#Défi d’écriture : le partage !

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Nostalgie

Je suis entrée en douce, à la tombée de la nuit. Il n’y avait personne, le cadenas n’était pas fermé. Il fallait juste tirer sur la porte coupe-feu déglinguée. Je suis entrée en douceur dans ce temple de mon enfance, englouti par le temps, l’oubli des gens. Qui se souviendrait encore, dans cette banlieue décrépite qu’on appelait autrefois une petite ville de province, qui pourrait comprendre à quoi ça servait de se réunir pour regarder ensemble, si proches les uns des autres, le même film projeté sur le même écran, pas si grand que ça... aucun intérêt... Effet secondaire de la dématérialisation obligatoire, et surtout de la contamination au pollen de pseudo-amiante... Les gens ont oublié. Je suis une survivante. Une rescapée que personne ne voit, que personne n’entend...

Mes yeux ont pris goût à la pénombre. Je sens l’odeur particulière, familière, mêlée de cendre ; et la salle, qui un instant auparavant, me semblait étriquée, reprend la taille qu’elle a toujours eue dans mes souvenirs de petite fille. A l’âge où je planquais mes carnets de notes dès qu’ils arrivaient à la maison, je prenais mon épuisette et prétendais partir pêcher au lac. En vérité, j’allais me planquer dans cette salle. Je ferme les yeux, et tout revient. Le tohu-bohu des gens qui entrent avec leurs sacs et leurs téléphones, qui s’interpellent en riant... La chanson du petit garçon qui balance sa pioche sur une cible, comment il s’appelait déjà ? C’était juste avant les pubs... Jean Mineur... Je sens sous mes paumes la peau usée des accoudoirs. L’épaisse couche de poussière et l’odeur de moisi brûlé ne suffisent pas à éconduire mes souvenirs. Je me plonge en eux avec autant de douleur que de volupté. Mes yeux se ferment, et je pars. Sur un cheval sauvage dans les plaines du Far West... dans un train à vapeur qui me ramène à l’oasis... où je monte à dos de chameau jusqu’à Paris... Là je prends un Zodiac et je poursuis les méchants sur la Seine, jusqu’aux canaux de Venise, Venise comme elle était avant, comme elle brillait, quelle insolence... Ça sent le pop-corn et les bâtonnets glacés, les pralines et les pastilles à la menthe. Ça sent le chocolat, ça sent le papier glacé des magazines dont on cornait les pages pour marquer les critiques des films qu’on voulait voir. Je vais rester là, me nourrir de ces odeurs faméliques. Je ne veux plus vivre dans une boîte de conserve. Je veux du feu, de la sueur, de la terre, du sang. Je vais rester là, là où mon cœur a battu plus fort. C’est là que je veux qu’il s’arrête.