#Défi d’écriture : le partage !

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En fuite

La petite fille regarde l’eau qui coule tout doucement sur ses doigts. Elle attend que son seau se remplisse. Autour d’elle, le soleil qui filtre à travers les arbres fait scintiller le sable, la rivière, les bracelets à ses chevilles. Elle lève les yeux : son ami l’aigle rouge est là, il la salue en faisant trois cercles dans le ciel, la tête penchée vers son amie.

Il remonte haut, très haut, jusqu’à ce que la forêt ne soit plus qu’une tache verte dans un océan d’ocres, de rouges, de jaunes, à côté du blanc miroir de l’eau, là-bas. Il voit des hordes de chevaux sauvages qui approchent, leur cavalcade emplit la steppe de poussière. Il tourne, tourne, tourne, tourne sur lui-même, danse et tournoie, sept fois trois tours qui ouvrent la porte dans sa tête.

A présent, la petite fille est sur son dos, ils sont au-dessus de la mer. Il vole vite. Dans leur sillage, les bateaux s’effacent, le vent les fait s’évaporer. Ils arrivent à une île de sable noir, où habitent les géants des rochers. Un grand sourire dans ses yeux vert émeraude, la petite fille s’accroche plus fort au cou de l’aigle. Celui-ci se pose tout en haut d’une falaise, d’où il se poste, gardien de son phare de pierre. La petite fille lui caresse longuement les plumes, puis elle se relève et danse, danse en tournant sur elle-même jusqu’à ce que les nuages se mélangent. Puis elle se blottit dans une chaude anfractuosité de la roche, s’enroule dans son grand châle coloré, et s’endort.

Elle voit le visage de sa maman, ses grands cils noirs, le grain de sa peau si fraîche et douce. Elle sent l’odeur de girofle, de miel, de fleur d’oranger, celle de la menthe, du thym, du laurier, dans ses cheveux. La mère porte sa fille sur le dos, et elle court, elle court, elle court dans la grande plaine. Les tribus Sathars sont arrivées, les autres femmes au puits leur ont annoncé la nouvelle. Il faut s’enfuir, se cacher. Elles doivent rejoindre le fleuve avant le lever du jour. La forêt les aide, elle leur tend des branches, les avale et les emporte un peu plus loin, encore plus loin, jusqu’à ce qu’elles atteignent enfin la rive bleue et grise, dans le petit jour. La petite voit que sa maman est à bout de force, alors elle prend de l’eau dans sa main, et la verse sur les yeux, le cou, les pieds nus et abîmés... Sa maman la prend dans ses bras, et ensemble, elles montent sur le tronc creux d’un arboya tombé à terre. Elles se laissent glisser sur le fil de l’eau. Loin des Sathars, loin de la guerre sanglante des clans, loin de la folie des hommes. Le tronc file de plus en plus vite sur l’eau, elles se blottissent au fond de la coque sombre, et s’endorment doucement.