#Défi d’écriture : le partage !

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Le jardin de Bethsabée

Forêt de Fouesnant.

Un entrelacs de ronces, de fougères, de cocotiers, de chênes et de bananiers joyeusement embrassés.

Au cœur de la jungle bretonne, des barbelés en déconfiture.

La Grande Déroute Non-Violente a fait déguerpir, il y a longtemps, les derniers rasés de l’Apocalypse qui avaient créé ce camp pour y cacher leur terreur.

C’est devenu le jardin secret de la bonne et belle Bethsabée.

Elle y a planté des bambous entre les bazookas.

Ils la protègent des bonobos curieux qui viennent parfois l’enquiquiner, lorsqu’elle fait la sieste dans un hamac accroché aux branches basses de Nabab, son baobab.

Chaque jour, elle sarcle les rangs de poireaux, entre les grenades.

Quand elle a des insomnies, elle se confie aux bons soins de Hanoukka, un palmier à neuf branches, qui lui chatouille à l’oreille des contes coquins.

Sur le foyer au milieu de la cour, Bethsabée fait des confitures de papaye, des gelées de litchis, du beurre de macadamia.

De l’autre côté du grillage, divers animaux curieux défilent, par les mille odeurs de sa cuisine alléchés.

Le beurre de macadamia, elle n’en aime pas trop le goût, mais c’est pour se protéger du paludisme – une découverte qui a d’ailleurs valu à son arrière-arrière-arrière-grand-mère un autel quatre étoiles au Michelin, le Mémorial Intemporel des Chemins Libres et Naturels.

Le soir tombe doucement, on entend les koalas appeler leurs petits. Un colibri traverse la cour en un éclair et se perd dans la brume épicée.

Derrière les fagots de Kalachnikov, Bethsabée attrape une imposante marmite, d’où jaillit un minuscule tamarin, ulcéré qu’on interrompe ainsi sa sieste improvisée.

Elle prépare une soupe au pilou-pilou, la préférée de sa fille, Salomé, qui revient ce soir. Salomé, la courageuse. Elle qui chaque jour affronte, dans les ruines de l’ancien monde, les miasmes de la colère, de la haine, pour en effacer les dernières traces, les dernières flétrissures.

Bethsabée lui a appris les gestes. La partition xylophonée qui abolit les mirages, apporte la réconciliation.

Un nuage frissonne, Bethsabée lève les yeux. Sa fille est là, qui la regarde.

Les yeux claironnant de malice, Salomé lance un grand bâton de twirling en l’air.

Il tourbillonne, de plus en plus haut, de plus en plus vite, cabriole et caracole.

Bethsabée a pris sa fille par la main.

Ensemble, elles regardent en riant le cylindre pailleté finir sa course dans un bric-à-brac de mitrailleuses rouillées.