#Défi d’écriture : le partage !

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Exploration

Nul part ailleurs peut-on observer mieux qu’en cet endroit la résilience des processus vivants de Gaïa. Dans ce désert de bitume, rongé par le gel, lacéré par le vent, sur ce parking d’autoroute saturé de gaz d’échappement, entre les odeurs de frites rance et de viande bon marché trop cuite, au milieu des monceaux de gobelets, de boîtes en polystyrène éventrés, la survie de la moindre touffe d’herbe même devient une notion douloureuse.

Et pourtant. Accroupie le long du trottoir, les pieds dans une neige noire d’huile et de déjections, je vois s’agiter de faibles lueurs, au fond du minuscule soupirail du caniveau. Impatiente de trouver ce que je cherche depuis tant d’années, je me saisis de mes jumelles infrasensorielles et je plonge, en avant vers l’Inconnu.

 

Fille d’une antiquaire protestante et d’un rentier juif trop gâté, j’ai pu lâcher mes études assez tôt pour mener mes propres études du vivant, et développer des techniques inédites d’exploration d’un domaine que j’ai moi-même découvert : celui de la vie infra-terrestre. Dans le plus grand secret, j’ai fabriqué mes instruments, et je suis prête, désormais, à passer à l’action.

J’ai quitté la maison ce soir, sachant que je ne reviendrais peut-être pas.

Dave est avec moi.

Dave le microphage, le premier à m’avoir donné la preuve de cette biodiversité mutante. Alors que je testais mon prototype d’infra-loupe, tout en descendant les poubelles, je l’ai trouvé accroché à un carton de pizza, dans le vide-ordures de mon immeuble. Il était d’un beau vert fluorescent, et ses tentacules s’accrochaient désespérément à un morceau de fromage, suspendu au-dessus du vide. J’ai sorti mon infra-auricule, et j’ai pu entendre un appel, une plainte, des cris aigus qui, bientôt, se sont transformés en gémissements. Bouleversée, j’ai recueilli l’animalicule dans ma paume. Levant ses yeux tremblants, il m’a regardée, s’est lentement apaisé. Ce soir-là, alors que je l’avais ramené dans ma petite chambre, sous les toits, il m’a tout raconté.

 

Son peuple a colonisé chacune des planètes habitables de notre galaxie, et d’autres encore, à la faveur des comètes et des météorites qui les ont semés au hasard du big bang. Leur survie dépend de leur capacité extraordinaire à s’adapter à chaque écosystème. Chez nous, ils se sont cachés, longtemps, redoutant le monde des hommes. Ils se sont réfugiés dans les endroits vierges, inconnus, inexplorés. Ils ont été peu à peu menacés d’extinction lorsque ces terras incognitas ont été, inexorablement, de moins en moins nombreuses à la surface du globe. Puisant leur énergie dans la matrice, ils se sont alors répandus au sein de notre monde, dans les nombreuses terres à l’abandon : friches, décharges, usines désaffectées...

Ou bien encore les aires d’autoroutes, comme celle sur laquelle je me trouve à présent, à genoux dans la fange glacée.