#Défi d’écriture : le partage !

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Après l'abus

Joe et Fred ont décidé de se la couler douce. Les deux frères ont fait la veille une fête d’anthologie. Les résidus de la nuit agitée flottent encore, à la frontière de leur conscience embrumée. Ils se remettent avec peine des efforts qu’ils ont dû faire pour sortir du canapé. Joe a ouvert le frigo et contemplé pendant dix bonnes minutes les étagères désertées : un vieux pot de crème fraîche, un avocat très mûr... avant de se décider à sortir une assiette d’antipasti, offerte par une amie italienne venue partager leur débauche de la veille. Ils se sont ensuite trainés jusqu’à la piscine et, vautrés sur deux chaises longues, ils bronzent. Joe, très convaincu de pouvoir guérir le mal par le mal, soigne sa gueule de bois à l’eau de vie, dont il tète le flacon à petites gorgées.

« Dis, Fred ? demande-t-il après quelques heures d’hébétude.

– Ouais ?

– Pourquoi la pince monseigneur, elle est au fond de la piscine ?

– Aucune idée... »

Un nuage très chargé passe alors devant le soleil. Fred frissonne, ses yeux papillonnent un instant, et il s’endort.

 

La sonnette de la maison le tire de son sommeil. Deux drôles de types à l’air jovial se tiennent sur le seuil. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau : grands, maigres et tout en muscles secs, ils ont des brassards jaunes fluo, des shorts de cyclistes, des casquettes assorties. Ils portent sur leurs épaules un tandem rose fuschia, entravé par un antivol décoré de fleurs jaunes.

– Excusez-moi, mon brave, commence l’un d’eux avec un sourire affable, mais mon frère et moi avons égaré la clé de notre antivol. Or c’est très fâcheux, car nous devons, dans quelques heures, participer à la finale du championnat du monde de course de tandem sur piste. C’est pourquoi nous vous sollicitons, dans l’espoir que vous aurez peut-être l’obligeance et le matériel nécessaire pour nous venir en aide.

 

Les types entrent alors avec leur vélo, sans plus de cérémonie, dans la maison. Joe leur désigne le fond de la piscine. Sans faire de commentaire ni avoir l’air surpris, l’un des deux enlève ses chaussures et son maillot, plonge, et ramène à la surface la pince écarlate. L’autre la cale sous son aisselle et fait sauter d’un geste nonchalant le verrou de l’antivol.

Les cyclistes, soulagés et contents, acceptent avec reconnaissance le verre de rhum que leur propose Joe. L’un deux fouille dans sa poche, en sort trois bonbons : « Tenez, prenez donc ça, ce sont des bonbons aux plantes, vous verrez, ça fait merveille contre la gueule de bois ! »

Et là, ça part complètement en sucette. Joe, qui ne supporte pas qu’on mette en question sa capacité à tenir l’alcool, se met à gueuler sur les deux types, et, avant que Fred ait pu faire un geste, commence à les tabasser avec la pince monseigneur. Ça finit très vite en bain de sang dans la piscine. Fred voit son frère arroser le tandem d’eau-de-vie, attraper cinq allumettes qui restent au fond d’une boîte, les allumer toutes d’un coup, et mettre le feu au vélo, avant de jeter la pince monseigneur au fond de la piscine toute rouge.

 

Un bruit de tonnerre le réveille en sursaut. Le nuage a éclaté, de petits grêlons martèlent le sol, la table, les chaises, et viennent se fondre dans l’eau bleue de la piscine.