Sivens, le barrage de trop

Sivens, le barrage de trop

Coédité par les éditions du Seuil et Reporterre, Sivens, le barrage de trop est co-écrit par Grégoire Souchay et Marc Laimé, préfacé par Hervé Kempf.

Construit en deux parties, chacune rédigée par l’un des co-auteurs, l’ouvrage présente un double intérêt : celui de retracer la lutte, de l’opposition de citoyens s’organisant en collectifs contre la construction du barrage de Sivens et la destruction de la zone humide remarquable, à l’occupation de la vallée du Tescou ; du déni de démocratie joué par les barons politiques locaux à la violence policière et milicienne disséminée in situ ; sans oublier les complicités fallacieuses de la FNSEA et son modèle productiviste d’un autre temps, les écueils d’un dossier qui fleure les malversations, le jeu des conseillers généraux qui votent à l’aveugle.

Présent pendant de longs mois au Testet, Grégoire Souchay documente cette première partie sur un mode journalistique. Il est intéressant de suivre l’évolution du sujet depuis le terrain où la mobilisation citoyenne va croissant, s’organise, se radicalise — je ne parle pas de prétendue violence — jusqu’au week-end du 25 octobre durant lequel survient drame de la mort de Rémi Fraisse, tué par une grenade lancée dans la nuit par un gendarme. Grégoire Souchay rappelle les consternantes tentatives gouvernementales qui ont suivi les faits, embrouillant volontairement la réalité pour jeter l’opprobre, avant de reconnaître le crime. Face au opposants, localement, un État hors la loi et le conseil général qui tente, coûte que coûte, le passage en force pour obtenir le démarrage du chantier.

« [17 mai] La zone est donc désormais quasiment vide en attendant l’automne. Cette opération policière, conduite au-delà du cadre légal, sera le premier exemple d’usage abusif de la force de la part de la préfecture du Tarn. Premier d’une longue série. »

Depuis, (NdA) la chaîne de commandement n’est toujours remise en question, personne n’a été démis de ses fonctions et l’impunité, toujours. Sur place, si le préfet Gentilhomme a tenté la négociation avec les Zadistes, la surveillance est allée bon train tandis que la FNSEA n’a eu de cesse de faire accroire que les écologistes sont de dangereux radicaux extrémistes, terroristes donc, et les agriculteurs des justiciers qui ont raison de se faire loi — qu’importe leur violence et ses conséquences, donc.

La deuxième partie du livre est écrite et documentée par Marc Laimé, journaliste spécialiste des questions de l’eau. L’auteur retrace les dérives de la politique de l’eau en France, les conflits d’intérêt qu’elle ne manque pas de susciter, et la mainmise d’instances autonomes, non régulées, qui font la pluie et le beau temps… de l’agriculture intensive, celle-là même qui déploie des hectares de maïs, une plante, même hybridée, qui n’est pas faite pour le climat de la France. Marc Laimé explique un système épuisé qui ne sait se renouveler ni se réinventer. Et, puisque les intérêts privés y font florès, on imagine sans peine la difficulté qu’aura cette « entreprise » à se penser autrement, sobre, collégiale, avec une visée de préservation et de protection de cette ressource commune si précieuse qu’est l’eau. D’autant que l’État, de son côté, diminue les financements alloués à la police de l’eau. Tant que les intérêts du plus petit nombre sont bien gardés…

« Tous les fonctionnaires en police de l’eau connaissent ainsi les cas de collègues qui, ayant manifesté leur refus d’émettre un avis favorable au massacre d’une petite rivière, ont été démis de leurs fonctions, alors que leurs arguments techniques étaient en béton et se sont révélés exacts par la suite. »

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