#Défi d’écriture : le partage !

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Caresser...

 

Caresser, c’est étreindre sans éteindre l’Autre, c’est l’émoi du suspens dans le vide. Caresser, c’est une douceur feutrée, c’est un plaisir qui prend le temps de découvrir l’inattendu, d’atteindre ce qu’on cherche sans savoir ce que c’est. Vivre l’instant du contact en le prolongeant un peu plus à chaque seconde. Alain aime les caresses. Il aime les caresses infinies de ses doigts sur le bois, chaud et doux, il aime les caresses sur l’orange dont l’odeur a la couleur d’un paradis en modèle réduit. Il aime la peau, toutes les peaux.

Chaque grain de peau qu’il peut saisir est un son, une odeur, une couleur arrachée à sa mémoire enfuie. Celle des confitures pourpres de son enfance, le cassis âcre et doux de la marmite qui laisse échapper des volutes de voluptés infinies. La peau douce du lait chaud que sa mamie récupérait pour en faire des biscuits. Il en attrapait toujours un à la sortie du four, quand il était encore brûlant. Il grimpait sur le muret du jardin, et tenant le biscuit entre ses dents, courait en funambule d’un bout à l’autre du muret pour faire refroidir le biscuit entre ses dents qui riaient aux abeilles. Il courait en s’emplissant le nez de la douce odeur du biscuit qui se mêlait à celle, enivrante, de la coriandre en fleurs. Il faisait ainsi deux fois le trajet sur son muret, puis s’asseyait, le cœur battant, infiniment enfant, géant de l’immortalité. Il laissait le biscuit refroidi entrer doucement sur le bout de sa langue. Il ne croquait pas, laissait fondre doucement un coin du petit carré tiède et odorant.

« Caribou ! criait alors sa grand-mère depuis le balcon, où est-il passé encore, ce chenapan ? » Elle l’appelait Caribou, depuis le jour où, ensemble, ils avaient regardé un documentaire sur le Grand Nord. Alors que le journaliste expliquait avec autant de condescendance que d’ennui les différentes espèces qui peuplaient la réserve du Wapalu, le petit Alain, hypnotisé par toute cette neige qu’il voyait pour la première fois, s’était soudain levé en criant : « Caribou ! Caribou ! Caribou ! » et s’était précipité dehors, se jetant la tête la première et sans plus de cérémonie dans l’eau fraîche de la piscine.

Il y avait des fleurs, des arbres, des herbes partout, dans ce jardin à l’exubérance sauvage, plein du désordre joyeux de plantes épanouies sous le soleil généreux qui tous les jours baignait ce pays de Cocagne. Et du lierre, sur les troncs, qui servait d’échelle à Alain pour grimper jusqu’au faîte du grand chêne, son phare, son mât, son ami.