#Défi d’écriture : le partage !

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3 petits chats

Georges nous avait invités depuis longtemps à venir le voir dans sa mairie. Puis nous avons procrastiné, préférant les longues balades en forêt et nous prélasser au bord du lac. Le livre était presque terminé : il me demandait mon avis sur le chapitre concernant les communs. Il voulait absolument qu’on en discute de vive voix. Tu me disais « je l’aime bien, j’adore son accent, mais il me fatigue à parler tout le temps ». C’était un peu pareil pour moi, mais son projet de bouquin me passionnait. Je l’avais aidé à construire le plan. Le comité édito avait accepté la note d’intention. J’allais enfin pouvoir imaginer un monde pour de vrai, comme à mes 20 ans, comme à tes 20 ans.

Hier, j’ai vu cette annonce étrange dans la Dépêche : « cherche famille d’accueil pour chatons noirs égarés à Albi ». Suivait un numéro de contact au journal. « C’est bizarre, dis-je à Alice, regarde cette annonce. Toi qui voulais un chat. Je réponds ? » Je me souvenais que ces annonces étaient un code. Je l’avais appris lors d’une soirée où j’avais croisé deux gars de SOS Méditerranée. Deux mails échangés, et nous avions rendez-vous le lendemain avec une certaine Dominique.

Nous prenons donc le Kangoo, roulons tranquillement sur les routes sinueuses. Au détour d’un virage, quatre canards se dandinent en traversant. Tu les évites d’un coup de volant habile. « Ouf, j’ai eu peur ! ».

Dominique nous attend au pied de la cathédrale. Pas de chat dans les parages, mais un petit groupe, une dizaine de jeunes blacks aux yeux un peu perdus, mais pleins d’espoir. Trois filles et six garçons. Pas d’adulte. Nous échangeons avec Alice un regard incrédule. Nous nous éloignons de quelques pas.

- C’est quoi cette arnaque ? Me dit-elle.

- Un groupe de migrants qui cherche un endroit où vivre.

- Et alors ? Tu veux qu’on les prenne avec nous ?

- J’y pense, et toi ?

- On ne sait même pas s’ils parlent français.

- On va voir Georges, nous sommes déjà en retard et on réfléchit. Je le dis à Dominique.

« Si nous avons bien compris, il s’agit d’accueillir ces jeunes chez nous. » « Oui, répond-elle simplement ». « Vous nous laissez le temps de réfléchir ? Vous comprenez que ce n’est pas une décision...  Nous vous rappellerons dans la semaine. »

Alice semble émue :

- Pourquoi pas ? On peut essayer. On peut en loger chez Yvonne en attendant. Pour une fois qu’on peut agir concrètement.

Georges nous reçoit dans sa mairie. Il tient à nous faire visiter ses jardins communautaires qui jouxtent le circuit automobile. Il a de belles réalisations dans sa commune. La pluie s’invite, de ces longues pluies d’automne, timides d’abord, puis fortes, puis très fortes, sans l’espoir d’une éclaircie.

- Venez, on va s’abriter à la mairie, dit Gorges.

Tu es un peu étonnée de voir dans son bureau une statuette de Shiva trônant à côté d’un appareil à raclette :

- C’est quoi ça ? Lui demandes-tu

- Ben, on a fait une raclette hier soir pour le groupe de migrants qui a débarqué chez nous il y a trois jours.

Alice se tourne vers moi. Je vois ses yeux verts virer au gris. Elle est émue, elle contient ses larmes. La décision est prise.