#Défi d’écriture : le partage !

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la ZAD

Ils étaient partis de Nantes, où ils avaient choisi de passer une fin de semaine prolongée, lui pour retrouver les rues qu’il avait fréquentées plus jeune, elle pour revoir le quartier qu’Alain avait conçu il y a bien des années déjà. Après avoir longtemps palabré, ils étaient tombés d’accord pour une visite à la ZAD. Il voulait voir comment l’ancien camp militaire était utilisé, elle souhaitait rencontrer les vieux installés sur le site pour savoir si la vie n’était pas trop difficile dans ce monde-là.

La première personne qu’ils rencontrèrent fut Denise. Elle était occupée à montrer à de toutes jeunes filles la façon la plus rapide de filer la laine. Elle leur racontait qu’elle tenait ces gestes de sa grand-mère, une bigouden grand teint, avec coiffe et visage aussi fermé qu’une mine de charbon. Près du groupe, il y avait des coussins à peine terminés. Le kapok volait encore au gré du vent. Ni Paul ni Alice n’osaient interrompre les échanges. Denise semblait ployer sous le poids des ans, mais elle avait l’air heureux de partager un savoir-faire que les jeunes générations pourraient à leur tour faire vivre. C’était cela la ZAD : transmettre, apprendre, échanger pour que les jeunes puissent survivre au-delà du présent.

Un peu plus loin, ils croisèrent Henri, un vieux militant aux cheveux blancs, son éternel sourire aux lèvres. Ils reparlèrent du long débat qu’ils avaient eu à Mandelieu au sujet de la vieillesse. L’avis de Paul le heurtait : Henri ne voulait pas entendre parler d’euthanasie, alors que Paul soutenait que c’était la meilleure solution pour ne pas souffrir, ni faire souffrir les proches. Alice pensait comme Paul : elle voulait mourir avec lui comme Dorine et André, prendre de l’avance sur la mort.

Encore quelques pas et ils s’arrêtèrent près de ce qui ressemblait à un atelier de peintre. Des plaques de bois étaient soigneusement rangées le long du mur en planches. On prend le temps de peindre ici, se demanda Paul. Alice, qui le comprenait sans qu’il ait besoin de parler lui dit : « évidemment, on ne peut pas que travailler. L’art est indispensable à la vie. Regarde, même les hommes préhistoriques peignaient leurs grottes. » Leurs outils étaient rudimentaires : une truelle, un pinceau fait à partir de soies de sanglier, quelques plumes, rien d’autre.

- Tu crois qu’ils sont heureux ? demanda soudain Alice. Elle était toujours un peu inquiète quand demain ressemblait à aujourd’hui.

- Oui, ils ont tous le sourire, même ce très vieux couple.

- Tu crois qu’on sera comme eux, je me le demande parfois ?

- Oui.