#Défi d’écriture : le partage !

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Erika

Erika se regardait dans le grand miroir de la parabole du four solaire communautaire. Son reflet déformé lui donnait l’apparence d’une chimère, des allures de gorgone. Elle ferma les yeux. L’immeuble de 25 étages devenait baobab ; le canapé sur lequel elle s’était couchée, et qu’elle avait installé sur le toit-terrasse, était un nid crochu, perché sur la canopée. Elle était grande prêtresse des toits de la ville, menait une gargantuesque procession déambulatoire à ciel ouvert, de cheminées en bacs à compost. Ses jambes démesurées la portaient loin, au-delà des multiples barres désenergisantes qui composaient son district surpeuplé. Elle rameutait toute la population des bas-quartiers pour un Sabbat monumental. Hommes, femmes, enfants défilaient avec morgue, en une procession de culs dépolis, de sexes épanouis au soleil, résolument incorrects.

Ensemble, ils rejetaient des siècles d’enfermement, des générations de dressages qui n’avaient su hermétiquement les corseter dans la bien-pensance.

Elles rouvrit les yeux. Elle avait un plan. Le temps d’agir était venu.

La violence ne serait d’aucun secours, il faudrait employer la ruse. Pour cela, elle avait trouvé l’outil qu’il lui fallait : le grimoire de son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère, la virilement nommée Kornélia Sainte-Verge.

Erika avait déniché par accident l’antique relique à l’intérieur de la cloison en placo qu’elle avait explosée d’un coup de pied rageur, à l’aube, le matin même, quand son réveil l’avait, une fois de plus, entravée dans sa quête érotique subliminale.

L’encre émeraude avait commencé à s’oxyder sous la reliure métallique, mais on distinguait encore les principaux sortilèges, breuvages et rituels interdits. Une photo défraîchie, sur la deuxième de couverture, avait appris à Erika que c’était à sa décaïeule qu’elle devait ses yeux d’un ambre clair, presque transparent. Après avoir dévoré avidement le vieux cahier, Erika avait résolu de commencer par l’oraison cataclysmique luxuriante des druidesses du Kazakhstan. Celles-ci spécifiaient que l’invocation devait impérativement s’effectuer sur un promontoire de plus de 25 toises de hauteur. D’où sa présence sur la terrasse en cet instant fatidique. Son troisième oeil tourné vers le couchant qui s’embrasait, elle emplit d’air ses poumons, et commença l’incantation.