#Défi d’écriture : le partage !

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Effeuiller en pleurant

Blandine avait tenu à ce qu’elles se retrouvent toutes les trois. Comme un anniversaire, ou plutôt un rendez-vous avec les mémoire,  que personne d’autres qu’elles pouvaient fêter. Bien sûr elles n’étaient pas les seules à se rappeler l’événement, mais qu’importaient les autres maintenant que cet événement était si loin… presque vingt ans…

Blandine les attendait dans le hall sombre et désert de la gare, elle piochait régulièrement dans le sachet qui contenait des oursons en guimauve, enrobé de chocolat au lait. elle gardait ce tic de l’adolescence, plus que de l’enfance. Quand elle rentrait du lycée, elle s’arrêtait au Monoprix, au coin de la rue, elle achetait un yaourt à boire et un paquet d’oursons. Une fois rentrée, elle s’enfermait dans sa chambre, et souvent elle sautait le dîner, ce qui lui valait de longues tirades de sa mère qui ni ne comprenait ni n’acceptait qu’elle mangeât ces cochonneries en guise de dîner.

Elle avait remarqué qu’elle régressait et se nourrissait à nouveau d’oursons mal stylisés quand elle était en proie à une forte émotion, à une attente qui la dépassait, à des souvenirs qui a débordaient et menaçaient de la faire valser.

Quand la pendule aux larges aiguilles noires indiqua 13h, elle se leva, se dirigea vers les quais B, c’est là que le train que Michelle et Audrey avaient pris était annoncé.

Les trois soeurs s’embrassèrent. Michelle avait faim et demanda à faire halte dans n’importe quelle brasserie, une assiette de fromage lui irait parfaitement. C’est ce qu’elles firent en sortant de la gare, il y avait une terrasse ombragée, elles s’installèrent au milieu de leurs valises. Elles se souriaient. Blandine les écoutait plus qu’elle ne parlait.

Quand les cafés furent bus, elles se levèrent, montèrent dans la voiture que Blandine avait louée, il n’y avait aucune autre possibilité pour se déplacer à leur guise.

Elle conduisit sans poser de question, elle connaissait bien la route car elle était déjà revenue sans le dire, jusqu’au château mais n’avait jamais osé en franchir les grilles. Elle redoutait ce qui se passerait, tout en sachant qu’un jour il le faudrait et c’était aujourd’hui. Elle mit la radio pour chasser le silence. Un groupe brésilien chantait pour le Carnaval, un air gai, rythmé et dansant, cela lui paru tellement décalé, elle éteignit

Enfin elle arrivèrent. Le château de Chambord était là, impassible, avait-il seulement la mémoire de ce qui s’était joué entre ses murs, entre la double hélice de son escaliers, sur les terrasses et dans ses jardins. Quels souvenirs ont les lieux des émotions qui nous traversent, nous secouent, nous terrassent ?

Elle aurait aime un lieu hanté, un lieu qui aurait encore vibré de l’âme de leur mère, ce jour où elle avait décidé de mourir ici, en souvenir de qui, de quoi ? La lettre qu’elle avait laissée était confuse, mêlant son admiration pour Léonard De Vinci, Ronsard, la Renaissance mais aussi son dégoût tout aussi puissant d’une société qui ne pense qu’au beau, qu’à la perfection, qu’à la jeunesse et qui ne sait accueillir le difforme, le singulier et le vieillissant. Elle s’emportait dans sa lettre comme dans le monde, un colère froide mais si profonde qu’elle l’avait tuée.

Les trois soeurs grimpèrent, deux d’un coté deux de l’autre et quand elles se voyaient à l’une des fenêtre elles se lançaient des pétales de fleurs que chacune avaient apportés, c’était des roses pour Blandine, des fleurs de cerisiers pour Michelle et des pétales de marguerites pour Audrey qui avait passé ses nuits à les effeuiller en pleurant.