#Défi d’écriture : le partage !

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les cultures

Enfin la pluie. Le temps s’étirait sans fin depuis le début de l’été, me voici enfin sorti de ma coquille. Des semaines que j’attends de pouvoir traverser cette bande noire, sèche et chaude pour retrouver mon jardin, ruminant mon sentiment d’être une souris en cage ou un hamster coincé dans sa roue. Parfois je devinais, au travers de l’opacité de ma porte ronde, le mouvement coloré de la rue. Les commentaires mièvres sur la météo et les beaux jours revenus m’accablaient, chacun y allant de ses prévisions terrifiantes de températures en hausse et de semaines sans ondées. J’en ai pourtant écumé, des rebords de fenêtres et des jardinières. Jamais je ne m’étais fait piéger de la sorte, coincer par le « beau » temps… Dans le pot de géraniums dans lequel je flânais, je m’étais assoupi le premier jour dans la contemplation suave, au travers de la vitre, d’un jeune homme rêvant sur son classeur ouvert. Si j’avais pu l’entendre, j’aurais compris qu’il révisait son épreuve orale de français du bac. Il  soliloquait mollement et j’ai cru, attendri, qu’il s’adressait amoureusement à moi. Je suis resté. Puis la soif est arrivée. Je sentais mon corps s’alléger. J’ai tenté de m’endormir, contre la terre. Mes interrogations anxieuses nourrissaient mon insomnie. Quand va-t-il enfin pleuvoir ? Que devient mon jardin ? Qui profite des fraises ? La fenêtre s’est ouverte chaque après-midi, et j’ai enfin compris à quoi s’occupait l’adolescent. J’ai gagné en culture ce que je perdais en eau, découvert Victor Hugo et Beaudelaire, Beckett et Montesquieu. Moi qui avais échappé avec bonheur, de par ma condition animale, à une scolarité que mon désintérêt aurait condamné au fond près du radiateur, je me voyais sauvé par le programme du bac. Pour la pluie, le jardin, c’était râpé, mais cela m’a aidé à faire passer le temps. Depuis cette nuit, il pleut. La fraîcheur m’a revigoré et j’ai lentement gravi le rebord du pot, soulevant avec peine les rameaux secs bien morts qui m’avaient recouvert. Il faut que je me hâte, car dans quelques trop courtes heures, le ruban noir sera encombré de véhicules irrespectueux que je ne saurai pas éviter. Pour me donner du courage, je pense aux canapés de fraise et melisse sur feuille de rhubarbe dont je vais me délecter tout à l’heure. Je sens déjà le parfum du terreau humide et des feuilles de tomate qui succède à l’averse sur le potager. S’il pouvait pleuvoir encore un peu, je glisserais plus vite. J’ai peur car le ciel s’éclaircit, il faut que l’onde dure car le goudron est encore chaud. Je n’en ai pas l’air, mais je me hâte avec force. Mon muscle s’épuise. Les nuages se dissipent, je n’y arriverai pas. Un éclat de lumière les transperce soudain, me voilà ébloui ! Est-ce vraiment le soleil ? Ou la lumière blanche au bout du tunnel ?