Pour votre sécurité… 7/7

Pour votre sécurité… 7/7

(…) Dans les quartiers autour du travail les femmes sont parquées. Dès leur grossesse annoncée. Elles sont retirées. Extraites. Et soustraites de l’univers. Dans des maisons d’enfantement elles sont installées. Allongées. Toute la journée. Huit à neuf mois durant.

Elles ne sont surveillées qu’à l’extérieur des maisons.

Dans les lieux de repli il est dit aux escaliers que le repos sans vidéosurveillance est nécessaire au développement de l’enfant à naître. Qu’il faut profiter de ce moment d’intimité. Qui sera probablement le seul de l’existence. Ce moment où jamais de mener quelque chose à bien. Je ne comprends pas ce que cela veut dire.

Les escaliers disent encore que les femmes ne voient pas l’enfant. Il est pris pour ailleurs. Pour changer d’autres. Pour refaire des morceaux imparfaits. Il sert la nation.

Je ne crains pas de ne pas changer de poste de travail. Le chantage est ignoble. Changer de tâche c’est aussi déménager. Rester le plus longtemps possible dans l’appartement pour apprendre avec les escaliers. Le plus de choses. Le plus de trois minutes possibles. Plus j’entends mieux je comprends. Plus je parle aussi. Mieux mes yeux voient encore. Je sens que c’est important. Là. Que c’est là.

Ce matin quand j’ai douché le rêve de la nuit est revenu. Dans la cabine. Dans la tête. C’est l’effet que fait l’eau. Sur la peau. Quand elle est encore chaude et froissée du sommeil. Pas encore tendue de la journée.

La chaleur qui apaise et rendort. La chaleur qui fait repartir en arrière. Qui fait revenir les rêves suspendus par l’éclat programmé.

Cette nuit j’ai rêvé curieux. Je venais d’acheter une auto. Ça ne faisait rien. Une auto blanche couleur lavande. J’étais dedans mal à l’aise. Enfermée. Avec cette odeur très forte de fleur.

L’auto emportait sur une grande route. Large. Bien plus grande que les rues du matin et du soir. Il y avait une grande route avec des traces blanches espacées comme peintes sur le sol. Entre comme deux pistes pour circuler. Sur les côtés des barrières grises. Je me souviens avoir dit en rêvant que c’était bizarre des barrières en tenue de travail. À quoi travaillaient-elles ?

À gauche au-delà des barrières grises deux autres pistes comme celles sur lesquelles l’auto allait.

Au-delà des murs. Hauts. Qui empêchaient de voir ailleurs que devant. Il était écrit régulièrement dessus à la peinture blanche : mur anti-bruit.

D’autres véhicules couleur lavande arrivaient. Devant derrière partout. La voie de gauche aussi remplissait. Sans bruit.

L’auto qui portait tournait à droite. Formant un virage radical et brutal qui faillit renverser. Les autres autos s’éloignaient. J’étais seule.

Au bout de ce tournant un grand panneau affichait sur lequel je lisais : Pour votre sécurité cette autoroute est placée sous vidéosurveillance.

Je n’ai pas compris ce que ça voulait dire. Tout s’est arrêté.

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