#Défi d’écriture : le partage !

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Toucher le fond

J’ai atteint le fond. Le fond de mon sac de vivres. Il ne me reste plus qu’un ananas, une poignée de farine de seigle et un fond de poudre d’œuf lyophilisé. Il fait chaud sur cette autoroute. J’ai les crocs. Je me glisse sous la glissière pour rejoindre la forêt, où des orties poussent en lisière parmi les liserons. Je trouve aussi quelques pissenlits passés. J’entends un cours d’eau non loin, l’eau est assez propre. J’y lave les herbes, que je mélange avec le reste de farine et  de poudre d’œuf. Pas de la grande gastronomie, mais ça fera l’affaire. Je fais cuire le tout sur un feu de brindilles, dans ma fidèle gamelle. La farine est un peu rance, et pas bien cuite, ça me soulève le cœur.

Je coupe l’ananas en trois quartiers, puis la chair en cubes que j’engloutis, un par un, jusqu’au dernier. C’est doux, chaud et lisse, avec ce qu’il faut de piquant. Un goût comme je n’en avais plus eu sur la langue depuis mon exil.

Exil involontaire. Ils m’ont fichue dehors. J’avais monté un commerce illégal de perruques pour chauves-souris. Les gens adoraient ça, sauf que je me suis fait pincer. L’exil ou la mort, j’ai choisi. Ils m’ont larguée sur une autoroute. Ça fait bien longtemps que plus personne ne roule en bagnole, alors je ne peux pas trop compter sur la chance de croiser qui que ce soit.

Et voilà, au bout de cinq jours, je me retrouve comme une conne à bouffer du pissenlit et de la farine avariée. J’ai la tête qui tourne un peu, je vais marcher sous les arbres, en restant sur le bord pour pas trop me perdre... Oh, c’est joli, il y a une paire de lunettes de piscine accorchée à cet abre... Elle est joune canari. Oh, il y a une carte postale sur cette rance... ronce, elle est pour moi, sûrement, ça c’est gentil... il y a une boîte de conversation, non comment on dit déjà ? de vonserve... voilà, une boite de Sacou... Cassoulet. Une réclame antiquière pour du... cassoulet. Oh, une autre avec un paysage, je le reconnais, c’est là où j’allais en vacances quand j’étais gamine, dans le Halssiberg... au pays de Heidi, hihi,... ouh je vais m’allonger un peu, ça m’a fatiguée de marcher, et pi je sens pu trop mes orteils... Je vais me coucher sur le lage-linve, je mets ma tête dans le tambour,oh c’est grand je peux monter dedans ? oui, c’est joli, ici, oh encore des nulettes de scipine, il y en a une, trois-deux-huit, accorchées à une timpure moari, amore mio, ma houri, hihi... youpi dans l’herbe...