#Défi d’écriture : le partage !

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bonne nouvelle

Il y avait de la sidération dans la voix d’Yvonne. Alice l’avait appelée pour lui faire part, (ou l’informer ?) de leur intention d’héberger trois jeunes maliens dans sa maison pendant quelques semaines.

- Vous n’y pensez pas, les enfants ! Ce n’est pas parce que je suis large d’esprit que je vais prêter ma maison à des inconnus !

Alice, tout en féminité, prend sa voix la plus douce pour lui raconter leur histoire : départ à pied pour traverser le Sénégal, puis à la nage pour rejoindre une barge, le passeur avec son improbable bateau, dix jours de mer calme, par chance, jusqu’à Ceuta. Et courir jusqu’au grillage haut de cinq mètres, grimper. Il y a ceux qui retombent, blessés, quelques uns qui passent chaque nuit, heureux élus. Pour découvrir que l’Europe est juste une illusion : traverser l’Espagne parfois dans la cabine d’un camion, moyennant quelques « faveurs » aux chauffeurs, parfois dans la remorque, caché parmi les cageots de fruits cueillis trop tôt pour être mangés. Avoir faim. Le désespoir les soirs de pluie. Passer les Pyrénées à pied, donner encore mille euros à un passeur. Atteindre l’Ariège, trouver refuge dans une communauté de néo-ruraux bienveillants. Rester assis des heures, sans rien faire, juste compter les jours : six mois déjà qu’ils sont partis, laissant famille et amours au pays, comme des voyageurs sans attaches.

Paul est impressionné par le pouvoir de conviction d’Alice. Il ne craint rien quand elle parle ainsi. Elle retrouve les accents qu’elle déployait à la tribune du congrès. Elle retrouve les mots qui touchent. Son optimisme est sans faille. Elle aurait probablement continué ainsi longtemps si Yvonne ne l’avait pas interrompue.

- D’accord, mais jusqu’au 14 juillet, après j’arrive.

- Super Maman, je te rappelle, et je te tiens au courant, Merci, je t’embrasse, tu es un ange.

Alice sourit, de son sourire modeste en regardant Paul.

- Tu vois, pour une fois, j’ai eu raison de procrastiner. Aujourd’hui, elle était en forme. Si je l’avais appelée avant, je suis certaine qu’elle aurait dit non.

C’est Paul qui rappelle Dominique pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il viendra mercredi. Comme ils étaient heureux : accueillir des naufragés de la vie, enfin se rendre vraiment utiles pour des plus pauvres, ne plus simplement écrire, réfléchir, écrire, penser. Ils allaient prendre le temps de parler avec eux, les écouter raconter leur vrai parcours, pas celui qu’elle avait inventé pour convaincre Yvonne ! L’écrire peut-être ensuite, ou mieux, leur demander de l’écrire.

- Tu crois qu’ils savent écrire ?

- Je ne sais pas. Ils parlent français en tous cas.

Alice prépare le café. Sur la terrasse, il goûtent ce moment de bonheur sans rien dire, juste un sourire de temps en temps.

- Je vais ouvrir la maison d’Yvonne pour laisser entrer le soleil, dit Paul.

- Tu rapporteras des câpres, je crois qu’on en avait laissé cet hiver.

- D’accord.

Quelle transformation depuis le temps du corona ! Jamais ils n’auraient osé rêver ce qu’ils sont en train de vivre. Ils sont libres.