brutalement. Le voir devant elle avait été un vrai choc. Un coup de poing dans une glace trop brillante. Fausse paix, faux accords, faux semblant, dévoilés.
Peut-être que c’était tout ce qui comptait, l’authenticité intérieure. La nécessité de constater qu’on ne règle pas ses comptes tout seul et qu’on ne les règle jamais définitivement. Que tout scénario se poursuit, avec ou sans ses acteurs. Que l’histoire peut s’écrire à la voix passive.
Il lui sembla soudain impossible de rentrer. Elle ne pouvait ni continuer, ni repartir en arrière. Elle était bloquée dans un espace intemporel, dans un amalgame de voix qui voulaient s’exprimer.
Elle fit demi tour en direction du centre ville.

Bonjour !

Beaucoup de formules et d'images fortes, de goût, d'odeurs... Merci pour ce partage !

Amicalement,

Pauline