Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain

Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain

Auteur de romans, mais aussi rédacteur en chef de la revue Décapage qu’il a créée, Jean-Baptiste Gendarme commet un texte salutaire, sorte de guide pratique pour les aspirant-es écrivain-es d’ailleurs sous-titré : conseil à l’usage de ceux qui souhaitent publier un premier roman (et qui pourraient bien y parvenir).

Je passerai sur mon constat désabusé qu’en français, le masculin primant sur le féminin, on fait rarement de la place à celui-ci, en titre comme en sous-titre — mais il ne faudra pas s’étonner que notre société renâcle à inclure les femmes à toutes les fonctions, dès lors que, dans la langue, lorsque les noms sont à double genre, le féminin demeure bien souvent entre parenthèse. Las ! Je ferai comme si, du livre, je n’avais pas lu le premier incipit extrait d’un roman d’Éric Neuhoff : Ce milieu là, c’est comme avec les très jeunes filles, il faut oser toucher. Le reste vient tout seul.

Ceci étant posé, le livre maintenant.

À travers deux parties découpées en chapitres courts, l’auteur parcourt le chemin souvent sinueux de la quête de publication : au commencement, puis : vie littéraire. Entre anecdotes et bons conseils, le livre donne à comprendre ce qui se déroule sous la couverture d’un ouvrage et, souvent, bien avant qu’il y ait même couverture en projet.

« Les circonstances peuvent être floues (…) mais vous vous souvenez parfaitement du premier livre qui vous a marqué. Le premier d’une longue série. Il aura fallu d’une fois pas comme les autres. Ensuite, ça ne prévient pas, vous ne pouvez plus vous arrêter : la littérature est entrée dans votre vie. »

Le monde de l’édition est un milieu très codé dont l’ouvrage donne quelques clés. Pas la recette infaillible pour écrire et publier un best-seller, mais une lecture initiatique intéressante : découvrir que, chez Gallimard, les fiches de lecture des manuscrits comprennent une appréciation entre un et deux, tandis que c’est entre un et trois chez Grasset ; comprendre que seulement cinq pour cent des textes reçus passent aux éditrices-teurs n’est pas rien, les autres étant aux mains des lectrices et lecteurs rémunéré-es à cet effet — mais parfois aussi aux mains de stagiaires, c’est moi qui le dis.

Et puis, pour quelques ravi-es, vient l’accord de publication — quelque pourcent des cinq pour cent précédemment cités —, la signature de contrat. Ici, Jean-Baptiste Gendarme rappelle combien il faudrait négocier à valoir et droits quand, trop fièr-es de décrocher le Graal, les novices en oublient la plus basique des requêtes.

Où l’on apprendra aussi que deux pour cent seulement des auteur-es vivent exclusivement des dividendes de leurs livres, sans publier d’article ni animer quelque atelier que ce soit : deux pour cent, c’est minuscule, quand bon nombre des prétendant-es à la publication, et des auteur-es déjà édité-es rêvent plus ou moins secrètement de faire partie de cette écurie-là…

Une fois le contrat signé, l’attente et parfois la déception si le livre, alors qu’il paraît, oublie de défrayer la chronique. Mais, faut-il le répéter encore : puisque personne n’a la recette du best-seller, sinon, peut-être, lectrices et lecteurs se concertant sur le sujet de leurs lectures… Viendra le temps des salons et autres rencontres publiques, passages obligés de la promotion actuelle. En plus d’écrire — c’est moi qui ajoute —, un-e auteur-e est également tête de gondole dans son rayon, commercial-e de sa production, doit répondre sans hésiter aux questions des chalands tout en confirmant que non, ce n’est pas sa photo plus jeune en couverture de l’ouvrage mais une œuvre photographique choisie par le service artistique de la maison d’édition pour personnaliser son livre ; que non plus ce n’est pas son histoire personnelle qui est écrite dans ses romans mais une œuvre de fiction ; que c’est bien une maison d’édition qui a publié l’ouvrage à ses frais et pas l’imprimeur du coin moyennant finances… tandis que les avanies sont légion.

Riche de conseils et informations préalables, Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain se termine par des annexes : succession de dix-huit extraits d’entretiens avec des écrivains-es — dont cinq auteures — confiant leur processus d’écriture, puis une bibliographie conséquente.

« Le nombre de grands lecteurs (plus de vingt livres par an) a été divisé par deux en trente ans (chiffres du ministère de la Culture). »

L’ouvrage est paru aux éditions Flammarion.

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