#Défi d’écriture : le partage !

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il a marché sous la pluie

Ce mercredi, Paul démarre le Kangoo jaune, fait un signe à Alice. Il va au marché, un peu pour lui faire plaisir, pendant qu’elle rangera le placard. Oh merde, se dit-il, j’ai oublié la liste. Voilà ce que c’est de trop s’embrasser, on oublie. Il se concentre sur sa conduite : il ne s’agit pas de dévier, il y a des gravillons sur la route du lac.

Au marché, il se souvient tant bien que mal de la liste : des oignons, de l’ail, du fromage, du pain. Alors qu’il est devant l’étal du fromager, une pluie diluvienne s’abat. Il reste un moment sous la toile, regarde, compare. Deux petits chèvre, un bon morceau de tomme aux trois laits. Ah ! S’il n’avait pas procrastiné négligemment, il n’aurait pas pris la pluie. Mais voilà, il a toujours du mal à laisser Alice seule, du mal à partir, ici ou ailleurs. Il sait qu’elle l’attend toujours, que souvent elle souffre de ses absences. Ça va mieux maintenant qu’ils sont presque toujours ensemble, mais elle a toujours en elle ce sentiment d’abandon. Le fromager le sort de sa rêverie : « Autre chose Monsieur ? ». Non, merci. « 12 euros 50 ».

Il continue, cherchant à retrouver cette liste : des haricots ? Des carottes, ah oui, des carottes. Je vais prendre aussi ce chou qui a un véritable air d’artichaut. La pluie continue, plus douce, plus chaude. Paul aime bien ce climat : jamais trop chaud, toujours changeant. Il est un peu comme Alice, se dit-il. C’est ce qu’il avait du mal à supporter avant. Elle changeait d’humeur sans arrêt. Elle change toujours d’humeur, mais moins souvent. Son angoisse s’envole peu à peu. Il voit son cœur comme la pouzzolane étalée au pied des platanes : rouge et léger.

Il ne sait pas pourquoi ces souvenirs lui reviennent là, au marché, sous la pluie. Peut-être qu’il ne la connaît pas aussi bien qu’il le voudrait. Par exemple, la fois où elle a postulé pour cette fondation : pourquoi ne lui a-t-elle pas demandé son avis pour la lettre de motivation ? Elle aime bien faire les choses seule, garder son espace de liberté. Alors Paul se refermait ; il avait comme un cadenas sur la bouche. Les mots ne pouvaient plus sortir. Il savait pourtant qu’Alice n’aimait pas ça. Mais ne pouvait pas. Maintenant, il a compris. Il peut. Il se lance, il parle, il lui dit tout, il se lâche comme on dit. Il se dit « tant pis si je n’ai pas de parachute, je saute ! ».

Et le pain ! Il allait oublier le pain. Il retourne sur la place. La pluie cesse. Il sera là pour midi. Il sait qu’elle sera là, qu’elle aura préparé une tarte aux pommes pour l’attendrir. C’est la première année qu’ils mangent des pommes du jardin.