#Défi d’écriture : le partage !

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ODEURS DE SAINTETÉ

C’était un tout petit jardin. Un jardin de curé. Eléonore en était fière. Avec son coin de ciel bleu sans nuage, il ressemblait à un paysage de carte postale. Un peu fouillis par endroit. Les allées droites et dégagées lui donnaient une allure un peu à « la française ». Des dalles aux bords moussus luisantes les jours de pluie. Surtout ne pas glisser et porter son regard vers les coins arrondis ici et là. Se pencher légèrement vers le sol, anticiper son trajet plutôt que partir le nez au vent vers le mur des rosiers palissés. Prendre son temps pour déambuler au cœur de cet espace aux odeurs de printemps. L’humidité matinale apportant des fragrances délicates en suspension dans les gouttes de rosée.

Dans les pensées d’Eléonore  à ce moment là, apparut le beau mois de Marie. Mai en effet approchait et elle songea aux rituels de son enfance dans l’église du village. Aux rogations en latin qu’elle chantait sans rien y comprendre. Seul le parfum des roses et des lys remontait en bouffées enivrantes. Elle ferma les yeux un instant au souvenir de cette époque-là. Puis se dirigea vers un étang lilliputien entouré de rocailles alvéolées de tuf ocré. L’unique nénuphar rose pâle y trônait en majesté, auréolé de vert tendre.

Quel endroit paisible,  se dit-elle en l’observant. Une petite grotte recouverte de lierre bordait le plan d’eau. Cette plante envahissait tout alentour. Un peu trop à son goût. Comment désagripper ces lianes têtues qui même arrachées reprenaient possession de l’espace ? La jardinière soupira, l’âge venant, elle avait moins de courage et de force pour entretenir son havre de paix comme elle l’appelait.

Planifier les travaux et en parler au petit jeune récemment installé dans le village et qui proposait des « services à la personne ». Eh oui, accepter un peu d’aide. Pourtant elle sentait encore en elle cette soif inextinguible, cet appel d’une nature forgée par ses mains. Sa silhouette un peu voûtée bougea, s’éloignant du bord de l’eau. A présent elle avait trop chaud dans son caban. Eh oui, le printemps était là, et plus la peine de trop se couvrir à présent. Son gros pull irlandais ferait l’affaire pour ses promenades matinales. Elle repensa au jardinier. Elle allait le contacter. La bibliothécaire lui en avait dit du bien. Elle hâta le pas,  frôla une rose blanche.

Bah, pensa-t-elle, Ce n’est pas une question d’argent. Je suis sûre que nous avons des choses à partager.

 

Défi n°6, 27 mars 2020