#Défi d’écriture : le partage !

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changement de temps

Paul se souvient :

Vers 16 heures 15, le samedi 29 Mars, j’écoutais en replay sur mon ordi le cours de Philippe Descola au Collège de France, quand tout s’est arrêté. Je branchai la radio. Musique sur France Info !

France Info, flash spécial, 16h30.

« Internet est en panne. Partout dans le monde, sauf en Chine et en Corée du Nord. Pour ces deux pays nous n’avons pas d’information. Nous travaillons au mieux pour vous informer, nos journalistes sont en place dans les principaux lieux de la capitale. À l’Élysée, pas encore de communiqué officiel, mais une dizaine de ministres sont arrivés il y a une demie heure environ. La radio est donc le seul média qui fonctionne. Restez à l’écoute. »

Oh merde ! Et comment je vais faire ? Plus de mails, plus de Facebook, plus de visioconférences. On va tous mourir de solitude. On va tous mourir tout court !

La radio reprend :

« en attendant plus d’informations, nous reprenons la diffusion de notre programme ; une interview de deux membres d’une association de soutien aux plus démunis.

...Lorsqu’elles lui expliquent qu’elles préparent un court documentaire sur un groupe de soutien aux pères seuls défavorisés, la jeune femme de 18 ans fait la moue. »

Bon, vite d’autres infos. France Inter ? Pareil, pas d’infos, de la musique.

J’étais comme sonné. Vite, appeler Alice ! Le réseau est saturé. « Votre appel ne peut aboutir ». Je lui envoie un SMS, qui évidemment n’arrive pas. Curieusement, je me souviens d’une anecdote qu’elle m’avait racontée quand nous visitions je ne sais plus quel bâtiment lors d’une journée du patrimoine. Il faisait gris, mais Paris était gaie. « Une fois, au Musée Picasso, j’étais tellement épuisée, que je me suis endormie devant le Fumeur». Je ne sais pas pourquoi cette histoire me revient maintenant. Elle devait penser à moi, fumeur incorrigible ! Ou alors, dormir était la seule solution pour elle.

C’est étrange, ce sentiment d’impuissance et d’abattement. On ne peut rien faire, juste écouter la radio, angoissé.

À 20 heures le président prend la parole sur les radios nationales, pour dire qu’il ne sait rien, qu’on n’a pas trouvé la panne, probablement des terroristes russes, peut-être basés à New-York, mais on n’est sûr de rien. Il conclut : « dormez du mieux que vous pouvez ».

Il a sûrement raison, rien d’autre à faire : lire, si j’arrive à me concentrer, mais une pensée m’obsède : comment s’en sortir ? Car voilà l’enjeu : prendre conscience de ces dépendances et des efforts à accomplir, individuellement et collectivement. Et je ne suis pas certain qu’on y arrive.

Je n’arrive pas à dormir, évidemment. Machinalement, je regarde WhatsApp : aucun nouveau message, et pour cause ! Et toujours sans nouvelles d’Alice. Elle doit être complètement paniquée. Vers minuit, un SMS me parvient enfin : « Tu as vu ? Comment vas-tu ? Je suis chez moi, tout va bien, ne t’inquiète pas, on s’appelle demain ».

Dormir quand tout s’effondre ? C’est peut-être la solution. Le temps s’arrêterait, plus besoin de calendrier perpétuel.

Je me réveille à 6 heures, j’ai dû dormir 4 heures, pas plus. J’allume machinalement mon téléphone. J’ai comme oublié ce qui s’était passé la veille. Peu à peu, les événements me reviennent : pas d’internet ? C’était probablement un mauvais rêve. Comme d’habitude, après avoir pris ma brosse à dents et m'être rincé le visage, je regarde la météo. Soleil le matin, orages en soirée. Et à Paris : soleil toute la journée. Je suis rassuré pour elle.

Quelque chose me semble étrange : l’horloge de mon téléphone indique 5 heures 30, alors que le radio-réveil me dit 6 heures 30. Il joue une mélodie impossible, d’ailleurs, je vais l’éteindre.