#Défi d’écriture : le partage !

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APRÈS LES DINOSAURES

 

Une marche lente. Des pas immenses et mesurés. Une file si longue dans une steppe ocrée sans horizon certain. Des cous parcheminés si tendus portant des têtes de sauriens aux yeux remplis de flammes. No  limit pour ce cortège venu du fond des âges. Avance saccadée sous un ciel d’acier qui se teinte de mauve. Pourtant de plus haut vient un bourdonnement en basse continue. Qui pour brouiller la piste ? Quelle suite diffuse s’immisce et insiste pour occuper l’espace ? Sur la poussière du chemin des empreintes de pattes plus fines en retombées diffuses.

La masse grise et compacte des ancêtres disparaît peu à peu aux marges du monde. Une danse s’installe, lancinante, en volutes moirées. Se répand dans ce désert si vaste. Qui survit dans ces contrées de sècheresse intense ? Qui cherche une source ? Qui tourne autour du point d’eau improbable? Qui piétine encore et se relève, qui s’arrête et repart, qui se tourne vers le ciel pour tenter de savoir ? Si la couleur des nues annonce le miracle ? Si les monstres enfin ont bien quittés les lieux ?

Pas de bâton de pluie pour cette quête étrange mais un martèlement venu d'on ne sait d’où. Appels légers et répétés à l’eau de noirs et menaçants nuages. A la pluie salvatrice. A la manne bénie. A cette teinte d’encre prête à se transformer en moment de clarté.

Une goutte, puis deux. Un espoir dans cette longue attente. La terre se colore de tâches grises et noires bues avec avidité.

Et si le miracle advenait ? Et le ciel tente une réponse, hésite encore un peu. Envoie une ondée fine. Un arrosoir céleste sans discontinuer abreuve et nourri toute vie alentour.

Un brouillard diaphane se répand en gommant les contours de la dune. Il s’éloigne et revient dessinant un décor féerique poudré d’or et de senteurs de mousse.

Et tout est absorbé par cet élan magique. Même le  grand lézard sorti de sa cache torride rampe sans force et se repaît de cette douche froide. Pourra t-il rattraper le troupeau éloigné sans espoir de laisser son empreinte sur cette terre ingrate ?

Et l’eau coule, pour le puits. Pour l’oued asséché qui n’en peut plus d’exhiber ses moignons décharnés.

Et puis ce bruit diffus, ce bourdonnement d’ailes plus fines que la plus légère des dentelles se propulse vers un amas rocheux. La cohorte de grands insectes teintés de vert et d’or, ruisselants d’eau nacrée, vole vers l’abri d’une pierre percée. La nuée gigantesque a trouvé son salut. Frôlements, enroulements, frémissements. Etranges chorégraphies. Oser l’ombre fraiche salutaire et vivifiante. Et tout paraît possible.

Une autre vie imprime sa présence en ondes progressives, haut et bas confondus. Des messages adressés à tous les univers. Un dialogue où l’aigu d’une voix s’élève tout à coup. Des réponses répétées en écho, plus subtiles. Un échange apaisé qui peu à peu s’efface et disparaît jusqu’aux rebords du monde.

 

Défi n°14, 5 avril 2020