#Défi d’écriture : le partage !

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les parisiens

Deux mois, c’est long. J’ai à peine eu le temps de réfléchir à ce que je voulais vraiment. Pourtant, il ne faudra pas oublier de continuer à télétravailler. C’est ce que j’ai trouvé de meilleur dans cette parenthèse : ne plus prendre le métro tous les matins, souvent debout, déjà fatiguée. Deux jours ou trois par semaine. Ça a très bien fonctionné avec les équipes. C’est vrai que ces visios étaient fatigantes aussi, mais Alex me préparait un thé, une tisane, une bière selon les heures et mes envies. C’était bien. Et puis, ça ne durera pas très longtemps. Six mois à peine, après, nous serons libres. Finis les mails en retard, les appels à des heures impossibles. Nous partirons quand nous le voudrons.

Il ne faudra pas oublier de donner tous les livres que je ne relirai pas. Je demanderai à Paul de m’aider, maintenant qu’il m’est revenu. C’est vrai, il a raison, pourquoi garder tous ces livres ? Ils encombrent les étagères des l’entrée et du salon. Il vaut mieux en faire profiter les gens que j’aime. Et s’ils n’en veulent pas, je les donnerai à l’association de quartier, ou à Jules et à Christiane qui les enverront à Haïti ou en Afrique. Ils en ont plus besoin que moi. Ce sera dur. Il y en a que j’aime beaucoup, j’en garderai quelques uns : les livres de poésie, la poésie, c’est ce qui m’a souvent aidé à survivre.

Ma mère m’a manqué : il ne faudra pas oublier de m’occuper d’elle plus régulièrement. J’ai eu de la chance qu’elle ne soit pas tombée malade. Heureusement que mon frère l’a prise avec lui ; elle n’aurait pas supporté ces deux mois enfermée dans son deux-pièces à Paris. J’irai la voir deux ou trois fois par semaine, de temps en temps je lui proposerai de rester dormir. Le matin, Paul nous préparera le petit déjeuner. Elle aime bien Paul. Je l’accompagnerai à tous ses examens médicaux. Elle nous fera rire en nous racontant ses aventures de jeunesse, quand elle était chez les trotksystes. Peut-être que Paul prendra des notes pour en faire un livre que nous écrirons tous les deux, plus tard, l’hiver, quand nous serons là-haut.

Il ne faudra pas non plus oublier d’organiser une grande fête à la rentrée. Peut-être ce sera ici, ou dans un restau du quartier. Il y aura tous les amis d’Imaginons, et aussi les miens. Je demanderai à Émile de venir de Bruxelles. C’est d’ailleurs lui qui choisira la date. On essaiera de garder les distances, mais ce sera dur de na pas se prendre dans les bras. Je crois que c’est ça qui a été le plus difficile : le manque de câlins, de marques d’affection. On fera végé, même si Paul n’aime pas trop. Et pas trop d’alcool pour rester lucides et refaire encore une fois le monde en mieux !

Paul me le dit souvent : il ne faudra pas oublier de quitter Paris à chaque fois que tu peux. L’air, les arbres, les fleurs : je crois que je ne peux plus vivre sans. Longtemps j’ai fait comme si Paris pouvait tout me donner. C’est vrai que j’adore sortir au théâtre, au cinéma, aller voir des expos. Mais ce ne sera plus comme avant et tout peut s’arrêter de nouveau. J’ai compris qu’il fallait respirer, voir du vert, écouter la vie. Et marcher, marcher. J’ai pris cinq kilos pendant ces deux mois. Marcher me fera du bien. Non seulement au corps, mais marcher c’est réfléchir.

Et surtout, il ne faudra pas oublier de me préparer comme cela pouvait recommencer. On n’est à l’abri de rien. Cette histoire l’a montré : tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Sur qui peut-on compter ? Antoine en Touraine ? Peut-être. On ira le voir bientôt. Dominique en Normandie ? Il n’aime pas être envahi. Il nous reste la montagne, mais les voisins y sont trop étroits d’esprit. Je ne sais pas si nous pourrons nous y faire accepter, avec nos idées bizarres de permaculture, d’entraide et de bienveillance. Avec le temps peut-être. Mais je crois que nous resterons toujours pour eux les parisiens !