#Défi d’écriture : le partage !

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marais salant

Comme d’habitude, Paul était en retard au rendez-vous.

- Le bus était en retard, il y avait des bouchons à la sortie de Nantes, dit-il en descendant du car. Vous m’attendiez depuis longtemps ?

- Oui, dit Alice

- Non, 10 minutes, tempère Yvonne. Nous en avons profité pour boire une petite mousse.

- En tout cas, c’est gentil de m’avoir invité à passer ce week-end avec vous. Je suis content de vous revoir toutes les deux, ça faisait longtemps. C’est joli ici, mais un peu mort, non ?

- On pourra se promener à pied répond Yvonne, flâner, et il y a un tout petit musée de la cartographie. Je l’avais vu il y bien longtemps. Ils présentaient une anamorphose de la Bretagne qui m’avait marquée : on ne voit pas les choses de la même façon. C’était une carte représentant les productions d’alcool. Après, je savais où aller en priorité ! Et Alain n’était pas le dernier, ajoute-t-elle en riant, de son rire rocailleux de fumeuse.

Paul est ému. Il y a si longtemps qu’il n’a pas vu Alice. Même s’ils se téléphonent souvent, la voir lui manque, et peut-être l’embrasser. Il pense souvent aux apéros partagés le soir au soleil couchant avec quelques pistaches, des tranches fines de saucisson, du rosé ou un ti-punch pour Yvonne. Quand il y réfléchit, et il y réfléchit souvent, il se dit qu’il y était bien, qu’il n’aurait pas dû se taire, dire qu’il préférait le whisky au rosé.

Alice le prend par le bras, pas par la main, elle a trop peur. Ils avancent tous les trois dans la rue vide. Leur pas est lent, comme s’il voulaient retarder le moment de parler.

Des futilités, voilà ce qui les protège :

- Tu as minci. Tu es beau gosse, dit Alice en souriant, pour rompre le silence.

- Oui, je me suis mis au régime sans sel. Et je ne bois presque plus d’alcool. Ça me fait du bien d’être seul la-haut.

Yvonne ralentit sa marche, pour leur laisser le temps… Puis elle dit :

- Je vous amène au marais salant, j’ai quelque chose à vous raconter.

...

Alice, Paul et Yvonne regardent de haut le marais salant. Ils sont assis, silencieux, chacun dans ses rêves, ses regrets ou ses souvenirs.

Yvonne se souvient quand elle travaillait dans le fret aérien : elle était chargée d’enregistrer les cargaisons des avions gros porteurs. C’est à Orly qu’elle avait rencontré Alain, qui d’amant était devenu mari. Le mariage n’a duré que trois ans, commençant après un malheureux accident de voiture qui avait révélé leur liaison, et finissant par la découverte du fils caché d’Alain.

Paul regrette cette journée d’hiver où il n’a pas voulu rester. Il n’avait pas remarqué les larmes qui emplissaient les yeux d’Alice. Il n’avait pas été assez présent, pris par son travail, jouant de son flegme habituel pour ne pas répondre. Pourtant, ce jour-là, il aurait dû rester auprès d’elle. Les choses auraient été tellement plus belles.

Alice rêve encore de voyage au Japon, de longues promenades sur les chemins de montagne. Elle se dit que c’est encore possible, elle n’est pas si âgée, et peut-être que Paul l’accompagnerait, si elle le lui demandait. Mais elle a peur qu’il lui prenne encore la main, elle ne veut pas, elle a trop peur.

- Pourquoi sommes-nous là tous les trois ? demande soudain Paul, la pomme d’Adam tremblante.

- Nous avions promis à Yvonne de la ramener à Noirmoutier, c’est ici qu’elle avait passé ses premières vacances avec Alain, explique Alice. Ils étaient la caricature vivante de jeunes amoureux, ajoute-t-elle en riant. J’ai vu les photos.

- C’est un bon souvenir, ajoute Yvonne. Il était gentil au début, prévenant. Puis tout s’est vite envolé. Et vous, les enfants, comment ça va, vous deux ?

Alice se trouble.

Paul se lève et s’éloigne un instant.